Les fonds ESG retrouvent la collecte, mais à deux vitesses selon les régions

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Investissement Esg Morningstar
Les fonds ESG retrouvent la collecte, mais à deux vitesses selon les régions © RSE Magazine

Au premier trimestre 2026, les fonds ESG ont renoué avec la collecte, signe d’un regain d’intérêt pour la finance durable. Mais derrière ce retour en territoire positif, les disparités régionales s’accentuent, révélant un marché fragmenté et encore fragile, observe le gestionnaire d’actifs Morningstar.

Des fonds ESG portés par une collecte mondiale redevenue positive

Le début de l’année 2026 marque un tournant pour les fonds ESG. Après plusieurs trimestres difficiles, marqués notamment par des retraits massifs, les flux redeviennent positifs. Selon Morningstar, les fonds durables ont enregistré 3,5 milliards de dollars d’entrées nettes au premier trimestre 2026, soit environ 3,2 milliards d’euros, après des sorties de 27 milliards de dollars, soit près de 24,8 milliards d’euros, au quatrième trimestre 2025.

Ce rebond reste toutefois modeste. Il ne traduit pas un retour massif des investisseurs, mais plutôt une stabilisation progressive. Comme l’explique Kenneth Lamont, chef de l’équipe Manager Research de Morningstar, « le retour à des flux positifs modestes au premier trimestre suggère que l’intérêt des investisseurs pour les stratégies durables n’a pas disparu, mais qu’il reste fragile et très spécifique à certaines régions ».

Dans le même temps, les encours globaux des fonds ESG ont reculé d’environ 10% sur le trimestre, pour atteindre 3 511 milliards de dollars, soit près de 3 230 milliards d’euros. Cette contraction ne reflète pas uniquement les flux, mais surtout l’impact de la volatilité des marchés financiers.

Des fonds ESG européens moteurs de la collecte durable

L’Europe s’impose comme le principal moteur du redressement. Les fonds ESG y ont enregistré 9,1 milliards de dollars d’entrées nettes, soit environ 8,4 milliards d’euros, marquant leur premier trimestre positif depuis le troisième trimestre 2024.

Cette performance s’explique notamment par une demande soutenue pour les stratégies passives durables. Le cadre réglementaire européen, plus structuré et plus exigeant, continue également de jouer un rôle déterminant dans la confiance des investisseurs. Ainsi, alors que les marchés restent chahutés, les investisseurs européens semblent maintenir leur engagement en faveur des fonds durables. Ce positionnement contraste fortement avec d’autres régions du monde, où les flux restent plus hésitants, voire négatifs.

Par ailleurs, la croissance des actifs sur le long terme reste spectaculaire. Depuis fin 2018, les encours des fonds ESG ont été multipliés par près de six, illustrant l’essor structurel de la finance durable malgré les fluctuations conjoncturelles.

Une collecte ESG sous pression aux États-Unis et ailleurs

À l’opposé, le marché américain continue de souffrir. Les fonds ESG y enregistrent un quatorzième trimestre consécutif de sorties de capitaux, avec 4,3 milliards de dollars retirés au premier trimestre 2026, soit environ 4 milliards d’euros. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte politique et réglementaire tendu. Les investissements ESG font l’objet d’une surveillance accrue et de critiques répétées, ce qui pèse sur les décisions des investisseurs institutionnels et particuliers.

Le reste du monde ne fait guère mieux. Globalement, les flux y restent négatifs, à l’exception notable du Canada et de la zone Australie/Nouvelle-Zélande, qui parviennent à maintenir des entrées positives. Cette polarisation géographique confirme que la dynamique ESG n’est plus homogène. Elle dépend désormais fortement des environnements politiques, des cadres réglementaires et des préférences locales des investisseurs.

Des actifs et des produits ESG freinés par un environnement incertain

Au-delà des flux, le ralentissement touche également l’offre. Le nombre de nouveaux fonds ESG lancés dans le monde a chuté à seulement 17 au premier trimestre 2026, contre 50 au trimestre précédent. Ce niveau historiquement bas traduit une prudence accrue des gestionnaires d’actifs.

Cette retenue s’explique par un environnement global incertain. La volatilité des marchés, les tensions géopolitiques et les évolutions réglementaires rendent les anticipations plus complexes. Les sociétés de gestion préfèrent consolider leurs gammes existantes plutôt que d’accélérer les lancements.

Dans ce contexte, les investisseurs deviennent plus exigeants. Ils privilégient des stratégies plus lisibles, avec des objectifs clairs et des résultats mesurables. Comme l’observe Kenneth Lamont, « ce à quoi nous assistons est davantage un réajustement qu’un recul. La croissance se poursuit, mais à un rythme plus lent, les investisseurs se montrant plus sélectifs et accordant davantage d’importance à la clarté en matière de stratégie, de résultats et de valeur ».

Cette évolution marque une phase de maturité pour le marché des fonds ESG. L’époque de la croissance rapide et généralisée semble céder la place à une phase plus sélective, où la crédibilité et la performance deviennent déterminantes.

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