Dans un contexte de défiance croissante envers la classe politique, la communication est devenue un enjeu clé pour les élus. Comment rendre l’action publique plus lisible ? Comment renouer avec des citoyens désabusés, en particulier les jeunes générations ? Dans son ouvrage La communication pour les élus, Fanny Destenay livre des conseils pratiques pour bâtir un dialogue constructif et efficace. Rencontre avec une experte qui plaide pour une communication claire, accessible et ancrée dans le réel.
Vous soulignez dans votre ouvrage la crise de confiance entre les citoyens et leurs élus. En quoi une bonne communication peut-elle rétablir ce lien ?
Ce serait trop beau que la communication, à elle seule, rétablisse un lien de confiance entre les élus et les administrés, mais je crois qu’il faut se comprendre pour trouver des solutions. Trop de conflits sont basés sur une incompréhension des obligations ou besoins des parties. Mais cette incompréhension est de la responsabilité des élus. Comme je le disais précédemment, c’est lui qui doit apporter l’information à ses administrés, il ne doit jamais se dédouaner face à un manque d’informations de la population sous prétexte qu’il aurait déjà communiqué à ce sujet.
Comment aider les élus à communiquer auprès de jeunes générations souvent éloignées de la politique traditionnelle ?
La vulgarisation est un des outils pour parler à la nouvelle génération. Il ne faut pas imaginer qu’il suffit de copier les influenceurs qu’ils suivent pour que les jeunes apprécient une communication. La nouvelle génération a envie de comprendre. En expliquant le fonctionnement de la politique et en évitant le jargon, on peut ramener la jeunesse vers la politique.
Quels sont les outils de communication que vous jugez incontournables pour les élus en 2024 ?
Même si les réseaux sociaux évoluent et ouvrent de nouvelles opportunités, je crois que la rencontre avec les administrés, une page Facebook et un site internet sont les outils de base à avoir et à consolider. Tout autre canal peut être intéressant à étudier : Instagram, LinkedIn, Tik Tok ou d’autres, mais ils doivent être investis qu’à condition que l’élu ait un site internet irréprochable, une page Facebook active et que des contacts réguliers et sincères avec ses administrés.
En période de crise, quelle est la priorité pour un élu en termes de communication ?
Lorsqu’une crise éclate, le plus important est de faire redescendre les émotions et de s’éloigner de l’agitation pour pouvoir prendre les décisions de manière apaisées. Il faudra limiter le nombre de personnes qui interviennent et dans le doute, se faire aider par des professionnels qui, eux, ont fait de la gestion de la crise leur quotidien.
Avez-vous un exemple concret d’un élu qui a su parfaitement gérer sa communication, que ce soit en période de campagne ou dans son mandat ?
Il existe plusieurs élus qui a mes yeux n’ont fait aucun faux pas pour l’instant. L’un d’eux a été interviewé pour la création de mon guide, il s’agit de Jean-Noël Barrot. Alors ministre de l’Europe quand je l’ai interviewé et ancien ministre du Numérique, il est depuis devenu ministre des Affaires étrangères. Tout est mesuré dans sa communication, le sérieux est compensé par une activité lifestyle qu’est la course à pied. Ses publications sont régulières, de bonne qualité et esthétiques. Il n’en fait jamais trop, ne cherche pas le buzz et n’intervient dans les médias que lorsqu’il a quelque chose à dire (ce qui est rare parmi les politiques !). Selon moi, il a une communication qui peut servir d’inspiration à d’autres élus, même s’ils n’ont pas cette envergure.









