Renoncer au nettoyage quotidien de sa chambre d’hôtel pour retirer du plastique de la Méditerranée. L’idée peut sembler symbolique. Pourtant, l’entreprise ECO-ONE en a fait l’un des piliers d’une stratégie plus large visant à accélérer la transition écologique des hôtels. Implantée en France, en Espagne et au Portugal, la société développe un modèle mêlant efficacité énergétique, économie circulaire, achats responsables et sensibilisation des voyageurs.
Des hôtels… et des pêcheurs qui récupèrent des déchets plastiques dans la Méditerrannée
Créée pour accompagner les établissements hôteliers dans leur mutation environnementale, ECO-ONE s’impose progressivement comme l’un des acteurs spécialisés de la durabilité dans le tourisme européen. Sa démarche repose sur un geste simple : lorsqu’un client refuse le nettoyage quotidien de sa chambre, l’hôtel finance le retrait d’un kilogramme de plastique de la Méditerranée. L’initiative illustre la philosophie défendue par ECO-ONE : transformer des pratiques opérationnelles classiques en leviers environnementaux visibles pour les clients. Plus de 16 tonnes de déchets plastiques ont déjà été collectées depuis le lancement du projet en octobre 2024, sur les côtes, dans les ports et en mer Méditerranée.
Le système implique directement les équipes de ménage. Lorsqu’un client choisit de ne pas faire nettoyer sa chambre, la participation est enregistrée et déclenche le financement d’une opération de collecte. Le voyageur reçoit ensuite un lien permettant de suivre l’impact concret de son geste. Une manière de rendre la durabilité plus tangible dans l’expérience touristique. « Il est essentiel que les voyageurs puissent constater par eux-mêmes les résultats de leurs engagements », a déclaré Carlos Fluixá, PDG et cofondateur d’ECO-ONE. Le dirigeant estime que les clients doivent devenir des acteurs visibles des politiques environnementales des hôtels.
Le projet repose également sur un réseau de pêcheurs méditerranéens qui récupèrent les déchets plastiques dans différents ports. Une fois triés, ces matériaux sont recyclés et transformés en objets ou équipements réutilisés dans les établissements partenaires. Bancs, tables, panneaux décoratifs ou accessoires hôteliers : ECO-ONE veut ainsi inscrire l’économie circulaire au cœur du fonctionnement du secteur.
ECO-ONE construit un business de services pour l’hôtellerie
Au-delà de cette opération médiatique autour du plastique en Méditerranée, ECO-ONE développe surtout une offre commerciale complète dédiée aux hôtels. L’entreprise revendique aujourd’hui plus de 2.300 établissements partenaires en Europe du Sud. Son modèle économique repose sur plusieurs activités. La société commercialise d’abord une centrale d’achats regroupant des produits considérés comme plus durables pour les hôtels : équipements économes en énergie, produits responsables ou solutions limitant les déchets. ECO-ONE propose également des audits énergétiques destinés à réduire les consommations des établissements.
L’entreprise mise aussi fortement sur la formation. Selon les chiffres publiés sur son site, plus de 6.000 employés ont déjà été sensibilisés aux enjeux environnementaux. Au Portugal et en Espagne, le groupe Catalonia Hotels & Resorts a notamment fait appel à ECO-ONE pour former plus de 2.000 salariés aux pratiques durables, d’après le média portugais Welectric.
Cette dimension pédagogique constitue un axe stratégique important pour la société. Le secteur hôtelier doit désormais répondre à une pression croissante des voyageurs, des investisseurs et des réglementations environnementales. Dans ce contexte, ECO-ONE cherche à se positionner comme un intermédiaire capable d’accompagner les établissements dans des transformations concrètes, sans remettre en cause leur rentabilité.
L’entreprise affirme ainsi avoir contribué à réduire plus de 2.500 tonnes de CO2 dans les hôtels partenaires. Elle revendique également la réintroduction de 11.500 pièces de mobilier dans une logique d’économie circulaire.
ECO-ONE mise sur l’économie circulaire et le plastique recyclé
Le recyclage constitue l’un des piliers du modèle développé par ECO-ONE. L’entreprise a récemment lancé une plateforme de revente de mobilier d’occasion destinée aux hôtels. Objectif : éviter la destruction d’équipements encore utilisables lors des rénovations d’établissements. Le secteur hôtelier génère en effet des volumes importants de déchets liés au renouvellement fréquent du mobilier et des équipements décoratifs. ECO-ONE tente donc de créer un marché secondaire spécialisé afin de prolonger la durée de vie de ces produits.
Cette logique rejoint les opérations menées avec la société Gravity Wave autour du plastique marin. Les déchets récupérés en Méditerranée peuvent être transformés en objets fonctionnels réintroduits dans les hôtels. La société cherche ainsi à montrer qu’un déchet peut devenir une ressource valorisable économiquement. « C’est une démarche de durabilité évolutive, applicable à l’échelle mondiale », a souligné Alvaro Garcia Artiñano, responsable des alliances à Gravity Wave. Le projet séduit déjà plusieurs groupes hôteliers comme Port Hotels ou Magic Hotel Group. Pour ces acteurs, les initiatives environnementales deviennent aussi des outils de communication commerciale auprès d’une clientèle de plus en plus attentive à l’impact écologique de ses voyages.
ECO-ONE accélère son développement autour de la Méditerranée
L’entreprise poursuit désormais son expansion géographique. Déjà implantée en Espagne et en France, ECO-ONE s’est récemment développée au Portugal avec le soutien du fonds d’investissement 3XP Global. Cette internationalisation s’appuie sur la croissance du tourisme durable. Les hôtels cherchent à réduire leurs consommations d’eau et d’énergie tout en améliorant leur image environnementale. ECO-ONE tente donc de devenir un partenaire global capable d’intervenir sur l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur.
La société organise aussi des événements spécialisés consacrés à la durabilité dans l’hôtellerie de luxe. Certaines rencontres ont notamment été organisées au Ritz Paris afin de sensibiliser les professionnels du secteur aux nouvelles exigences environnementales.
Pour ECO-ONE, le défi consiste désormais à démontrer que la transition écologique peut devenir un levier de compétitivité économique. L’entreprise insiste régulièrement sur la nécessité de rendre les démarches durables visibles et compréhensibles pour les clients. Selon Carlos Fluixá, « cette interaction entre l’hôtel et ses clients est précisément ce qui fait le succès du projet ».
Après avoir retiré 13.500 kilogrammes de plastique en 2025, ECO-ONE affirme vouloir doubler ce volume d’ici fin 2026. Un objectif qui illustre les ambitions d’une société cherchant à transformer les contraintes environnementales du tourisme en opportunités commerciales.

