Clara a refusé de vendre. L’an dernier, en 2025, au moment de commercialiser une partie de sa production, le prix qu’on lui proposait ne représentait que la moitié de celui obtenu l’année précédente. Plutôt que d’accepter, cette agricultrice indépendante de Logroño, dans La Rioja, a préféré jeter une partie de sa récolte. « Je préfère jeter ma récolte plutôt que d’être payée la moitié de sa valeur », rapporte Cronista.
Clara exerce ce métier depuis un peu plus de quatre ans. Elle a repris l’exploitation familiale quand ses parents sont partis à la retraite, pour ne pas laisser à l’abandon les terres travaillées par ses grands-parents et ses oncles. Sur 1,5 hectare, en agriculture conventionnelle, elle cultive tomates, melons et pastèques, seule le plus souvent, à la houe, avec un tracteur quand il le faut vraiment.
Ses coûts de production, dit-elle, tournent entre 0,35 et 0,40 euro par kilo. Elle affirme être payée 0,80 centime pour 1 kg de tomates. Au marché de gros Mercarrioja, le kilo lui était acheté autour de 0,80 euro, parfois jusqu’à 1 euro dans les meilleures périodes. Le même kilo se retrouve pourtant en magasin à plus de 3,50 euros par kilo, un écart qui nourrit chez elle un sentiment d’injustice.
En été, ses journées s’étendent du lundi au dimanche, entre 14 et 16 heures. Une alerte à la grêle ou un simple orage suffit à remettre en cause des mois de travail. Clara raconte avoir déjà perdu des récoltes entières à cause d’inondations, une incertitude qui pèse autant sur son corps que sur son moral.
La concurrence hors Union européenne pointée du doigt
Clara dénonce la concurrence de produits importés de pays situés hors de l’Union européenne. Les producteurs espagnols doivent respecter des règles strictes sur les pesticides, les engrais et les conditions de production, alors que les marchandises venues de l’extérieur n’y sont pas nécessairement soumises, selon elle. Elle juge aussi la bureaucratie particulièrement lourde, avec des démarches qui mobilisent du temps et des moyens que les petites exploitations peinent à dégager.
Elle redoute la disparition progressive des petites exploitations, incapables selon elle de rivaliser avec les grandes structures agricoles ou avec le pouvoir de négociation de la grande distribution. Le vieillissement de la population agricole et le manque de relève l’inquiètent tout autant. Elle reconnaît qu’elle ne s’imagine pas forcément exercer ce métier dans dix ans si les règles économiques restent les mêmes.
Clara ne compte pas arrêter dans l’immédiat. Elle garde ce métier comme une vocation et montre son quotidien sur les réseaux sociaux, pour rappeler qu’une femme peut gérer seule une exploitation agricole. Elle déconseille en revanche aux jeunes de se lancer sans terres ni structure déjà en place, l’investissement lui paraissant difficile à rentabiliser.
La vente directe aux consommateurs lui permet, dit-elle, de conserver une meilleure marge et de retrouver une reconnaissance qu’elle estime avoir largement perdue dans les circuits de distribution traditionnels.




