L’Union pour le Réemploi Solidaire veut doubler l’objectif de réemploi

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En pleine Semaine du Réemploi Solidaire, l’Union pour le Réemploi Solidaire change d’échelle. L’organisation, qui fédère une large partie des acteurs associatifs de la seconde main, ne veut plus seulement démontrer l’utilité environnementale et sociale du réemploi : elle réclame désormais une véritable politique industrielle, territoriale et financière capable d’inscrire cette économie circulaire dans la durée.

L’Union pour le Réemploi Solidaire place le réemploi au cœur de l’économie circulaire

Du 28 septembre au 4 octobre 2026, l’Union pour le Réemploi Solidaire organise la deuxième édition de son rendez-vous national. Plus de 500 événements sont annoncés dans toute la France, des portes ouvertes aux ateliers de réparation en passant par les ventes solidaires. Cela, après une première édition en 2025 ayant réuni 550 rendez-vous. Cette mobilisation intervient au moment où la filière cherche à peser davantage sur les politiques publiques.

L’Union pour le Réemploi Solidaire publie parallèlement une stratégie nationale qui dépasse largement le seul enjeu de la seconde main. Financement, collecte, commande publique, gouvernance des filières à responsabilité élargie des producteurs, accès aux objets usagés : le document dessine les conditions économiques d’un changement d’échelle. Le poids revendiqué par le secteur donne une première mesure de l’enjeu. Plus de 2.500 structures sont aujourd’hui représentées par l’Union. Elles mettent en activité quelque 40.000 personnes et mobilisent 20.000 bénévoles.

Sur le plan matériel, les volumes sont considérables. Les structures collectent environ 700.000 tonnes de produits usagés chaque année. Environ 300.000 tonnes sont effectivement réemployées. Le modèle touche en outre quelque 7 millions de bénéficiaires ou clients par an. Derrière ces masses se joue une question centrale pour la RSE : faut-il considérer le réemploi uniquement comme une filière de gestion de déchets ou comme une infrastructure territoriale combinant sobriété matérielle, emploi et accès à des biens abordables ?

L’Union défend clairement la seconde lecture. Son modèle repose sur des structures de l’économie sociale et solidaire qui collectent, trient, remettent en état puis revendent localement les objets, y compris lorsque leur valeur marchande est faible. Les excédents sont réinvestis dans le projet écologique et social, précise la synthèse de l’Union pour le Réemploi Solidaire. Cette logique distingue le réemploi solidaire de certaines activités de seconde main centrées avant tout sur les catégories les plus rentables.

Le contexte sectoriel renforce cette question de positionnement. Les Assises nationales de l’économie circulaire se tiennent les 30 septembre et 1er octobre 2026 à Nantes, avec un programme qui réserve notamment une séquence au panorama et aux perspectives du réemploi et de la réutilisation en France. Pour les acteurs de l’ESS, l’enjeu consiste à faire reconnaître les externalités sociales et territoriales au même titre que les tonnes détournées des déchets.

Une stratégie nationale pour passer de 5% à 10% de réemploi

Le premier chantier concerne la planification. La loi AGEC fixe un objectif de réemploi-réutilisation de 5% à l’horizon 2030. L’organisation propose de doubler cette ambition en inscrivant dans le Code de l’environnement un objectif de 10% à l’horizon 2035. Autrement dit, un objet sur dix dont les citoyens se défont devrait pouvoir connaître une seconde vie.

Pour y parvenir, le collectif refuse de s’en remettre à une simple addition d’initiatives. « Pour faire du réemploi une véritable priorité nationale, l’Union pour le Réemploi Solidaire appelle à la mise en place d’une stratégie ambitieuse et co-construite », faisait savoir l’Union pour le Réemploi Solidaire en juillet 2026. Elle préconise un cadre national multifilières, suivi dans le temps et décliné localement afin de prendre en compte les différences de densité, de gisements et de besoins entre territoires.

Cette territorialisation constitue une dimension particulièrement importante pour les entreprises et collectivités qui structurent leur politique RSE autour de l’économie circulaire. L’Union souhaite rendre obligatoire l’intégration de solutions de réemploi dans les programmes locaux de prévention des déchets et dans les plans régionaux de prévention et de gestion des déchets. Le réemploi ne serait donc plus seulement une solution disponible lorsque des acteurs locaux parviennent à l’organiser, mais un élément à prévoir dans la planification publique.

Le gouvernement a en effet engagé en juillet 2026 un travail sur six filières prioritaires : mobilité, batteries, meubles, équipements électriques et électroniques, matériel médical et emballages. Les orientations sont annoncées pour octobre 2026. L’Union entend donc utiliser sa propre stratégie comme contribution au débat, tout en estimant qu’une approche limitée à quelques filières ne suffit pas à organiser le développement national du réemploi.

L’Union pour le Réemploi Solidaire veut sécuriser les objets, les gisements et les financements
Le financement est le deuxième pilier du texte. L’Union réclame qu’au moins 10% des éco-contributions des filières REP soient orientées vers des fonds réemploi uniques par filière. Elle demande également que 100% du coût net du réemploi soit pris en charge dans le cadre de la responsabilité des producteurs. Derrière ces pourcentages se trouvent des coûts très concrets : collecte, tri, stockage, foncier, remise en état ou encore traçabilité.

Pour les structures de l’ESS, la question du financement est indissociable de celle de l’accès aux objets. Une activité de réemploi ne peut fonctionner sans gisements suffisamment importants et de qualité. Or, la montée en puissance des offres de seconde main des distributeurs, des plateformes entre particuliers et d’acteurs spécialisés accroît la compétition pour les produits qui peuvent être revendus. L’Union veut donc développer les dispositifs de collecte dite préservante et instaurer un principe donnant la priorité au réemploi de proximité lorsque des objets peuvent encore être utilisés.

Cette approche conduit également l’organisation à questionner la manière dont les performances sont comptabilisées. Dans sa stratégie, elle propose que les objectifs des filières REP soient calculés à partir de produits effectivement détournés du flux de déchets, notamment issus du don. Les retours commerciaux ou certaines reprises liées à l’achat d’un produit neuf ne devraient pas, selon elle, produire artificiellement des résultats de réemploi lorsqu’ils contribuent peu à la prévention des déchets.

La gouvernance des filières est elle aussi visée. La stratégie propose la création de comités de parties prenantes capables d’intervenir sur les plans d’action et les orientations budgétaires des filières REP. Pour la RSE, le sujet est sensible : il renvoie directement à la répartition des responsabilités entre producteurs, éco-organismes, collectivités, associations, opérateurs de déchets et consommateurs. L’Union défend ainsi une gouvernance dans laquelle la performance économique n’est pas séparée des effets environnementaux et sociaux.

Réemploi et économie circulaire : la commande publique comme levier RSE

La dernière grande piste concerne la demande. Développer les capacités de collecte et de remise en état ne suffit pas si les débouchés restent trop étroits. L’Union mise donc sur la commande publique, dont le montant représentait 89 milliards d’euros en France en 2023. Ce volume en fait un instrument potentiel de structuration de marchés locaux pour les objets issus du réemploi.

La stratégie propose notamment d’élargir le périmètre des obligations d’achat de biens issus du réemploi, de mieux référencer les fournisseurs de l’ESS et d’adapter les procédures aux réalités de structures souvent plus petites que les fournisseurs conventionnels. Elle préconise également de favoriser l’allotissement, les systèmes d’acquisition dynamique et les circuits courts.

L’enjeu dépasse le seul secteur public. Pour les directions RSE et achats responsables, le raisonnement est transposable : intégrer le réemploi dans les politiques d’approvisionnement suppose de travailler sur les critères d’achat, la durée de vie des objets, la réparabilité, le sourcing territorial et la capacité des fournisseurs à mesurer les volumes effectivement réemployés. Cela oblige aussi à sortir d’une vision dans laquelle l’économie circulaire se résume au recyclage en fin de chaîne.

La Semaine du Réemploi Solidaire fournit précisément une vitrine à cette économie de proximité. Plus de 500 événements sont organisés pendant l’édition 2026. Pour l’Union, cette présence locale doit désormais être reliée à une stratégie nationale capable de sécuriser les financements, les gisements d’objets et les débouchés. C’est sur cette articulation entre politiques publiques, responsabilités des producteurs et solidité des modèles territoriaux que se joue désormais le changement d’échelle du réemploi solidaire.

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