Le 28 février 2026, RTL révélait que le conseil d’administration de la Société Générale souhaitait porter la rémunération fixe de son directeur général, Slawomir Krupa, à 2,4 millions d’euros par an à compter de 2026, soit une hausse de 45 %. Dans le même temps, la banque poursuit un plan annoncé en janvier visant la suppression de 1 800 postes en France d’ici à fin 2027, selon Agefi le 21 janvier 2026. Si ces deux décisions relèvent de registres distincts — gouvernance et rémunération des dirigeants d’un côté, réorganisation opérationnelle de l’autre — leur juxtaposition peut, dans une perspective de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), constituer un facteur d’instabilité interne.
Une décision conforme aux pratiques de marché, mais sensible socialement
Pour justifier l’augmentation, le conseil d’administration met en avant, selon RTL, « une performance exceptionnelle de la banque depuis la nomination du directeur général et très supérieure aux attentes ». Agefi rapporte également que le conseil considère que « le renouvellement du mandat de Slawomir Krupa et l’augmentation de sa rémunération fixe stabiliseront dans la durée le leadership de sa direction générale dans un marché international où ces profils sont rares ».
D’un point de vue de gouvernance, ces arguments s’inscrivent dans les standards du secteur bancaire international. La rémunération des dirigeants est fréquemment alignée sur la performance financière et la compétitivité du marché des talents. Agefi précise que la rémunération totale du dirigeant pourrait atteindre 5,76 millions d’euros en 2026 s’il dépasse l’ensemble de ses objectifs, hors intéressement. En 2025, elle s’élevait à 4,94 millions d’euros, contre 4,97 millions en 2024.
Cependant, dans un contexte de réduction d’effectifs, la dimension symbolique de la décision prend une importance particulière. Une augmentation de 45 % de la part fixe — et non uniquement variable — peut être perçue comme une garantie renforcée au sommet de l’organisation, alors même que l’entreprise invoque des impératifs d’efficacité et de rationalisation.
Un plan de suppression de 1 800 emplois sous surveillance sociale
Le 21 janvier 2026, Agefi indiquait que la banque prévoyait la suppression de 1 800 postes en France d’ici à 2027. La direction précise qu’il n’y aura pas de licenciements contraints et que le plan reposera sur l’attrition naturelle et la mobilité interne. Elle souligne également, selon Agefi, que « la formation tout au long de la carrière serait renforcée grâce à l’Université Société Générale et un Campus Mobilité et Compétences verrait le jour pour fluidifier la mobilité interne ».
Les suppressions concerneraient notamment les fonctions centrales et certaines activités, selon FINANZ Nachrichten et la transformation s’inscrit dans une logique d’automatisation et d’amélioration de l’efficacité opérationnelle. Toutefois, Euronews mentionne que des syndicats, notamment la CGT, ont critiqué la méthode de présentation du plan, estimant ne pas avoir été consultés en amont. Même en l’absence de licenciements contraints, l’annonce de suppressions de postes crée mécaniquement des inquiétudes sur les trajectoires professionnelles, la charge de travail et la stabilité des équipes.
Les risques d’envenimement des tensions internes
Dans une perspective RSE, trois dimensions peuvent expliquer pourquoi la hausse salariale du dirigeant risque d’accentuer les tensions internes.
Premièrement, la question de la cohérence perçue. Une entreprise qui invoque la nécessité de réduire ses coûts et d’optimiser son organisation pour justifier 1 800 suppressions de postes peut être confrontée à une interrogation sur l’équité lorsque, simultanément, elle revalorise significativement la rémunération fixe de son principal dirigeant. Même si les montants et les logiques économiques diffèrent, la comparaison s’impose dans les esprits.
Deuxièmement, la dimension symbolique. La rémunération des dirigeants est un indicateur fort de la culture de gouvernance. Une augmentation de 45 % du fixe constitue un signal visible. Or, dans un climat de transformation organisationnelle, les symboles pèsent lourdement sur le climat social. La perception d’un écart croissant entre la direction et les salariés peut affecter l’engagement et la confiance.
Troisièmement, l’impact sur le dialogue social. Euronews rapporte des critiques syndicales concernant la méthode de présentation du plan de suppressions de postes. Si la décision sur la rémunération est perçue comme déconnectée des efforts demandés aux équipes, elle peut compliquer les négociations futures, notamment sur la mobilité interne, la formation ou les conditions de travail.
Enjeux de gouvernance et de crédibilité RSE
La RSE ne se limite pas aux engagements environnementaux ou aux actions philanthropiques. Elle englobe la gouvernance, l’équité interne, la gestion des ressources humaines et la qualité du dialogue social. Dans ce cadre, la cohérence entre stratégie financière et responsabilité sociale est déterminante.
La Société Générale met en avant ses performances boursières et la nécessité de sécuriser un leadership dans un environnement international compétitif. Ces arguments sont structurés et conformes aux pratiques du secteur. Néanmoins, leur articulation avec un plan de réduction d’effectifs exige une communication particulièrement rigoureuse.









Ce sont les salariés qu’il faut augmenter, pas le PDG !