Les échanges agricoles entre l’Union européenne (UE) et le Maroc, surtout pour l’exportation de tomates cerises, attirent de plus en plus l’attention. Ces petites tomates, venues majoritairement du Maroc et du Sahara occidental, se retrouvent dans les rayons des supermarchés européens, mais leur origine soulève des questions sociales, environnementales et politiques complexes. Ces flux commerciaux — symbolisés par l’exportation de 87 000 tonnes de tomates et melons en 2022 depuis la région de Dakhla-Oued — s’inscrivent dans une réalité où les droits des Sahraouis et les enjeux écologiques ne peuvent être passés sous silence.
Le Sahara occidental, un dossier géopolitique compliqué
Le Sahara occidental, territoire disputé contrôlé par le Maroc depuis 1975, est au cœur du débat. Ancienne colonie espagnole (reconnue par l’ONU comme « territoire non autonome »), la région comprend deux grandes zones agricoles : Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab. Des villes comme Dakhla et Laâyoune sont devenues des centres de production agricole sous serre. Mais l’exploitation des ressources naturelles n’a pas toujours bénéficié du consentement de la population locale, ce qui relance les questions sur l’autodétermination et les droits des Sahraouis. Le Front Polisario et la République arabe sahraouie démocratique (RASD) restent des acteurs majeurs de cette revendication.
L’accord commercial : que dit la justice européenne ?
Depuis la mise en place de la première version de l’accord commercial agricole entre le Maroc et l’UE en 2012, plusieurs points ont été régulièrement contestés. Le 4 octobre 2024, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a annulé cet accord et exigé un étiquetage des produits issus du Sahara occidental indiquant clairement qu’ils proviennent de cette région et non du Maroc. Le consentement des Sahraouis est maintenant une exigence obligatoire pour tout accord lié à ce territoire, ce qui a mené à l’application provisoire d’un nouvel accord le 3 octobre 2025. La Confédération paysanne en France s’est fortement impliquée dans ce dossier et estime que « la CJUE rend enfin justice au peuple sahraoui » cite Reporterre.
Travail et environnement : la réalité sur le terrain
La production agricole dans le Sahara occidental repose largement sur la culture intensive sous serre. Ce modèle consomme d’importantes quantités d’eau, prélevées pour l’instant dans les nappes phréatiques, dont l’exploitation massive laisse entrevoir des conséquences écologiques graves, notamment une forte pénurie d’eau annoncée d’ici 2030. Deux projets d’usines de dessalement à Dakhla sont envisagés pour compenser ce manque, mais ils posent aussi des questions sur leurs effets sur l’écosystème local.
Côté conditions de travail, la main-d’œuvre est majoritairement constituée de saisonniers et de femmes. Les salaires peuvent être jusqu’à quatorze fois inférieurs à ceux des travailleurs équivalents en France. Le manque de transparence autour de ces conditions alimente un sentiment d’« omerta » dans la région.








