Des chercheurs en génétique et des archéologues ont récemment mis au jour des infos passionnantes sur une population humaine isolée au cœur du Sahara. En analysant l’ADN de deux momies vieilles de 7 000 ans, ils nous livrent un aperçu inédit sur les mouvements migratoires et les échanges culturels qui ont marqué la région quand le Sahara ressemblait encore à une grande étendue verdoyante.
Un Sahara qui verdoyait
Entre 14 500 et 5 000 ans avant notre ère, le Sahara n’était pas le désert sec que l’on connaît aujourd’hui, mais une savane pleine de vie. Durant la « période humide africaine » vivaient hippopotames, crocodiles, éléphants et girafes. Les populations chassaient, pêchaient et commençaient même à élever des animaux dans un environnement qui favorisait l’agriculture.
Les fouilles à Takarkori
Le site de Takarkori, situé dans l’extrême sud-ouest libyen, près de la frontière algérienne, a été fouillé entre 2003 et 2006 sous la direction de l’archéologue Savino di Lernia de l’Université La Sapienza de Rome. Lors de ces explorations, des poteries ont été découvertes, renfermant les plus anciennes preuves de production laitière en Afrique, ainsi que des indices sur une toute première domestication de céréales sauvages. Les grottes décorées d’art rupestre montrent les techniques de chasse et d’élevage pratiquées par ces personnes, avec quinze sépultures recensées, datant de 8 000 à 400 ans avant notre ère.
Parmi ces trouvailles, deux momies remarquablement bien conservées ont été déterrées dès le deuxième jour des fouilles. Savino di Lernia raconte d’ailleurs : « Nous avons simplement écarté le sable et mis au jour une mandibule. » Grâce à la sécheresse extrême du désert, ces corps, qui appartenaient à deux femmes d’environ quarantaine d’années, nous racontent leur histoire puisqu’elles seraient décédées vers 5 000 avant notre ère.
Analyse génétique qui fait parler d’elle
En 2019, une analyse génétique a permis de séquencer intégralement l’ADN des deux momies. En comparant cet ADN avec celui de 795 individus actuels et 117 anciens venant d’Afrique, d’Asie du Sud-Ouest et d’Europe, il apparaît que les populations de Takarkori appartenaient à une lignée nord-africaine bien distincte. Cette branche se serait séparée des autres lignées humaines il y a plusieurs dizaines de milliers d’années.
Les résultats montrent également des similitudes génétiques avec les chasseurs-cueilleurs de Taforalt au Maroc, et même une comparaison intéressante avec un spécimen d’Homo sapiens trouvé à Zlatý kůň en République tchèque. À noter que ces individus avaient une faible proportion d’ADN néandertalien – un taux plus élevé que chez les populations subsahariennes actuelles.
Nouvelles pistes sur les migrations
Ces découvertes font remettre en question les modèles habituels de peuplement en Afrique du Nord. Nada Salem explique que « nos travaux mettent en lumière l’existence d’une lignée génétique profondément enracinée et longtemps isolée ». L’étude suggère que le pastoralisme s’est diffusé moins par des mouvements de population massive que via des échanges entre groupes humains. Cela laisse penser que l’agriculture aurait pu se propager par transmission culturelle plutôt que par de grandes migrations.
Cette recherche enrichit notre vision du passé complexe du Sahara ancien et montre toute la richesse de l’évolution humaine dans une région qui était autrefois florissante. Les investigations continuent pour mieux comprendre ces anciens groupes et leur place dans l’histoire humaine, invitant chacun à revoir sa manière d’imaginer le peuplement du nord de l’Afrique.








