L’Espagne fait face à une véritable galère d’eau, aggravée par le réchauffement climatique et une sécheresse qui dure depuis trop longtemps. À cela s’ajoute l’essor des datacenters, qui bouffent des quantités d’eau considérables pour refroidir leurs serveurs. Le pays est devenu le nouveau QG des géants du numérique comme Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (les GAFAM), surtout depuis que Madrid veut se positionner comme le “hub digital” de l’Europe en misant 58 milliards d’euros dans le secteur d’ici 2030.
Des datacenters qui se multiplient
À Alcobendas, près de Madrid, un centre de données a ouvert ses portes grâce à l’entreprise française Data4. Ce site ultra sécurisé exige une double identification (badge et empreinte digitale) pour accéder aux serveurs, qui stockent des infos indispensables pour tout, de l’envoi de messages au streaming de films, sans oublier les applis d’intelligence artificielle. Francisco Ramirez, directeur de la branche espagnole de Data4, explique : « Les câbles sous-marins qui relient l’Europe aux États-Unis, à l’Amérique latine et à l’Asie convergent ici. L’Espagne se transforme en porte d’entrée pour le vieux continent. »
Géographiquement bien placée, l’Espagne s’impose comme la plaque tournante idéale pour les câbles reliant plusieurs continents. Dans la région d’Aragon, un datacenter d’une filiale d’Amazon pompe jusqu’à 53 millions de litres d’eau par an, ce qui équivaut à la consommation annuelle moyenne de mille habitants, affirme TF1 dans un reportage. Ces méga projets se multiplient partout dans l’hexagone.
L’eau en berne et les tensions locales
Dans certaines zones, aucune limitation n’est fixée pour la consommation d’eau par ces centres de données. La situation exaspère agriculteurs et élus locaux, inquiets pour l’avenir de leur agriculture et de l’usage domestique. Angel Estanislao Galve Andre, agriculteur spécialisé dans les céréales et président local de la Coordination des Organisations d’Agriculteurs et d’Éleveurs (Coag) dans la province de Guadalajara, s’inquiète : « Les centres de données consomment des quantités d’eau qui me semblent excessives alors qu’il en manque déjà pour l’agriculture et pour les besoins quotidiens. »
La fréquence et la durée des sécheresses se multiplient en Espagne, ce qui accroît le risque d’incendies dévastateurs et menace la rentabilité des exploitations agricoles.
La résistance des élus et des environnementalistes
Beaucoup d’élus locaux sont farouchement opposés aux projets des datacenters sur leurs territoires. José Luis Montero, maire de Villamayor de Gallego, redoute que 40 agriculteurs soient forcés de quitter leurs terres faute d’eau. Il a rejeté un projet soutenu par le gouvernement régional et menace même d’attaquer en justice pour protéger les ressources locales : « Si les discussions n’aboutissent pas, on se réserve le droit d’aller en justice », affirme-t-il.
À l’échelle du pays, avec l’expansion des datacenters, leur consommation d’électricité devrait doubler pour atteindre près de 3 % de la consommation mondiale alors que leur nombre pourrait être multiplié par six d’ici 2030.








