Entreprises d’insertion : quels indicateurs en 2025 ?

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Entreprises d'insertion : quels indicateurs en 2025 ?
Entreprises d’insertion : quels indicateurs en 2025 ? © RSE Magazine

La croissance est là, mais elle ne protège plus les marges. Pour les acteurs du réemploi et de l’économie circulaire, le constat mérite attention : les entreprises d’insertion développent leur activité tout en voyant leur rentabilité s’éroder. Le dernier Observatoire de la Fédération des entreprises d’insertion, qui vient de paraître, décrit un modèle à forte utilité sociale, mais de plus en plus exposé à la hausse des coûts, à la concurrence et à la contraction des financements publics.

Entreprises d’insertion : la croissance masque une rentabilité en baisse

Le premier enseignement est paradoxal. Les entreprises d’insertion vendent davantage, sans pour autant améliorer leurs résultats. Leur chiffre d’affaires moyen passe de 2,47 millions d’euros à 2,66 millions d’euros entre 2024 et 2025, soit une hausse de 8 %, peut-on lire dans cet Observatoire 2026 de la Fédération des entreprises d’insertion. Dans le même temps, leur marge nette moyenne recule de 1,05% à 0,66%. L’activité augmente donc, mais chaque euro de chiffre d’affaires produit moins de résultat net.

Le phénomène est encore plus visible dans les entreprises de travail temporaire d’insertion. Leur chiffre d’affaires moyen progresse de 7,9%, tandis que leur marge nette moyenne passe de 0,29% en 2024 à moins 0,12% en 2025. Le modèle bascule ainsi, en moyenne, légèrement dans le rouge malgré une activité en expansion.

Cette photographie moyenne ne doit d’ailleurs pas masquer les écarts entre structures. Près de 30% des entreprises d’insertion affichent un résultat négatif. Parallèlement, 38% des entreprises d’insertion enregistrent une baisse de leur chiffre d’affaires entre 2024 et 2025. Cette proportion atteint 30% chez les entreprises de travail temporaire d’insertion. La croissance du secteur est donc loin d’être uniforme.

La masse salariale aide à comprendre cette fragilité. Elle représente 76,6% du chiffre d’affaires des entreprises d’insertion et 91,9% de celui des entreprises de travail temporaire d’insertion en 2025. Ces ratios ont certes diminué par rapport aux niveaux de 78,5% et 97,3% observés en 2024. Mais ils restent considérables. L’emploi n’est pas une charge périphérique de ces entreprises : il constitue le cœur même de leur activité et de leur mission sociale.

Cette lecture doit enfin tenir compte de la méthodologie. Certains indicateurs économiques, notamment ceux portant sur les variations annuelles de chiffre d’affaires et de rentabilité, reposent sur un panel de 107 entreprises d’insertion et 31 entreprises de travail temporaire d’insertion. Le rapport précise que les résultats doivent être lus comme des tendances générales, et non comme des références de performance applicables à chaque entreprise.

L’économie circulaire, un réservoir d’emplois d’insertion important

Pour l’écosystème du réemploi, le poids sectoriel de l’économie circulaire est l’un des résultats les plus significatifs du rapport. Avec 53,7% du chiffre d’affaires du panel sectoriel, elle arrive très loin devant la propreté, qui pèse 14,4%. Le bâtiment et les travaux publics représentent 8,3% du chiffre d’affaires, tandis que les espaces verts en représentent 6,5%.

Le profil des entreprises observées donne également une indication sur la structure économique du secteur. Les très petites entreprises représentent 62,4% des structures de l’échantillon et les petites et moyennes entreprises 37,1%. Les entreprises d’insertion représentent 77,6% du panel utilisé pour cette photographie de taille. Ce sont donc, pour une large part, des structures de dimensions modestes, qui doivent simultanément vendre leurs prestations sur des marchés concurrentiels et financer une organisation plus intensive en accompagnement humain.

Le fonctionnement de l’économie circulaire illustre précisément cette double mission. Dans les entreprises d’insertion de ce secteur, les salariés en parcours représentent 59% des emplois, contre 41% de salariés permanents. À cette intensité d’emploi s’ajoute un encadrement important : les encadrants techniques représentent l’équivalent de 20% des postes en insertion et les conseillers en insertion professionnelle 3%. Collecter, trier, réparer ou valoriser des objets ne constitue donc qu’une partie de l’activité ; il faut aussi former, accompagner et préparer la suite du parcours professionnel.

Subventions, recettes et autofinancement : un modèle sous contrainte

La question financière ne se résume pas à la marge nette. Un quart environ des entreprises d’insertion, soit 26%, ont une capacité d’autofinancement négative. La proportion atteint 39 % parmi les entreprises de travail temporaire d’insertion. À l’inverse, 48% des entreprises d’insertion disposent d’une capacité de financement supérieure à 5% de leur chiffre d’affaires. Le secteur apparaît ainsi coupé entre des structures capables de financer une partie de leur développement et d’autres dont les marges de manœuvre deviennent très étroites.

Le rapport détaille surtout le handicap économique spécifique du travail temporaire d’insertion. Une agence de travail temporaire classique emploie en moyenne l’équivalent de 58,3 intérimaires à temps plein, contre 18,6 dans une agence de travail temporaire d’insertion. À coefficient et taux de marge comparables, la marge moyenne atteint 290.632 euros par agence classique, contre 92.723 euros par agence d’insertion. Les aides au poste représentent en moyenne 94.467 euros par agence d’insertion. Elles compensent donc une partie du différentiel commercial, mais pas l’intégralité des coûts et du manque à gagner associés à la mission d’accompagnement.

Le rapport renverse cependant la lecture classique de la subvention publique. Pour 100 euros de produits d’exploitation, une entreprise de travail temporaire d’insertion verse en moyenne 18,40 euros de cotisations sociales, d’impôts et de taxes, alors qu’elle reçoit 9,80 euros de subventions d’exploitation. Rapporté à la subvention, près de 2 euros reviennent donc directement aux finances publiques pour 1 euro versé à ces structures. Le calcul présenté ne comprend pas les retombées indirectes liées à la consommation ou à la sortie durable des minima sociaux.

L’autonomie commerciale demeure, en outre, élevée. Le chiffre d’affaires représente 82,7% des produits d’exploitation des entreprises d’insertion et 88,2% de ceux des entreprises de travail temporaire d’insertion. Les subventions d’exploitation en représentent respectivement 13,6% et 9,8%. Dans les charges, les salaires et traitements pèsent 43,4% pour les entreprises d’insertion et 64% pour les entreprises de travail temporaire d’insertion.

Entreprises d’insertion : des parcours relativement courts

L’Observatoire ne se limite pas aux comptes. Il montre aussi qui travaille dans ces entreprises et comment fonctionne le parcours d’insertion. Près de 93.000 personnes ont été accompagnées par les entreprises d’insertion et les entreprises de travail temporaire d’insertion en 2025, soit une baisse de 2,6% par rapport à 2024. Ces personnes représentent 31,3% des 296.000 bénéficiaires de l’insertion par l’activité économique en France. Parmi elles, 39.667 ont été accompagnées par une entreprise d’insertion et 53.042 par une entreprise de travail temporaire d’insertion.

Les parcours sont relativement courts. Leur durée moyenne est de 10,8 mois dans les entreprises d’insertion et de 9,6 mois dans les entreprises de travail temporaire d’insertion. D’après les données du ministère du Travail, les publics accueillis cumulent fréquemment des facteurs d’éloignement du marché du travail : 77% des salariés embauchés en entreprise d’insertion et 81% de ceux recrutés en entreprise de travail temporaire d’insertion ont un niveau de formation inférieur au baccalauréat. Les moins de 26 ans représentent 24% des recrutements en entreprise d’insertion et 35% en entreprise de travail temporaire d’insertion.

Le rapport pointe également un enjeu de formation au moment même où les entreprises doivent gérer des marges plus serrées. Le budget consacré au plan d’investissement dans les compétences pour l’insertion par l’activité économique est passé de 95,8 millions d’euros en 2023 à 70 millions d’euros en 2025. Dans les entreprises qui mobilisent la formation, les salariés formés suivent en moyenne 11 heures de formation en entreprise d’insertion et 16 heures en entreprise de travail temporaire d’insertion.

Les résultats de sortie donnent enfin la mesure de la fonction sociale de ces structures. Environ deux tiers des salariés concernés sortent de la privation d’emploi à l’issue de leur parcours. Parmi les personnes quittant une entreprise de travail temporaire d’insertion, près de 56% signent un contrat de travail durable ou court, contre environ 31% après un parcours en entreprise d’insertion.

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