China Energy Investment Corp a mis en service la troisième des quatre turbines Francis de la centrale hydroélectrique de Shuangjiangkou, dans le Sichuan. Chacune affiche une puissance de 500 MW, ce qui porte la capacité de production active du site à 1,5 GW, selon une information rapportée par Global Times et citant China Media Group.
La quatrième unité n’a pas encore été raccordée au réseau, précise China News Service. La pleine capacité de la centrale, fixée à 2 GW, n’est attendue que fin 2026. Depuis juin de la même année, l’installation a déjà fourni 500 millions de kilowattheures, en soutien à la demande de pointe estivale dans la zone économique Chengdu-Chongqing.
Le site se trouve sur le cours supérieur de la rivière Dadu, dans la préfecture autonome tibétaine et qiang d’Aba. Son opérateur le présente comme abritant le plus haut barrage du monde, avec une hauteur de conception de 315 mètres.
Fin juin 2026, le remblai avait atteint 260 mètres, une hauteur jugée suffisante pour retenir l’eau nécessaire à la production électrique, a indiqué Liu Haiyang, chef de la construction du projet pour China Energy, dans des propos rapportés par People’s Daily.
Il doit encore s’élever de 55 mètres pour atteindre 2 510 mètres d’altitude, le remplissage complet étant prévu pour 2027. Plus de 46 millions de mètres cubes de matériau doivent être intégrés à ce remblai rocheux.
Des miroirs pour compacter l’argile par -20°C
Construire à cette altitude pose un problème concret. Dans cette vallée montagneuse étroite, à environ 2 200 mètres, les températures hivernales descendent jusqu’à -20°C. Or le matériau gelé ne peut pas être compacté à la densité requise, ce qui limitait certains travaux à moins de six mois par an.
Les ingénieurs ont trouvé une parade : 27 héliostats, ces grands miroirs qui suivent la course du soleil, dirigent désormais la lumière vers le noyau d’argile du barrage pour le maintenir chaud pendant la construction hivernale. Selon l’agence Xinhua, le dispositif fait grimper la température du noyau d’environ 3°C et permet de gagner environ trois heures de travail supplémentaires les jours favorables. Sur un chantier où le matériau est placé, étalé et compacté couche par couche, ce gain se cumule vite.
Si Shuangjiangkou atteint sa hauteur de conception, il dépassera de 10 mètres le barrage-voûte de Jinping-I, également situé au Sichuan et haut de 305 mètres, que le Guinness World Records continue de classer comme le plus haut barrage achevé au monde.
Le titre ne devrait toutefois pas rester longtemps chinois : Water Power Magazine rappelle que le barrage de Rogun, au Tadjikistan, est conçu pour atteindre 335 mètres, avec un achèvement espéré dans les années 2030.
Une fois les quatre turbines en fonctionnement, la production annuelle projetée de Shuangjiangkou avoisine 7,7 milliards de kilowattheures. Les médias d’État chinois attribuent aussi au projet un ajout de 6,6 milliards de kilowattheures par an au niveau des centrales en cascade situées en aval.
Le réservoir, lui, est conçu pour contenir 2,9 milliards de mètres cubes d’eau, avec une variation de hauteur de chute d’environ 80 mètres qui oblige les turbines à fonctionner efficacement dans des conditions très différentes.
Lin Boqiang, directeur du China Center for Energy Economics Research à l’université de Xiamen, souligne dans des déclarations à Global Times l’intérêt d’un tel réservoir : il permet de stocker l’eau quand les afflux sont forts et de la relâcher en période de forte demande ou de sécheresse.
Cette flexibilité gagne en valeur à mesure que la capacité éolienne et solaire progresse, l’hydroélectricité de réservoir pouvant absorber les fluctuations des sources intermittentes et stabiliser le réseau.
Des experts chinois cités par Global Times voient dans la mise en service de cette troisième unité la preuve d’une capacité domestique à construire des barrages en enrochement de plus haut niveau et des systèmes d’évacuation de crues à haute chute, sans recours à une technologie étrangère.

