PER ISR : épargner pour sa retraite… ou soutenir un changement de modèle ?

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PER ISR : épargner pour sa retraite… ou soutenir un changement de modèle ? © RSE Magazine

Peut-on encore préparer sa retraite sans renier ses convictions ? Analyse d’un placement hybride, entre stratégie patrimoniale, conscience écologique et réappropriation du pouvoir d’agir.

Auteure : Nathaëlle Dorval

Et si l’épargne retraite devenait un acte politique ? Notre siècle étant traversé par des urgences écologiques, sociales et démocratiques, la question dépasse la simple optimisation fiscale. Le Plan d’Épargne Retraite, version ISR, pour Investissement Socialement Responsable, incarne une promesse nouvelle. Celle de se construire un avenir, sans le faire au détriment des autres.

Mais derrière l’étiquette « responsable », que trouve-t-on réellement ? Impact concret ou greenwashing bien emballé ? Simulacre de conscience ou mutation profonde du système financier ? Posons-nous les bonnes questions.

Une réforme utile… pour qui ?

Lancé en 2019, le PER était censé remplacer les anciennes niches retraite et moderniser l’accès à l’épargne longue. Fiscalement attractif, il permet à chacun de déduire les versements de ses revenus imposables. Mais cette logique reste avant tout individuelle : je cotise, je déduis, je récupère à la retraite. Classique.

L’intégration de critères ISR bouleverse ce schéma. Car il ne s’agit plus seulement de préparer sa retraite, mais de soutenir des modèles économiques plus vertueux. Exit (en théorie) les énergies fossiles, l’armement, le non-respect des droits humains. Place aux entreprises qui prennent soin des ressources, des salariés, du climat.

Mais encore faut-il que l’impact soit réel, et non seulement supposé. Car si l’ISR veut s’installer durablement, il doit d’abord répondre à une exigence : la preuve.

Quand la finance se veut responsable : sincérité ou stratégie de survie ?

L’investissement responsable n’est pas nouveau. Ce qui change aujourd’hui, c’est sa massification. En 2024, plus d’un tiers des encours collectifs en France se déclarent « intégrant les critères ESG ». Sur le papier, c’est vertueux. Mais dans les faits ?

Le label ISR, longtemps critiqué pour sa permissivité, a récemment été réformé. Il impose désormais plus d’exclusions sectorielles, des seuils minimaux d’exigence ESG, et des engagements concrets dans les assemblées générales. Une avancée. Mais suffisante ?

Ce que révèle cette réforme, c’est que même les institutions reconnaissent que le mot « responsable » ne suffit plus. Le marché a été parasité par le flou. Des fonds entiers labellisés ISR investissaient encore en 2023 dans Total, Shell ou Bayer. De quoi brouiller les repères, nourrir la défiance.

Alors que faire ? Jeter l’étiquette avec l’eau du bain ? Ou revenir à l’intention initiale : rediriger l’épargne vers des modèles réellement durables.

Mesurer l’impact, vraiment

Aujourd’hui, l’investissement responsable ne peut plus se contenter d’intentions. Il doit se traduire par des engagements concrets, mesurables, traçables. Fini le vernis marketing : place à la redevabilité.

Certaines sociétés de gestion ont commencé à intégrer cette exigence en développant des méthodologies d’analyse plus robustes, fondées sur la « double matérialité » : quel est l’impact de l’entreprise sur la planète et comment les grands enjeux environnementaux affectent-ils à leur tour sa viabilité ?

On y retrouve des critères concrets :

  • Empreinte carbone du portefeuille,
  • Parité dans les conseils d’administration,
  • Nombre d’heures de formation des salariés,
  • Part d’activités alignées avec l’Accord de Paris,
  • Ou encore la fameuse empreinte biodiversité introduite par l’article 29 de la loi Énergie-Climat.

Ce n’est plus simplement un portefeuille qui performe, c’est un outil de pilotage pour réorienter l’économie.

« C’est moins rentable » : encore une idée reçue

La performance financière des PER ISR reste souvent sous-estimée. Pourtant, les données racontent autre chose. Une étude du Forum pour l’Investissement Responsable, menée avec l’École Polytechnique, le montre noir sur blanc : les fonds labellisés ISR ne font pas moins bien, ils font parfois mieux.

En 2023, certaines SCPI ISR ont dépassé les 6 % de rendement annuel. D’autres placements à impact dans le private equity ou le crowdfunding vert performent mieux que les fonds classiques. L’écart ne se fait pas sur le rendement, mais sur la finalité.

Et si demain, les fonds « non responsables » devenaient les vrais placements à risque ? Car plus la réglementation se durcit, plus les secteurs polluants sont exclus, moins ils attirent les capitaux. L’exigence environnementale devient une condition de survie financière.

Investir avec conscience, sans condition de fortune

Longtemps, les produits ISR ont été réservés à des clients fortunés ou déjà éduqués financièrement. Mais ce verrou saute peu à peu. Des acteurs comme le cabinet de gestion de patrimoine Perlib jouent un rôle majeur dans cette ouverture. Simulateurs pédagogiques, frais réduits, conseillers accessibles, gestion pilotée ou libre selon les profils : on n’investit plus parce qu’on est riche, on investit pour construire sa richesse autrement.

On peut y ouvrir un PER ISR à partir de 150 € d’apport, choisir une stratégie alignée avec ses convictions (ETF climat, SCPI ISR, fonds solidaires), et comprendre ce qu’on finance.

Se réapproprier le sens de l’épargne

De nos jours, chaque euro investi est un vote, un choix de société. Un acte discret, mais militant. Le PER ISR, lorsqu’il est bien structuré, n’est plus seulement un outil fiscal : c’est une boussole dans un chaos économique, un pont entre notre avenir personnel et l’avenir collectif.

C’est aussi un moyen de reprendre la main sur une épargne trop longtemps déléguée, trop souvent décorrélée de nos valeurs. Ce n’est pas être naïf que de croire qu’un autre modèle est possible, c’est être lucide.

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