Entre janvier et août 2026, les ventes de véhicules électriques à batterie (BEV) en Europe ont atteint 1,64 million d’unités, soit une hausse de 45 % par rapport à l’année précédente. Au deuxième trimestre, les BEV ont même dépassé les ventes de véhicules essence, représentant 22 % du marché, marquant un tournant dans la transition énergétique du secteur automobile européen.
D’après l’organisation Transport & Environment (T&E), cette dynamique résulte directement des normes d’émissions de CO₂ imposées par l’UE pour 2025-2027. « Les objectifs CO₂ de l’UE génèrent des ventes record de voitures électriques et une vague de modèles abordables », indique le rapport publié le 5 octobre 2026. Ces réglementations obligent les constructeurs à électrifier leurs gammes pour éviter de lourdes amendes, créant ainsi une offre sans précédent.
Les normes CO₂ forcent l’industrie automobile à s’adapter rapidement
Les normes européennes imposent aux constructeurs de réduire leurs émissions moyennes pour éviter des pénalités financières. En 2026, à mi-parcours de la période 2025-2027, les constructeurs ont atteint 75 % de leurs objectifs. Des groupes comme BMW, Mercedes-Volvo, Stellantis, Kia et l’alliance Tesla-Ford ont déjà atteint la conformité complète. Volkswagen, qui avait un retard de 7 grammes de CO₂/km, compte sur ses nouveaux modèles électriques compacts pour combler cet écart. En juin 2026, les BEV représentaient 31 % des commandes européennes de Volkswagen, avec plus de 100 000 précommandes pour ses nouveaux modèles d’entrée de gamme.
Explosion de l’offre de modèles électriques
L’année 2026 se distingue par une diversification notable des modèles de voitures électriques. Près de 60 nouveaux modèles sont attendus, soit près de quatre fois plus que la moyenne annuelle entre 2021 et 2025. Les constructeurs européens, avec 60 % des modèles, ont introduit 16 nouvelles références au premier semestre 2026, tandis que les fabricants chinois, qui représentent 21 % du marché, en ont lancé 11.
Cette expansion concerne particulièrement les segments abordables. Les modèles à moins de 25 000 euros ont doublé en 2026, passant de 8 à 16, et leurs ventes devraient être multipliées par sept par rapport à 2024. Une augmentation supplémentaire de 34 % est prévue d’ici 2027, portant les ventes à près de dix fois leur niveau de 2024.
Vers une nouvelle génération de modèles à moins de 20 000 euros
L’industrie cible désormais la barre des 20 000 euros. D’ici la fin 2026, quatre modèles seront proposés à ce prix. D’ici 2028, une dizaine de références devraient franchir ce cap, incluant la Renault Twingo et la Volkswagen ID.Up. Stellantis prépare des modèles autour de 15 000 euros, avec le retour de la Citroën 2CV et une Fiat Panda d’entrée de gamme.
Environ 60 % de ces modèles abordables seront fabriqués en Europe, renforçant la production locale. La Commission européenne a proposé de classer comme « abordables et compacts » les véhicules électriques de moins de 4,2 mètres. Deux modèles, la Renault 5 et la Leapmotor T03, figuraient parmi les meilleures ventes de BEV au premier semestre 2026.
France et Allemagne moteurs de la croissance
La France et l’Allemagne représentent environ 50 % des ventes de BEV dans l’UE, avec des parts de marché atteignant respectivement 38 % et 32 % en août 2026. L’Italie, la Slovénie et la Bulgarie affichent des augmentations notables, bien que leurs parts de marché restent modestes. Au deuxième trimestre 2026, les voitures électriques ont surpassé les modèles essence dans dix pays européens, reflétant un changement des préférences des consommateurs, accentué par la volatilité des prix des carburants fossiles.
Rentabilité et compétitivité des véhicules électriques
Les constructeurs sont confiants : la voiture électrique atteindra la parité de marge avec les véhicules thermiques d’ici la fin de la décennie. BMW et Volvo Cars y sont déjà parvenus sur certains modèles récents. La rentabilité est facilitée par les économies d’échelle permises par les objectifs CO₂.
Les nouvelles plateformes dédiées sont cruciales. BMW exploite sa Neue Klasse, Volvo sa SPA3, et Stellantis développe sa STLA One pour atteindre la parité de coûts. Renault indique que ses marges sur les modèles électriques compacts surpassent celles des véhicules plus grands, et Stellantis prévoit que sa future voiture électrique à environ 15 000 euros atteindra la parité de coûts avec les thermiques dès 2028.
L’importance des exportations et de la compétition mondiale
Les exportations de BEV européens devraient tripler d’ici 2031, atteignant 1,6 million d’unités, compensant la chute des exportations de véhicules thermiques. Toutefois, les constructeurs risquent de manquer la croissance des BEV sur les marchés émergents, où les fabricants chinois sont dominants. Des pays comme le Vietnam et l’Australie affichent des taux d’électrification élevés, privilégiant les BEV aux hybrides, contrairement aux marchés occidentaux.
Si l’UE maintient ses objectifs pour 2030 et 2035, les constructeurs européens pourraient rattraper leurs concurrents chinois d’ici 2035. Un affaiblissement des normes proposé par le rapporteur du PPE, Massimiliano Salini, réduirait de moitié les ventes de BEV européens, cédant le leadership mondial à la Chine.
Conséquences des normes CO₂ assouplies
La proposition Salini regroupe plusieurs mesures d’assouplissement qui pourraient freiner l’essor des BEV : suppression de la correction du facteur d’utilité pour les hybrides rechargeables, élargissement des exemptions pour les véhicules aux « carburants éligibles » et crédits pour l’acier bas carbone. Selon T&E, cette proposition pourrait limiter la part de marché des BEV à 22 % en 2030 au lieu de 47 %, et à 39 % en 2035 au lieu de 85 %.
Les modèles abordables seraient les plus affectés, avec une chute des ventes de 75 % d’ici 2030. Même la proposition de la Commission européenne entraînerait une réduction de plus de la moitié de ces ventes.



