Greez, la startup dédiée à la lutte contre le gaspillage dans l’industrie cosmétique, franchit une étape décisive avec une levée de fonds de 627 000 euros. Cette opération financière, orchestrée auprès d’investisseurs régionaux et de business angels, témoigne de la pertinence de son modèle économique face aux défis environnementaux et réglementaires du secteur.
Fondée en septembre 2023 par Noémie Arnal et Logan Favier, cette jeune pousse s’est rapidement imposée comme un acteur incontournable de la revalorisation des produits cosmétiques invendus. Dans un contexte où la loi AGEC prohibe la destruction des invendus non alimentaires depuis 2022, Greez propose une solution novatrice aux industriels confrontés à cette problématique complexe.
Une plateforme unique au service de l’économie circulaire
La proposition de valeur de Greez s’articule autour d’une plateforme digitale permettant aux industriels de valoriser leurs stocks dormants selon trois axes stratégiques. La vente directe aux consommateurs constitue le premier pilier, avec des réductions oscillant entre 35 et 80% sur des produits déclassés pour des motifs esthétiques ou logistiques mineurs.
Le recyclage et le réemploi forment le deuxième volet de l’offre, transformant les contenus périmés en nouvelles applications industrielles. Le don aux associations caritatives complète cet écosystème vertueux, offrant aux entreprises des avantages fiscaux tout en servant l’intérêt général.
« Aujourd’hui, plus de 450 marques nous ont accordé leur confiance. Il reste encore beaucoup à accomplir, mais avec cette levée de fonds, nous aspirons à devenir le partenaire de référence de la gestion des invendus, un enjeu majeur pour l’ensemble du secteur », confie Noémie Arnal, co-fondatrice et CEO de la startup.
Des résultats tangibles après deux années d’activité
Les performances de Greez attestent de la maturité précoce de son modèle économique. En deux ans d’existence, la plateforme a orchestré la revalorisation de plus de 203 000 produits, représentant plus de 30 tonnes de marchandises soustraites à la destruction. Ces chiffres s’inscrivent dans une trajectoire de croissance remarquable, avec une progression de 73% entre la première et la deuxième année d’activité.
Le chiffre d’affaires de la startup illustre cette dynamique positive : 290 000 euros en 2024, puis 405 000 euros anticipés pour 2025. L’entreprise traite désormais entre 800 et 1700 ventes mensuelles, démontrant l’appétence des consommateurs pour cette offre responsable.
Cette croissance s’appuie sur un écosystème de plus de 30 associations partenaires et la reconnaissance de l’industrie, matérialisée par cinq prix obtenus depuis la création de l’entreprise.
Une levée de fonds stratégique pour l’expansion européenne
Le tour de table de 627 000 euros rassemble des acteurs régionaux engagés dans l’innovation durable. Le Fonds de la Région Centre-Val de Loire Amorçage, géré par UI Investissement, y contribue à hauteur de 142 000 euros. Crédit Agricole Régions Investissement (Carvest) et la Banque BPI complètent ce financement institutionnel, tandis qu’un groupement de business angels (Roundtable) apporte son expertise entrepreneuriale.
« Le concept novateur de Greez, porté par un binôme de fondateurs ambitieux et complémentaires, nous a séduits », souligne Julien Charcosset, Directeur de participations chez Carvest. « Greez propose une offre disruptive de revalorisation des produits cosmétiques, parfaitement ancrée en Eure-et-Loir, territoire emblématique de la Cosmetic Valley ».
Cette validation financière intervient dans un contexte particulièrement favorable. L’enquête Comerso-Dynata de janvier 2023 révèle que 57% des entreprises estiment « difficile voire impossible de valoriser les invendus défectueux mais fonctionnels », tandis que 42% jugent « impossible voire difficile de valoriser les invendus neufs ».
Stratégie de développement et ambitions 2028
Les fonds levés permettront à Greez d’accélérer son développement selon trois axes prioritaires. Le renforcement des équipes commerciales et digitales constitue le premier investissement, avec un accent particulier sur les réseaux sociaux et la communication B2B.
« Le recrutement constitue un levier stratégique essentiel pour répondre à la demande croissante des industriels et toucher un public professionnel plus large », explique Noémie Arnal. L’objectif vise notamment les segments de la pharmacie et de la grande distribution, avant une expansion européenne programmée.
Le développement d’une application mobile, prévu au troisième trimestre 2026, marque la digitalisation de l’expérience consommateur. Cette innovation technologique s’accompagnera d’investissements en recherche et développement, particulièrement sur le marché des crèmes où 100 millions d’unités sont détruites annuellement.
Un modèle économique vertueux face aux enjeux sectoriels
L’industrie cosmétique française, pesant 30,4 milliards d’euros selon la FEBEA, génère annuellement 360 millions d’euros d’invendus, soit 1,2% de son chiffre d’affaires. Ce gaspillage représente 4 tonnes de produits détruits quotidiennement, contribuant à 0,5 à 1,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre du secteur. Face à ces enjeux, le modèle de Greez propose une répartition équitable de la valeur : les marques conservent 65% du prix de revente, tandis que la plateforme perçoit 35%. Cette approche permet aux industriels de minimiser leurs pertes tout en respectant leurs obligations légales.
« L’année 2025 s’est révélée riche en apprentissages. Le contexte actuel nous est particulièrement favorable, car les marques, suite à la mise en vigueur de la Loi AGEC en 2022, recherchent de plus en plus activement des solutions de revalorisation », analyse la dirigeante. Cyrille Canitrot, Directeur d’Investissement chez UI Investissement, confirme cette vision : « Ce qui nous a conquis chez Greez, c’est son alignement avec les enjeux actuels de recyclage et sa forte trajectoire ESG. Aujourd’hui, l’impact constitue une condition sine qua non du développement ».
À horizon 2028, Greez nourrit l’ambition d’atteindre 3 millions d’euros de chiffre d’affaires et d’accompagner toutes les marques incontournables du secteur. Cette trajectoire s’appuie sur une équipe de deux salariés appelée à s’étoffer significativement pour répondre aux défis de croissance et d’internationalisation. L’expansion géographique vers l’Europe s’inscrit dans une logique de massification nécessaire pour transformer durablement les pratiques industrielles. Cette ambition bénéficie du soutien de la réglementation européenne qui tend vers une harmonisation des exigences environnementales.








