Les océanographes britanniques parlent d’une zone « au nord de la Bretagne » qui les inquiète : la Manche atteint des températures jamais mesurées

Une simple ligne rouge sur les cartes météo, et voilà la Manche qui frôle l’inédit : des poulpes envahissants, des eaux à 19°C fin juin… et un risque caché même quand la baignade semble idyllique.

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Les océanographes britanniques parlent d'une zone « au nord de la Bretagne » qui les inquiète : la Manche atteint des températures jamais mesurées
Les océanographes britanniques parlent d’une zone « au nord de la Bretagne » qui les inquiète : la Manche atteint des températures jamais mesurées © RSE Magazine

La mer chauffe plus vite que prévu autour des îles Britanniques. Le Met Office, l’agence britannique de météorologie, a révélé mercredi à l’AFP qu’une zone au nord de la Bretagne a atteint mardi 7 juillet un niveau de vague de chaleur marine qualifié d’« extrême », un cas rarissime dans ces eaux.

Le seuil est précis : une température de surface est classée extrême dès qu’elle dépasse d’au moins 5 °C la moyenne de référence calculée sur la période 1982-2011. Ailleurs dans la Manche et en mer du Nord, les relevés du Met Office restent pour l’instant plus modérés, entre 2 et 3 °C au-dessus de cette référence, mais l’ensemble des eaux du nord-ouest de l’Europe traverse déjà un épisode qualifié de modéré à sévère.

Des eaux à température d’août dès le début du mois de juillet

De vastes zones sont classées en catégorie 2, dite « forte », et certains secteurs basculent en catégorie 3, « sévère ». Au large des côtes galloises et anglaises, en Manche et dans le centre et le sud de la mer du Nord, les températures de surface oscillent entre 15 °C et 19 °C, soit 1,5 à 4 °C au-dessus de la normale. Ce sont, en clair, des valeurs habituellement observées en plein mois d’août.

Dans les zones où le brassage marégraphique est important, comme la mer d’Irlande ou le sud de la mer du Nord, le réchauffement descend même sous la surface, avec des anomalies de l’ordre de +2 °C en profondeur. Ailleurs, la chaleur reste cantonnée aux couches supérieures de l’océan. Un porte-parole du Met Office a indiqué à l’AFP que cet épisode « va certainement s’étendre à d’autres zones dans l’ouest de la Manche d’ici samedi ».

Vers une catégorie 4 si le soleil et le calme reviennent

La Manche traîne des conditions de vague de chaleur marine depuis une bonne partie de l’année 2026 déjà, et les prévisionnistes redoutent qu’elle franchisse la semaine prochaine un cap encore inédit. Un nouveau réchauffement continental est attendu, avec des valeurs pouvant atteindre le début des 30 °C dans le sud-est de l’Angleterre.

Si ce scénario se confirme, la mer n’aura guère l’occasion de se refroidir, ce qui pourrait faire basculer certaines zones en catégorie 4, le niveau « extrême ».

Ségolène Berthou, spécialiste des interactions air-mer au Met Office, résume la situation : « Les vagues de chaleur marine autour du Royaume-Uni se sont développées rapidement à la suite du récent dôme de chaleur, et nous observons désormais des conditions largement fortes à localement sévères. C’est la troisième et la plus intense vague de chaleur marine que nous ayons connue cette année. »

Elle précise que ces mers plus chaudes n’ont pas franchement fait grimper les températures maximales sur terre, mais qu’elles ont réduit le refroidissement nocturne, en particulier près des côtes. « Avec un temps ensoleillé et calme probable la semaine prochaine, l’océan aura peu d’occasions de libérer cet excès de chaleur […] De telles conditions seraient très inhabituelles pour les eaux britanniques », ajoute-t-elle.

Dans certains secteurs de la mer du Nord, les anomalies devraient culminer entre 4 et 5 °C au-dessus de la moyenne dans les prochains jours.

Cette flambée fait suite au dôme de chaleur atmosphérique qui a stagné sur l’Europe fin juin, provoqué selon le Met Office par le changement climatique combiné à ce blocage météorologique. L’épisode a battu de plus de 1 °C le record de la journée de juin la plus chaude, un record qui datait de l’été 1976, soit un demi-siècle.

L’Angleterre et la France ont enregistré leur mois de juin le plus chaud jamais mesuré, et la baie de Biscaye a atteint des valeurs inédites pour la saison. D’ordinaire, la mer réagit avec trois à cinq jours de décalage sur la météo terrestre ; cette fois, la réponse a été quasi immédiate.

Un mois de juin record pour les océans du monde entier

Le phénomène dépasse largement les eaux britanniques. Selon le Copernicus Marine Service, organisme de surveillance de l’Union européenne, la température moyenne mondiale de surface de la mer a atteint 20,98 °C en juin, un record absolu pour cette période de l’année, devant les précédents pics de 2023 et 2024.

Le Copernicus Climate Change Service (C3S) et le Copernicus Marine Service (CMEMS) ont confirmé cette semaine ce dépassement, anticipé après l’annonce, par l’Organisation météorologique mondiale, de conditions El Niño dans le Pacifique équatorial le 2 juin 2026. Copernicus prévient que de nouveaux records pourraient survenir dans les prochains mois.

Des poulpes en surnombre et un risque persistant pour les baigneurs

Les conséquences biologiques inquiètent les scientifiques. John K. Pinnegar, scientifique principal et conseiller sur le changement climatique au Cefas (le centre gouvernemental pour l’environnement, la pêche et l’aquaculture), détaille les risques : déplacements de populations de poissons, dégâts sur les herbiers marins et les forêts de kelp, proliférations d’algues nuisibles, voire mortalités massives chez certaines espèces.

« Des périodes prolongées de températures élevées de l’eau de mer peuvent également encourager de nouvelles espèces à visiter les eaux britanniques, à établir de nouvelles populations, bouleversant potentiellement les écosystèmes britanniques », explique-t-il. Il cite en exemple la prolifération du poulpe commun observée depuis l’an dernier, aux « conséquences négatives sérieuses » pour les pêcheries de crabes et de homards du sud-ouest de l’Angleterre.

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