À New York, la finance responsable française vient de recevoir une reconnaissance internationale sur un terrain longtemps resté périphérique dans la gestion d’actifs : les droits humains. LBP AM a été distingué aux PRI Awards pour LBPAM SRI Human Rights, une Sicav conçue avec la Fédération internationale pour les droits humains et distribuée par La Banque Postale depuis un quart de siècle. Derrière le prix, le fonds permet surtout d’observer comment des principes sociaux peuvent être traduits dans la sélection des investissements, l’engagement actionnarial et le financement d’une ONG.
LBP AM remporte un PRI Awards 2026 pour sa Sicav Human Rights
Le 21 septembre 2026, à New York, La Banque Postale Asset Management (LBP AM) a reçu le PRI Awards 2026 dans la catégorie « Droits humains » pour LBPAM SRI Human Rights. La remise du prix est intervenue pendant la Climate Week et marque un anniversaire particulier : la Sicav a été agréée par l’Autorité des marchés financiers le 15 juin 2001 puis créée le 25 juillet 2001, soit il y a 15 ans déjà . La compétition était internationale. Les PRI Awards 2026 ont reçu 146 candidatures représentant 32 pays et leur évaluation a mobilisé 44 jurés indépendants issus du secteur financier.
Le caractère singulier de LBPAM SRI Human Rights tient d’abord à son ancienneté. Le véhicule a été construit à une époque où l’investissement socialement responsable était encore bien moins institutionnalisé qu’aujourd’hui. Depuis son origine, il associe la société de gestion à la Fédération internationale pour les droits humains et La Banque Postale en assure la commercialisation.
Le fonds ne se présente donc pas seulement comme un produit financier auquel auraient été ajoutés des critères sociaux. Son objectif de gestion est explicitement double. Selon le prospectus de LBP AM du 14 avril 2026, il doit mettre en œuvre une stratégie d’investissement socialement responsable intégrant des critères renforcés en matière de droits humains avec la FIDH, tout en proposant un portefeuille diversifié majoritairement investi dans les produits de taux. L’exposition aux marchés actions peut évoluer de 0 à 40% maximum.
Cette continuité explique le poids symbolique du prix pour la société de gestion. « Recevoir cette distinction à l’occasion des 25 ans de LBPAM SRI Human Rights, fonds labellisé ISR et Finansol, est une immense fierté pour nos équipes. Cette récompense nous honore et salue notre démarche engagée ainsi que la solidité de notre partenariat avec la FIDH », a déclaré Rozenn Le Caïnec, co-directrice Multi-Actifs et Performance Absolue de LBP AM.
Les labels et les prix ne suffisent toutefois pas à qualifier l’impact d’un fonds. L’enjeu se situe dans la méthode de sélection et dans les conséquences concrètes des choix de gestion. C’est précisément sur ce terrain que LBPAM SRI Human Rights cherche à se différencier : sa grille d’analyse relie la Déclaration universelle des droits de l’Homme à l’étude des États et des entreprises, avec des critères portant notamment sur les libertés fondamentales, l’égalité, les conditions de travail et les droits sociaux. Le communiqué de LBP AM précise parallèlement que certains secteurs sont exclus, notamment l’armement et les prisons privées.
Une Sicav avec la Fédération internationale pour les droits humains
Le rôle de la FIDH ne s’arrête pas à un partenariat institutionnel. Le prospectus détaille un processus de sélection en deux temps. La première étape applique les critères ISR et conduit à éliminer 30% de l’univers d’analyse. Une seconde étape sélectionne ensuite les titres sur la base de critères coconstruits avec la FIDH, notamment en matière de respect des droits humains. Pour les titres souverains, la grille examine entre autres l’État de droit, la démocratie, la protection des droits humains et de l’environnement ainsi que l’action internationale des États sur ces sujets.
Cette architecture traduit une conception de la RSE appliquée à la gestion d’actifs : les risques et pratiques sociales ne sont pas seulement observés au niveau des entreprises cotées, mais aussi au niveau des États susceptibles d’être financés par l’achat d’obligations. La Banque Postale présente d’ailleurs actuellement le fonds comme composé d’environ 70% d’obligations de la zone euro et 30% d’actions, tout en précisant que la sélection prend en compte l’engagement des pays en matière de droits humains et de protection de l’environnement. Ces proportions sont données par La Banque Postale sur sa page consacrée aux fonds thématiques.
Le partenariat possède également une dimension financière directe. Pour l’action de partage R, 50% des sommes distribuables peuvent être versées annuellement sous forme de don à la FIDH, les 50% restants étant capitalisés. Pour les actions I et L, la société de gestion verse à la FIDH 50% des frais de gestion financière concernés, hors frais de distribution et frais administratifs. mécanisme distingue ainsi le fonds d’une approche ESG limitée à la construction du portefeuille : une partie de son économie contribue directement au financement de l’organisation partenaire.
La FIDH insiste précisément sur cette articulation. « Ce prix démontre que l’expertise de la défense des droits humains peut faire la différence dans la construction d’une finance plus responsable », a déclaré Eléonore Morel, directrice de la FIDH. La fédération souligne aussi que le mécanisme de don constitue une source alternative de financement pour les ONG dans un contexte qu’elle décrit comme marqué par des restrictions budgétaires. Eléonore Morel élargit encore cette lecture : « Le respect des droits humains doit être une valeur centrale de toutes les activités économiques. Nous trouvons pertinent de travailler aux côtés de LBP AM pour montrer que la finance durable a un rôle à jouer pour faire de cette vision ambitieuse une réalité pour les acteurs économiques ».
LBP AM et les Principes pour l’Investissement Responsable : du filtre au vote
Le PRI Awards intervient alors que le débat sur l’investissement responsable se déplace progressivement de la simple notation ESG vers les outils d’influence dont disposent réellement les investisseurs. Pour LBP AM, cette dimension passe aussi par le vote et le dialogue actionnarial. Au premier semestre 2026, le groupe affirme avoir voté lors de 1.472 assemblées générales organisées dans 44 pays et s’être prononcé sur plus de 21.000 résolutions. Près de 600 résolutions externes portaient notamment sur la transition climatique, les plastiques, les droits humains, les conditions de travail ou l’intelligence artificielle.
Ces données donnent une autre échelle à la politique de responsabilité de la société de gestion. En 2025, LBP AM déclare avoir communiqué 421 axes de progrès à 240 émetteurs situés dans 24 pays, couvrant environ 28% de ses encours cotés ; parmi les axes réévalués, 37% avaient enregistré une progression partielle ou complète. Ces indicateurs restent ceux publiés par le gestionnaire lui-même et ne mesurent pas, à eux seuls, l’impact final sur les salariés, les communautés ou les titulaires de droits. Ils permettent néanmoins de documenter l’ampleur du dispositif d’engagement associé à la sélection des actifs.
Dans LBPAM SRI Human Rights, la logique est plus ciblée encore. Après les filtres ISR, le prospectus indique que les critères liés aux droits humains coconstruits avec la FIDH interviennent dans le choix des titres. Cette articulation entre exclusion, sélection, dialogue et vote rapproche la gestion du fonds des attentes actuelles de l’investissement responsable, qui demandent aux acteurs financiers de démontrer comment leurs politiques se traduisent dans leurs décisions plutôt que de se limiter à des engagements généraux. LBP AM présente ainsi les enjeux de gouvernance, de capital humain, de transition énergétique et de développement des territoires parmi les piliers de son analyse extra-financière.
Cette démarche prend place dans un groupe de taille significative. Au 30 juin 2026, les encours consolidés de LBP AM atteignaient environ 74 milliards d’euros d’actifs gérés ou distribués. Le capital de la société de gestion était détenu à 75% par La Banque Postale et à 25% par Aegon Asset Management. Le sujet des droits humains se situe donc ici à l’intersection d’un véhicule spécialisé et des politiques d’investissement d’un gestionnaire disposant d’une surface financière plus large.
La Banque Postale et la Sicav de partage : financer l’utilité sociale
La Banque Postale constitue le troisième pilier historique du dispositif. Commercialisateur de la Sicav, l’établissement présente LBPAM SRI Human Rights dans sa gamme de finance solidaire et souligne le lien direct entre l’épargne investie et le soutien apporté aux actions de la FIDH. Ce positionnement permet au fonds de relier trois dimensions généralement traitées séparément : l’allocation financière, l’intégration de critères sociaux et le partage d’une partie des revenus ou frais avec une organisation de défense des droits humains.
« Cette récompense décernée à LBPAM SRI Human Rights est une grande fierté pour La Banque Postale, partenaire de la FIDH et distributeur du fonds depuis 25 ans. Elle illustre l’engagement de long terme de la banque, porté par l’ensemble de ses conseillers, à proposer à ses clients des solutions d’épargne qui concilient performance financière et utilité sociale », a déclaré Mimouna Boutchich, directrice de l’offre Épargne et Assurance de La Banque Postale.
À l’échelle du fonds, les montants restent évidemment sans commune mesure avec ceux du groupe. Au 31 août 2026, LBPAM SRI Human Rights affichait un actif net global de 177,74 millions d’euros et une valeur liquidative de 171,09 euros pour la part R, peut-on lire dans le dernier rapport mensuel de LBP AM. Le même document classe son profil de risque au niveau 2 sur une échelle allant de 1 à 7 et affiche les labels ISR et Finansol. Pour mettre également la dimension financière en perspective, la performance cumulée depuis le début de 2026 s’établissait à 2,86% au 31 août 2026, contre 3,28% pour l’indicateur de référence, tandis que la performance sur un an atteignait 5,15%, contre 5,88% pour cet indicateur.
