Le 23 mars 2026, la Royal Society for the Protection of Birds Northern Ireland (RSPB NI) a annoncé que l’île de Rathlin, au large de la côte nord de l’Irlande du Nord, était officiellement exempte de furets. L’organisation a présenté cette réussite comme la première éradication au monde d’une population de furets sauvages sur une île habitée en permanence, rapporte le Times of India.
Une espèce introduite dans les années 1980 devenue prédatrice
Les furets avaient été relâchés sur Rathlin au milieu des années 1980 dans un but précis : réguler les lapins sauvages qui pullulaient sur l’île. On avait affirmé, à l’époque, que seuls des mâles avaient été introduits. Des femelles se trouvaient pourtant parmi eux. Les mustélidés se sont reproduits, et leur population sauvage a fini par dépasser 100 individus.
Au lieu de s’en prendre aux lapins, les furets se sont attaqués aux œufs, aux poussins et aux oiseaux adultes de la colonie marine de Rathlin, forte de plus de 250 000 individus : macareux moines, guillemots, guillemots de Troïl et puffins des Anglais.
L’île abrite aussi la plus grande population reproductrice de guillemots du Royaume-Uni et d’Irlande, selon la RSPB. En 2017, un seul furet s’était introduit dans la colonie de macareux et avait tué 26 oiseaux en deux jours. Les prédateurs s’en prenaient également aux lièvres irlandais et éventraient les poulets des habitants, sur une île qui compte environ 150 résidents permanents.
Cinq ans de piégeage sur une île habitée
Face à cette menace, RSPB NI et ses partenaires ont lancé en 2021 le projet LIFE Raft (Rathlin Acting for Tomorrow), doté d’un budget de £4,5 millions sur cinq ans. L’enjeu technique n’avait rien d’une simple opération de piégeage : Rathlin est une île habitée, au terrain accidenté, ponctuée de falaises côtières difficiles d’accès, où toute intervention devait composer avec les résidents, le bétail et les autres espèces sauvages.
Les équipes ont déployé des centaines de pièges, des drones à imagerie thermique et un réseau de 110 caméras à travers l’île. Une chienne labrador nommée Woody, entraînée à détecter par l’odorat les latrines et l’odeur des furets, a participé aux recherches.
Les pièges vivants alertaient le personnel formé et les bénévoles dès qu’un animal était capturé, pour limiter sa souffrance ; les animaux capturés étaient ensuite abattus par balle, jugée la méthode la plus humaine. Au total, 98 furets ont été retirés de l’île, qui est officiellement libre de furets depuis l’été 2025.
Erin McKeown, responsable du programme Life Raft pour RSPB NI, a salué ce résultat, estimant qu’il était formidable d’être libéré des furets et que ces îles constituent le dernier véritable site protégé pour les oiseaux marins. La directrice de RSPB NI, Joanne Sherwood, a parlé d’un moment extraordinaire pour Rathlin, pour l’Irlande du Nord et pour la conservation à l’échelle mondiale.
Du côté des habitants, Tom McDonnell, membre de la Rathlin Development & Community Association, a rappelé que la situation empirait avant l’intervention et espère voir la colonie d’oiseaux marins retrouver son état d’il y a vingt ans, tout en permettant aux insulaires de garder leurs poulets en paix.
Les premiers signes de rétablissement sont déjà visibles. Six mâles chanteurs de râle des genêts, une espèce qui ne se reproduit nulle part ailleurs en Irlande du Nord, ont été recensés. Des puffins des Anglais, oiseaux nichant dans des terriers, ont été enregistrés en train de nicher à Rathlin pour la première fois depuis vingt ans, selon l’annonce de RSPB NI.
Un suivi continu et des mesures de biosécurité doivent désormais empêcher tout retour des furets. Des caméras utilisant la surveillance par intelligence artificielle, associées à des contrôles menés par des bénévoles, surveillent les signes de présence de prédateurs au port de Rathlin ainsi qu’au port de Ballycastle, sur la côte d’Antrim.
Le travail sur les espèces invasives n’est pas terminé. Le projet LIFE Raft cible aussi les rats bruns, arrivés sur l’île via des navires dans les années 1800 et qui menacent, eux aussi, les œufs et les jeunes oiseaux. Le programme vise l’élimination de quelque 10 000 rats présents sur l’île ; aucun n’a été repéré depuis l’été 2025.
Michael Rafferty, responsable de l’éradication pour Life Raft, a qualifié la journée de jour mémorable pour Rathlin, saluant le travail d’une équipe d’experts mobilisée depuis 2021 pour créer, selon ses mots, un havre où macareux et autres oiseaux marins peuvent désormais nicher sans menace des furets.
D’autres îles ont connu des résultats comparables après l’élimination de prédateurs invasifs : à Lundy, dans le canal de Bristol, les populations d’oiseaux marins ont triplé après le retrait des rats noirs et bruns. Les îles Orcades cherchent à éradiquer les hermines, qui menacent à leur tour les oiseaux nicheurs au sol et le campagnol des Orcades.




