Énergies fossiles : les majors ont prévu environ 2.300 nouveaux projets d’extraction depuis 2021

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Énergies fossiles : les majors ont prévu environ 2.300 nouveaux projets d’extraction depuis 2021 © RSE Magazine

Malgré les discours sur la neutralité carbone et les engagements ESG, de nouvelles données révèlent qu’au moins 28 projets d’énergies fossiles de grande envergure ont été lancés depuis 2021. Un paradoxe criant, qui interroge la crédibilité des politiques RSE dans un secteur encore dominé par les hydrocarbures.

Des stratégies d’investissement en contradiction avec les promesses ESG

La course à l’extraction d’hydrocarbures se poursuit à un rythme inquiétant. Vingt-huit nouveaux projets pétroliers, gaziers ou charbonniers, qualifiés de « bombes carbone », ont été mis en exploitation depuis 2021, malgré leur impact climatique colossal, dénoncent les ONG Reclaim Finance, Data for Good, Lingo et Eclaircies. Ces projets pourraient, à eux seuls, compromettre la trajectoire mondiale de +1,5 °C.

La publication du rapport « Carbon Bombs » confirme une tendance que les observateurs redoutaient : loin de se replier, les majors du secteur énergétique accélèrent. « Depuis 2021, les entreprises du secteur ont prévu environ 2.300 nouveaux projets d’extraction supplémentaires à travers le monde », peut-on lire dans ce rapport. Ces chiffres incluent les 28 « bombes carbone » déjà mises en œuvre, mais aussi des milliers de projets intermédiaires dépassant 5 millions de tonnes de CO₂ potentiels chacun. Les auteurs de l’étude estiment que le volume cumulé de CO₂ généré par ces nouvelles extractions serait onze fois supérieur au budget carbone mondial restant pour maintenir le réchauffement sous 1,5 °C. Cette disproportion illustre une contradiction profonde : alors que la plupart des entreprises du secteur affirment suivre des trajectoires net zéro, leurs plans d’investissement prolongent leur dépendance aux énergies fossiles pour plusieurs décennies.

Reclaim Finance souligne que « la majorité des entreprises fossiles continuent de développer leurs capacités d’extraction tout en publiant des rapports RSE flatteurs ». Une dissonance qui interroge les standards de reporting et les méthodologies d’évaluation ESG, encore trop centrées sur la communication plutôt que sur les résultats.

Des « bombes carbone » concentrées dans les zones à forte croissance

Les ONG rappellent que ces projets d’énergies fossiles ne se répartissent pas au hasard : ils se concentrent dans les pays où la demande énergétique reste élevée et où la réglementation environnementale est plus permissive. Ainsi, 43% des « bombes carbone » identifiées se situent en Chine, 9% en Russie et 5% aux États-Unis. Parmi les exemples cités figurent de nouveaux gisements de gaz dans l’Arctique russe, des champs pétroliers en Afrique de l’Ouest et des extensions massives de mines de charbon en Chine. Ces projets dépassent chacun un milliard de tonnes de CO₂ d’émissions potentielles sur leur durée de vie, soit l’équivalent de plusieurs années d’émissions du Japon.

Pour les chercheurs du collectif, il s’agit d’un point de non-retour : il faut savoir que les émissions potentielles combinées de CO₂ de tous ces projets sont 11 fois supérieures au budget carbone mondial restant pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 °C. En clair, si ces projets se concrétisent intégralement, l’objectif de l’Accord de Paris devient mathématiquement inatteignable.

Projets fossiles : le rôle des banques n’est pas à sous-estimer

Le rapport met également en lumière la responsabilité des acteurs financiers dans la poursuite des projets fossiles. Derrière chaque « bombe carbone », on retrouve un consortium d’investisseurs, de banques et d’assureurs — souvent les mêmes institutions qui signent des engagements climatiques ambitieux.

Reclaim Finance pointe en particulier le rôle des grandes banques européennes et asiatiques qui continuent de financer, via des lignes de crédit ou des obligations, des sociétés engagées dans l’extraction pétrolière ou gazière. Ces flux, rarement pris en compte dans les bilans RSE, fragilisent la crédibilité des politiques de finance durable.

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