Le 7 juin 2024, Carrefour et la Coopérative U ont entamé une expérimentation d’un dispositif de consigne s’appuyant sur un contenant réutilisable en plastique. Si la pratique du retour de bouteilles en verre renaît dans plusieurs régions, ce projet, limité à une vingtaine de références dans quelques points de vente, marque un jalon important vers une stratégie de réemploi pensée à l’échelle systémique. Une avancée en ligne directe avec les exigences de la loi AGEC, qui impose un seuil de 10% d’emballages réemployés d’ici à 2027.
Consigne et boucle logistique : la promesse d’une économie régénérative
Baptisé « Rapportez-moi pour réemploi », le dispositif repose sur un modèle de consigne à la fois interopérable et accessible. Concrètement, le client peut acheter un produit conditionné dans un seau réutilisable dans l’un des 15 magasins Carrefour de l’Est ou 4 Coopérative U du Nord, et le rapporter dans n’importe quelle autre enseigne partenaire.
Le système est soutenu par R3PACK, un consortium européen regroupant 25 acteurs de la chaîne de valeur agroalimentaire, ainsi que le cabinet (RE)SET, spécialisé en transition environnementale. Ensemble, ils assurent la standardisation des contenants, leur collecte, leur nettoyage et leur réintégration dans le circuit. Une boucle complète, qui préfigure une approche circulaire, avec un haut niveau de traçabilité.
« La force de ce système, c’est l’interopérabilité. Le consommateur achète un produit chez Super U et peut le rapporter dans un magasin Carrefour », expliquait sur RMC Sylvie Vaissaire, directrice qualité, sécurité, sociétal et environnement à la Coopérative U.
Résilience territoriale et adhésion progressive : le défi de l’ancrage local
La géographie du projet n’a rien d’anodin. Le choix de l’Est et du Nord, historiquement familiers du système de consigne, vise à tester la capacité des clients à intégrer le geste de retour dans leur routine. Les résultats actuels interrogent : seuls 20 à 30% des seaux plastiques sont effectivement rapportés, contre 60 à 80% pour les bouteilles en verre.
Si la pédagogie reste un levier essentiel, d’autres freins ont été identifiés : absence de visibilité sur le montant de la consigne, manque d’automatisation du retour, et surtout psychologie du consommateur, peu enclin à avancer de l’argent, même récupérable. Un correctif est à l’étude : l’indication explicite du montant de la consigne directement sur l’emballage. Un geste de transparence qui pourrait soutenir la montée en puissance du dispositif.
Une expérimentation modulaire en phase avec les objectifs ReUse de Citeo
Le projet Carrefour/Super U s’inscrit dans une dynamique plus large de structuration du réemploi à l’échelle nationale. En parallèle, Citeo, entreprise à mission spécialisée dans l’écoconception des emballages, déploiera à partir de mai 2025 le projet ReUse dans 750 magasins français. Objectif : concevoir une architecture logistique permettant le réemploi inter-enseignes, mutualisé et durable.
Dans son rapport 2021–2022, Citeo exposait déjà les contours de cette ambition :
- Création de formats standardisés pour tous les industriels volontaires
- Mise en place d’une gouvernance collective de la filière
- Investissement dans des unités de lavage partagées pour mutualiser les coûts.
Ces démarches visent à réconcilier logique industrielle et exigence environnementale, en s’appuyant sur une granularité fine des usages consommateurs.
Consigne et stratégie RSE : d’un geste individuel à une politique d’entreprise intégrée
Derrière le contenant réemployable, c’est un changement de paradigme qui s’opère. La consigne ne doit plus être pensée comme un outil ponctuel, mais comme une brique structurelle des politiques RSE. Pour Carrefour et Super U, l’enjeu est double : réduire l’impact matière (via la fin du plastique jetable) tout en renforçant l’image d’acteurs responsables.
Or, cette mutation ne pourra réussir sans une appropriation collective : consommateurs, distributeurs, industriels et pouvoirs publics devront converger vers des modèles collaboratifs, où le geste de retour devient un réflexe partagé.








