À moins de 15 kilomètres des côtes de Los Angeles, dans le bassin de San Pedro, 48 000 fûts métalliques reposent au fond de l’océan Pacifique depuis plus de 70 ans, alerte Sciencepost. Ces conteneurs renferment des déchets radioactifs, des pesticides et des solvants industriels.
Les déversements ont été effectués entre 1946 et 1970 par l’armée américaine et plusieurs agences de recherche. Une cartographie précise de ce site a refait surface durant l’été 2026, en pleine saison touristique californienne, alors que les plages voisines restent bondées sous un ciel dégagé.
Des fûts conçus pour durer 25 ans, immergés depuis 70
La durée de vie estimée de ces contenants métalliques oscillait entre 20 et 25 ans. Les plus anciens séjournent depuis plus de 75 ans dans une eau salée particulièrement corrosive, ce qui rend improbable toute résistance indéfinie à la pression et à la rouille.
Dès l’an 2000, une organisation non gouvernementale avait filmé, sur un site européen comparable, des fûts très dégradés et rongés par la corrosion, un aperçu probable de ce qui attend les barils californiens.
Pour Ken Buesseler, chercheur à l’Institution Woods Hole, l’affaire est entendue : « Ces 56 000 fûts, nous n’allons jamais pouvoir les récupérer. » Les millions d’habitants qui vivent à proximité de ce littoral n’ont jamais été réellement informés de cette pratique.
Les substances retrouvées, strontium 90, césium 137 et cobalt 60, s’accumulent dans les organismes vivants et persistent longtemps dans l’environnement marin. Si les fûts continuent de se dégrader, elles pourraient se disperser dans les sédiments et la chaîne alimentaire, une perspective d’autant plus sensible que San Pedro borde directement l’une des plus grandes villes des États-Unis.
Une mission française relance l’attention sur un site comparable dans l’Atlantique
Les États-Unis n’ont pas été seuls à choisir la mer comme exutoire. Entre 1971 et 1982, plusieurs pays européens ont immergé plus de 200 000 fûts de déchets radioactifs dans l’Atlantique Nord-Est, à des profondeurs dépassant 4 700 mètres, sur une zone d’environ 14 500 kilomètres carrés. Cette pratique a été interdite en 1993.
C’est sur ce site que le CNRS a lancé les campagnes NODSSUM 2025 et 2026, avec les moyens de la Flotte océanographique française. Personne ne sait précisément où se trouvent tous ces barils ni dans quel état exact ils se trouvent, selon cette mission. Les campagnes ont permis d’identifier plusieurs milliers de fûts.
En 2025, le robot sous-marin autonome Ulyx, capable de plonger jusqu’à 6 000 mètres, a survolé les fonds à environ 70 mètres d’altitude pour acquérir des données sonar avec une précision de 5 centimètres. Il a cartographié 165 kilomètres carrés, soit moins de 2 % de toute la zone de déversement, et localisé plus de 3 500 fûts alignés selon les trajectoires des navires qui les avaient largués.
Sur cinq zones prospectées, une cinquantaine de fûts ont été photographiés, montrant l’épanchement de matière hors des contenants. Un échantillonnage de sédiments réalisé à distance, depuis le navire, a révélé la présence de radionucléides artificiels probablement associés au déversement, à une concentration supérieure à celle attendue dans les grands fonds. Ces images et analyses ont servi à définir les cibles des plongées de l’année suivante.
En 2026, le sous-marin Nautile a inspecté visuellement plusieurs dizaines de fûts. Le degré de dégradation observé est avancé : certains containers, particulièrement corrodés, laissent leur contenu se répandre sur le fond marin environnant. Ces structures sont désormais colonisées par des anémones, des éponges et des crabes.
Sur cinq sites d’étude, au contact immédiat des fûts, le Nautile a réalisé des prélèvements détaillés de sédiments, d’eau, d’organismes et de communautés microbiennes, avant de comparer ces habitats aux zones rocheuses voisines. Une plongée s’est achevée à 4 700 mètres de profondeur, avec le retour du sous-marin et des plongeurs.
Des instruments de mesure embarqués ont détecté des signaux significatifs de cobalt 60 et de niobium 94, radionucléides spécifiquement liés à ces déchets. Du césium 137 et de l’américium 241 ont également été relevés, dans des quantités bien supérieures au marquage habituel laissé par les essais aériens d’armes et les accidents nucléaires.




