Le 27 janvier 2026, l’ONG Questionmark a publié son classement Superlist Environment Europe 2026, évaluant les engagements climatiques des principales enseignes de supermarché européennes. En France, le diagnostic est sévère. Malgré leur rôle central dans les habitudes de consommation et leur poids sur les filières agricoles, les grandes enseignes françaises restent largement en retrait sur le climat et l’environnement.
Les enseignes françaises sont peu engagées pour le climat
Le classement européen de Questionmark dresse une comparaison méthodique de 27 enseignes de supermarché réparties dans huit pays. Deux critères structurent l’analyse : la capacité de chaque enseigne à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et sa contribution à la transition vers une alimentation moins carbonée. Sur ces deux volets, les enseignes françaises apparaissent en position défavorable.
Dans ce panorama européen, Carrefour se classe au 12ᵉ rang. L’enseigne constitue la meilleure élève française, mais reste loin des leaders nord-européens. Intermarché n’atteint que la 20ᵉ place, tandis que E.Leclerc occupe la dernière position du classement. Cette hiérarchie révèle une faiblesse structurelle des stratégies climatiques portées par les supermarchés français.
Selon le rapport, une seule enseigne française a publié une feuille de route climatique détaillée à court terme. Il s’agit de Carrefour, qui a formalisé des objectifs intermédiaires et des indicateurs de suivi. Les autres enseignes évaluées n’ont pas fourni de plans jugés suffisamment précis ou complets. « Aucun des supermarchés français ne s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 », souligne le rapport Superlist, cité par Le HuffPost. Cette absence d’engagement à long terme tranche avec les pratiques observées dans d’autres pays européens.
Des engagements climatiques encore largement déconnectés des émissions réelles
L’étude insiste sur un déséquilibre majeur. Environ 90 % de l’empreinte carbone d’un supermarché provient du scope 3, c’est-à-dire des produits commercialisés, des chaînes d’approvisionnement et des pratiques agricoles. Pourtant, les engagements climatiques des enseignes françaises se concentrent principalement sur leurs activités directes, bien moins émettrices. Cette focalisation limite considérablement l’impact réel des politiques climatiques affichées.
Carrefour France illustre cette contradiction. L’enseigne s’est engagée à atteindre le « net zéro » en 2040 pour ses scopes 1 et 2, qui représentent environ 10 % de ses émissions totales. Cette ambition reste partielle, car elle ne couvre pas l’essentiel des émissions liées aux produits alimentaires vendus. Intermarché et E.Leclerc vont encore moins loin. Le rapport indique qu’Intermarché ne dispose pas de trajectoire chiffrée suffisamment détaillée, tandis que pour E.Leclerc, l’évolution des émissions demeure difficilement évaluable, seules des données globales pour l’année 2023 étant disponibles.
À l’échelle européenne, le constat est tout aussi préoccupant. Seules cinq enseignes sur 27 ont réussi à réduire leurs émissions totales depuis le début de leur reporting, selon Questionmark. Et aucune de ces enseignes n’est française.
Les enseignes de distribution françaises face au défi de la transition protéique
La transition alimentaire constitue le second axe majeur du classement Superlist. Elle repose sur la capacité des enseignes à rééquilibrer leur offre vers des produits moins émetteurs, en particulier les protéines végétales. Sur ce terrain, les supermarchés français avancent lentement, selon les auteurs du rapport.
Carrefour France reconnaît explicitement le rôle de la transition protéique dans la réduction des émissions. L’enseigne prévoit de substituer 30 % des protéines animales par des protéines végétales dans certaines catégories de produits. Selon les calculs de Questionmark, une telle évolution représenterait environ 3 % de réduction des émissions de scope 3. Carrefour vise également 650 millions d’euros de chiffre d’affaires issus des substituts végétaux d’ici 2026. Ces objectifs marquent une avancée, mais restent limités au regard de l’empreinte carbone globale de l’enseigne.
Intermarché évoque l’importance de la diversification alimentaire, sans toutefois publier d’objectifs chiffrés précis. E.Leclerc apparaît plus en retrait. Le rapport indique que la transition protéique n’est pas formellement intégrée à la stratégie climatique de l’enseigne. Cette absence de cap clair est d’autant plus problématique que Carrefour, Intermarché et E.Leclerc représentent ensemble environ 64 % des parts de marché de la distribution alimentaire en France.
Pour Questionmark, le rôle des supermarchés est déterminant. « Les supermarchés ont le pouvoir de façonner un système alimentaire plus sain et plus respectueux du climat », a déclaré Charlotte Linnebank, directrice de l’organisation, dans le communiqué. En France, ce pouvoir reste largement sous-exploité. Les auteurs du rapport estiment que sans objectifs contraignants, sans transparence accrue et sans transformation profonde des modèles économiques, les engagements volontaires des enseignes resteront insuffisants face à l’urgence climatique.








