Qu’entend-on par résilience ?
Dans cet article fondateur, K.E. Weick énonce les raisons qui ont été à l’origine de la dissolution du groupe et avance des sources de résilience qui auraient pu éviter le drame et permettre la survie de la dizaine de pompiers. A travers cette analyse, l’auteur esquisse comment une organisation peut se maintenir en vie lors d’une situation dangereuse et imprévue, en approfondissant les mécanismes de fonctionnement d’un système d’actions organisé.
L’absence de résilience au sein d’un groupe
La deuxième raison concerne la remise en question des rôles au sein du groupe, lorsque le responsable décide, contre toute attente, de déléguer ses responsabilités, pour prendre une pause en dépit du danger. Il va alors perdre toute forme de légitimité auprès des membres de son équipe. Cette situation a dès lors pour effet de rendre particulièrement difficile son retour au sein du groupe, lorsque ce dernier souhaite récupérer son rôle. Face à la contestation, les ordres qu’il émet ne sont plus pris en considération.
Cette absence de leadership conduit ainsi à la désintégration du groupe (désunion). Le manque de cohésion entraîne une forme de panique, avec l’apparition de comportements irrationnels et une désorganisation totale du groupe initialement mis en place (absence d’interactions).
Désormais, chaque pompier agit pour son propre compte et rend la situation d’ensemble incontrôlable, avec comme effet la mort tragique de treize d’entre eux.
Les facteurs propices au phénomène de résilience
Il ressort notamment de l’étude menée, l’importance en toutes circonstances, de maintenir l’état mental des « troupes », même en cas de menaces externes. En effet, il importe dans ce type de situations, de travailler en amont sur la disposition mentale et psychologique des personnes concernées (self control).
Maintenir mentalement la structure de l’organisation permet en effet de préserver l’équilibre socio-émotionnel du groupe et donc la répartition des rôles au sein du groupe, seule façon de parvenir à des interactions efficaces et harmonieuses. Enfin, même si dans la plupart des organisations, professionnalisme rime souvent avec rationalité procédurière (respect de la règle), l’apparition d’événements inattendus et menaçants doit favoriser le développement d’attitudes nouvelles, fondées sur l’expérimentation, l’improvisation et une forme de bricolage organisationnel (fonctionnement en mode agile).
Conclusion
Pour aller plus loin
Weick K. E., Organizational Culture as a Source of High Reliability, California Management Review, 29(2), 1987, p.112-127.
Weick K. E., Enacted sensemaking in crisis situations, Journal of Management, (25), 1988.
Weick K. E., The collapse of sensemaking in organizations: The Mann Gulch disaster, Administrative Science Quarterly, 38(4), 1993, p.628-652.
Weick K. E. et Roberts K.H., Collective mind in organizations: heedful interrelating on flight desks, Administrative Science Quarterly, 38(3), 1993, p.357-381.
Weick K. E., Sutcliffe K. M. et Obstfeld D., Organizing for high reliability: Processes of collective mindfulness, In : R. I. Sutton et B. M. Staw (Eds.), Research in organizational behavior, Elsevier Science/JAI Press, 21, 1999, p.81-123.
Weick K.E., L‟effondrement du sens dans les organisations. L‟accident de Mann Gulch traduit par Laroche H. dans Le sens de l‘action : Karl Weick : sociopsychologie de l‘organisation, Vidaillet B., Vuibert, 2003.
Weick K. E. et Sutcliffe K. M., Managing the Unexpected, Resilient performance in an age of Uncertainty, Jossey-Bass Inc.,U.S.; Édition : 2nd Revised edition. Weick K.E (1995), Sensemaking in Organizations, Sage Publications, 2007.
Weick K.E.,, “The Collapse of Sensemaking in Organizations: The Mann Gulch Disaster”, Administrative Science Quarterly, Vol.38, 1993, p. 628-652.
Weick K. (2010), Reflections on Enacted Sensemaking in the Bhopal Disaster, Journal of Management Studies, 47, 3, 2010.
Vidaillet B., Le sens de l’action, ouvrage collectif, Vuibert, 2003.








