Le mont Taftan, un stratovolcan situé dans la province de Sistan-et-Baloutchistan au sud-est de l’Iran, fascine les chercheurs avec son activité volcanique. Longtemps vu comme endormi et surnommé le « volcan zombie », il montre aujourd’hui des signes qui pourraient modifier le quotidien dans la région. Érigé à 3 940 mètres d’altitude, il se trouve près de la frontière entre l’Iran et le Pakistan, à 130 km de Zahedan et à 100 km de la ville pakistanaise de Taftan.
L’histoire et les signes d’activité récents
La dernière grande éruption du mont Taftan remonte à environ 700 000 ans. Pourtant, en 1902, on avait déjà remarqué des émissions de fumée, et une coulée de lave non confirmée aurait pu s’opérer en 1993. Plus récemment, entre juillet 2023 et mai 2024, une étude basée sur des données satellites a mis en lumière un gonflement du sommet de 9 centimètres. Ce phénomène, repéré grâce au satellite Sentinel-1 de l’Agence spatiale européenne, semble provenir d’une pression située à une profondeur estimée entre 490 et 630 mètres, sans revenir à une situation de stabilité.
Parallèlement, en 2024, on a noté une hausse des émissions gazeuses. Près du sommet, des fumerolles rejettent jusqu’à 20 tonnes par jour de dioxyde de soufre (SO₂), accompagnées de vapeur d’eau (H₂O), de dioxyde de carbone (CO₂), d’hydrogène sulfuré (H₂S) et de fluorure d’hydrogène (HF), confirme Science et Vie. Les pics les plus marquants ont eu lieu les 16 et 28 mai 2024, ce qui augmente le risque d’éventuelles explosions phréatiques.
Des éléments intrigants et des théories en jeu
Ce qui a interpellé les chercheurs, c’est l’absence totale de secousses sismiques ou d’événements météorologiques avant ces modifications, suggérant une présence continue de magma. Une des explications suggère que la remontée du magma pourrait être due à une poche d’eau chaude et de vapeur, située entre 460 et 630 mètres sous la surface. Cette particularité a donné lieu à l’expression « Taftan ne crie pas, il murmure », selon un chercheur impliqué dans l’étude.
Même si une éruption explosive ne se profile pas à l’horizon immédiat, les conséquences potentielles pourraient être multiples :
- chute de cendres
- coulées pyroclastiques
- pluies acides
- contamination des réseaux d’eau potable
- perturbations du trafic aérien entre le Moyen-Orient et l’Asie du Sud
une surveillance qui laisse à désirer et quelques recommandations
Malgré ces observations préoccupantes, le mont Taftan souffre d’un équipement insuffisant sur le terrain. L’absence d’instruments comme des capteurs GPS, des sismomètres ou des stations de mesure des gaz complique grandement le suivi constant du volcan. Cette situation est aggravée par le relief difficile, la faible densité de population et l’instabilité géopolitique de la région. Comparé à des volcans actifs mieux surveillés, comme le mont Etna ou le Piton de la Fournaise, Taftan reste largement négligé en matière de suivi.
Les spécialistes suggèrent donc de renforcer rapidement le dispositif de surveillance continue en actualisant les cartes des risques géologiques. Mobiliser des ressources pour installer les capteurs nécessaires permettrait de suivre de près l’évolution de ce volcan.
« Ce n’est pas un appel à la panique », rappellent-ils, mais un signal pour se rendre compte que « le volcan endormi pourrait bien se réveiller un jour. » Le mont Taftan n’est plus seulement le volcan oublié et mérite de bénéficier d’une attention particulière pour prévenir toute situation fâcheuse à l’avenir.








