Le 25 novembre 2025, une plainte collective visant Lactalis a été déposée devant le Parquet national financier. Les salariés reprochent au groupe d’avoir organisé une minoration de ses bénéfices imposables, ce qui aurait mécaniquement amputé leurs primes de participation pendant plusieurs années. Pour Lactalis, l’enjeu dépasse le simple litige financier : c’est sa crédibilité sociale et sa politique vis-à -vis de ses salariés qui sont désormais dans le viseur.
Lactalis et les primes de participation au cœur d’un conflit social majeur
Pour les plaignants, cette affaire dépasse largement une querelle comptable. En effet, selon eux, les mécanismes de calcul des primes de participation ont été faussés par des profits volontairement dissimulés. Ainsi, plus de 500 salariés et ex-salariés de Lactalis se considèrent comme victimes d’une fraude fiscale ayant eu pour conséquence directe une minoration de leurs primes de participation. Toutefois, ce mouvement dépasse largement les seuls plaignants, puisque près de 16.000 salariés français de Lactalis pourraient, en théorie, être concernés. Dès lors, au-delà de la plainte, c’est toute la relation de confiance entre Lactalis et ses salariés qui se retrouve ébranlée.
Par ailleurs, les chiffres mis en avant donnent la mesure du malaise. Ainsi, le prĂ©judice individuel serait compris entre 15.000 et 35.000 euros pour un salariĂ© prĂ©sent depuis dix ans au sein de Lactalis, fait valoir Me Renaud Portejoie, l’avocat des plaignants. Or, si l’on additionne l’ensemble des situations individuelles, le montant total des primes de participation non versĂ©es atteindrait « plusieurs centaines de millions d’euros », selon les collectifs de salariĂ©s. De son cĂ´tĂ©, Lactalis conteste formellement ces Ă©valuations, ce qui alimente un climat de dĂ©fiance persistant entre l’entreprise et ses salariĂ©s.
Au vu de cette affaire, la responsabilité sociale de Lactalis est contestée
Au centre de l’accusation, le redressement fiscal de Lactalis constitue un élément clé du dossier. En effet, en décembre 2024, le groupe a versé 475 millions d’euros à l’administration fiscale pour mettre fin à un différend. Or, pour les salariés, ce règlement massif est la preuve que les profits du groupe avaient été artificiellement minorés. Dès lors, puisque le calcul des primes de participation repose directement sur les bénéfices déclarés, la logique avancée par les plaignants apparaît, selon eux, implacable. Cependant, Lactalis affirme que cette transaction ne remet nullement en cause la sincérité de ses comptes consolidés servant de base aux dispositifs salariaux.
De plus, l’argument moral prend une place grandissante dans cette affaire. Car, au-delà de l’aspect strictement juridique, les syndicats et collectifs de salariés invoquent une rupture de l’engagement social de l’entreprise. Ainsi, l’association « Justice pour nos Primes », constituée pour porter le dossier, rappelle que « pendant des années, vos primes de participation ont manifestement été réduites de manière injuste ». Or, dans le cadre d’une politique de RSE régulièrement mise en avant par Lactalis, cette accusation vient frontalement contredire le discours officiel. Pourtant, le groupe continue d’affirmer, par voie de presse, qu’il « conteste toute fraude » et qu’il « n’a pas connaissance d’une action judiciaire formalisée ».


