En 1951, un couple avec enfants s’est installé sur une île dépourvue de routes, où ils sont restés jusqu’en 2006, quand la majorité des 7 400 hectares a été protégée

Pas d’électricité, pas de quai, pas de voisins : une famille anglaise a tenu 55 ans sur une île australienne isolée. Comment ont-ils transformé ce désert sauvage en sanctuaire protégé ? L’histoire est aussi rude que fascinante.

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En 1951, un couple avec enfants s'est installé sur une île dépourvue de routes, où ils sont restés jusqu'en 2006, quand la majorité des 7 400 hectares a été protégée
En 1951, un couple avec enfants s’est installé sur une île dépourvue de routes, où ils sont restés jusqu’en 2006, quand la majorité des 7 400 hectares a été protégée © RSE Magazine

En 1951, John et Eleanor Alliston quittent l’Angleterre avec leurs trois enfants, Venetia, Robert et Warwick, pour s’installer sur Three Hummock Island, une île presque inhabitée du détroit de Bass, en Australie. John Alliston est alors un commandant décoré de la Marine royale britannique. Le couple ne le sait pas encore, mais cette installation va durer 55 ans.

Three Hummock, « trois collines » en anglais, sépare la Tasmanie du continent australien au large de sa côte nord-ouest. Avant l’arrivée des Alliston, seules quelques constructions précaires laissées par les anciens occupants, Cissie et Bill Nichols, tenaient lieu d’habitat. Peu après leur installation naît Ingrid, quatrième enfant de la famille.

Sur 7 400 hectares de végétation sauvage, il faut tout bâtir. L’île ne compte ni quai d’amarrage ni réseau électrique. Les Alliston construisent des hangars, récupèrent l’eau de pluie dans des citernes, se chauffent au bois ramassé et s’éclairent le soir à la lampe à kérosène, raconte le magazine Clarin. John Alliston défriche même une bande de terrain pour y tracer une piste rudimentaire destinée aux avions légers.

La famille vit de l’élevage de moutons, pour la laine, et de bétail bovin. Mais l’arrivée des provisions et l’expédition des ballots de laine dépendent des marées et du tirant d’eau des bateaux côtiers venus de Tasmanie. La moindre urgence devient alors un problème logistique à régler seul, sans secours extérieur.

Pendant près d’une décennie, les quatre enfants suivent l’école à la maison, par correspondance, le matériel pédagogique arrivant par voie maritime. Ils terminent ensuite leur scolarité secondaire en internat, en Tasmanie. Eleanor Alliston tire de ces années deux livres, Escape to an Island, publié en 1966, et An Island Affair, consacrés à la vie familiale, à la gestion du bétail et à la faune de l’île.

De l’élevage à la réserve protégée

Au fil des décennies, l’activité agricole a modifié une partie du paysage insulaire. Une étude publiée dans Papers and Proceedings of the Royal Society of Tasmania recensera plus tard 289 espèces de plantes vasculaires sur l’île, dont 60 introduites, et identifiera six espèces natives considérées comme rares ou vulnérables.

À partir des années 1970, les politiques de protection de la nature prennent de l’ampleur dans la région et changent la relation de la famille avec son territoire. En 1978, le gouvernement australien déclare la zone réserve naturelle et entame le retrait progressif du bétail, afin de protéger les colonies d’oiseaux et la végétation native. En 2001, Three Hummock obtient le statut de réserve d’État.

Eleanor Alliston meurt en 2003, son mari John un an plus tard, en 2004. Leurs descendants continuent d’entretenir les installations jusqu’en 2006, date à laquelle le contrat de location avec l’État de Tasmanie prend fin. Après 55 ans de présence familiale, la garde du territoire passe au service des parcs nationaux.

Three Hummock abrite des manchots pygmées, la plus petite espèce de manchot au monde, ainsi que des puffins, des goélands du Pacifique, des huîtriers et le pluvier à capuchon, un oiseau de rivage menacé. Le principal défi pour la conservation de l’île reste la présence de chats harets, retournés à l’état sauvage, qui chassent les oiseaux nichant au sol et menacent leurs populations. Leur contrôle figure parmi les priorités des gestionnaires de la réserve.

L’île fonctionne désormais comme une destination d’écotourisme, avec une capacité d’accueil limitée à quelques visiteurs à la fois, pour préserver son caractère sauvage.

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