Gaspillage alimentaire : la grande distribution se dote de son premier Observatoire

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Gaspillage alimentaire : la grande distribution se dote de son premier Observatoire
Gaspillage alimentaire : la grande distribution se dote de son premier Observatoire © RSE Magazine

Mesurer pour mieux agir. La Fédération du Commerce et de la Distribution et la fédération de la distribution Perifem lancent le premier Observatoire consacré à la lutte contre le gaspillage alimentaire dans la grande distribution. Fondée sur les pratiques de 138 magasins de dix enseignes, cette première photographie sectorielle met en évidence des progrès déjà largement engagés, mais aussi des marges de manœuvre importantes sur la prévision des ventes, la casse, le don et la logistique.

La lutte contre le gaspillage alimentaire s’installe dans le pilotage quotidien des enseignes

La lutte contre le gaspillage change d’échelle dans la grande distribution française. Le 28 septembre 2026, la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) et la fédération de la distribution Perifem ont présenté la première édition de leur Observatoire de la lutte contre le gaspillage alimentaire en grande distribution. Le dispositif doit servir à objectiver les pratiques des points de vente, à identifier les solutions les plus efficaces et, à terme, à harmoniser les indicateurs utilisés par les enseignes.

L’exercice repose pour l’instant sur 138 magasins issus de dix enseignes contributrices. Il ne constitue donc pas une photographie exhaustive de l’ensemble du commerce alimentaire français. Il apporte néanmoins une première base commune pour suivre les actions menées en magasin et comparer différents leviers, de la gestion des commandes au don alimentaire, en passant par les réductions de prix sur les produits approchant de leur date de péremption.

Premier signal : la mobilisation des équipes apparaît désormais largement ancrée dans le fonctionnement des magasins interrogés. Selon cet Observatoire FCD-Perifem, 94% des répondants estiment que l’engagement de leurs équipes dans la lutte contre le gaspillage alimentaire a progressé ou s’est maintenu par rapport à l’année précédente. Plus précisément, 65% observent une augmentation de cette mobilisation et 29% une stabilité. La dynamique est encore plus marquée dans les grandes surfaces : 70% des hypermarchés et 69% des supermarchés répondants font état d’un engagement en hausse.

Cette mobilisation se traduit par plusieurs pratiques désormais intégrées aux opérations courantes. Les magasins agissent notamment sur la commande, en cherchant à rapprocher les volumes achetés des ventes attendues. Ils appliquent également des réductions aux produits devant être écoulés rapidement, développent la formation des salariés, organisent le don aux associations et commercialisent des paniers anti-gaspillage. Pour les fruits et légumes, environ 60% des magasins interrogés proposent ainsi directement ce type de paniers.

L’Observatoire apporte surtout une hiérarchie des leviers jugés les plus performants par les professionnels interrogés. Le « stickage » en zone dédiée, qui consiste à appliquer une étiquette de réduction à des produits proches de leur date limite puis à les regrouper dans un espace spécifique, est cité parmi les cinq actions les plus efficaces par 70% des répondants. Pour 29% d’entre eux, il constitue même la pratique la plus efficace. Le mécanisme poursuit un objectif simple : déclencher plus vite la vente d’un produit encore consommable avant qu’il ne devienne une perte.

La maîtrise des approvisionnements arrive également en tête des solutions privilégiées. Les outils de gestion des commandes figurent parmi les cinq dispositifs les plus efficaces pour 56,9% des répondants, tandis que 36,9% les considèrent comme la mesure la plus performante. Cette place accordée à la prévision est significative du point de vue de la RSE : l’enjeu ne consiste plus seulement à trouver une seconde destination à un produit invendu, mais à intervenir plus en amont pour éviter de générer le surplus.

Mesurer le gaspillage pour agir en amont

Le principal apport structurel de l’Observatoire pourrait toutefois résider dans la mesure. Pour piloter une stratégie de réduction du gaspillage, encore faut-il disposer d’indicateurs suffisamment homogènes pour suivre les évolutions d’une année sur l’autre et comparer les pratiques. La FCD et Perifem mettent ainsi en avant le taux de casse nette, défini comme les pertes alimentaires restant réellement à la charge du magasin après déduction, notamment, des produits écoulés à prix réduit, des paniers anti-gaspillage, des dons ou de certaines formes de valorisation.

Parmi les 44 magasins ayant renseigné cet indicateur, le taux moyen de casse nette représente 0,71% du chiffre d’affaires alimentaireé Derrière cette moyenne se cachent toutefois des différences importantes selon les formats. Le taux atteint 0,5% pour les hypermarchés répondants et 0,9% pour les supermarchés. Il grimpe à 2% dans les magasins de proximité ayant participé à la mesure.

Ces écarts constituent une donnée importante pour la suite du dispositif, sans permettre à eux seuls d’expliquer les causes des différences constatées. L’échantillon reste limité et seuls 44 magasins ont communiqué un taux de casse nette. En revanche, l’adoption progressive d’un référentiel partagé peut permettre aux enseignes de mieux suivre leurs propres performances, d’identifier les catégories ou les organisations les plus exposées aux pertes et d’évaluer plus précisément l’effet de leurs plans d’action.

Pour une politique RSE, cette capacité à mesurer est déterminante. Elle relie des pratiques très opérationnelles — quantité commandée, moment de la réduction, organisation des rayons, écoulement des invendus — à un indicateur économique directement lisible. La diminution du gaspillage peut ainsi être suivie non seulement comme un engagement environnemental et social, mais également comme un sujet de performance commerciale et de gestion des ressources.

Cette approche explique aussi l’intérêt accordé aux outils de prévision. Une meilleure anticipation de la vente limite le volume de produits susceptibles d’entrer dans les circuits de démarque, de don ou de valorisation. Les réductions tarifaires interviennent ensuite comme un second levier pour écouler les références déjà présentes en magasin. Autrement dit, la hiérarchie dessinée par l’Observatoire place l’action préventive en première ligne, avant le traitement de l’invendu.

Le don, un pilier anti-gaspillage confronté au verrou logistique

Le don alimentaire est déjà très répandu dans l’échantillon étudié. Toujours d’après cet Observatoire, 94% des points de vente interrogés déclarent disposer d’au moins un partenariat avec une association pour des dons destinés à l’alimentation humaine. Chaque magasin concerné travaille en moyenne avec 1,9 association. Parmi les 68 établissements qui ont communiqué la valeur de leurs dons, celle-ci atteint en moyenne 73.219 euros par an.

Mais cette implantation massive du don n’élimine pas les pertes de denrées consommables. C’est même l’un des enseignements les plus saillants de cette première édition : 40,5% des points de vente interrogés indiquent avoir parfois dû détruire des aliments encore consommables faute de solution de collecte. Le problème se déplace alors du magasin vers l’organisation du dernier kilomètre solidaire.

Les difficultés recensées concernent la fréquence des ramassages, les week-ends et jours fériés, l’indisponibilité ponctuelle des associations ainsi que le manque de véhicules adaptés. Le diagnostic dessine un enjeu très concret : augmenter les capacités de redistribution suppose une infrastructure capable d’absorber les volumes disponibles au moment où ils le sont. Un produit alimentaire proche de son échéance impose, par définition, des délais particulièrement courts.

La FCD et Perifem évoquent plusieurs pistes, parmi lesquelles la mutualisation des tournées, l’accompagnement des associations et le développement de nouvelles solutions logistiques. Pour les stratégies RSE des enseignes, ce point est central. Une politique de don peut être largement déployée sur le papier tout en restant dépendante de la capacité matérielle des partenaires associatifs à collecter, transporter et redistribuer les produits dans les temps.

Le chiffre de 40,5% illustre ainsi la différence entre l’existence d’une procédure de don et son efficacité opérationnelle permanente. L’enjeu n’est plus seulement d’ouvrir les invendus consommables aux associations. Il consiste à bâtir une chaîne de redistribution suffisamment robuste pour fonctionner lorsque les flux se présentent, y compris lors des périodes où les moyens humains et logistiques sont plus contraints.

La FCD et Perifem veulent installer un référentiel durable pour les enseignes

Avec cet Observatoire, la Fédération du Commerce et de la Distribution et Perifem cherchent à construire un dispositif appelé à s’inscrire dans la durée. L’édition 2026 est présentée comme une première étape vers un outil commun de pilotage. Les prochaines éditions devront notamment poursuivre l’harmonisation des indicateurs et favoriser leur utilisation par les points de vente, afin de suivre l’évolution des pratiques et de faciliter la diffusion des solutions ayant montré leur efficacité.

Cette logique de mesure peut aussi contribuer à rendre plus comparables des actions qui, jusqu’ici, sont très diverses : ajustement des commandes, réductions en rayon, paniers anti-gaspillage, sensibilisation des équipes, partenariats associatifs ou dispositifs de valorisation. Pour les directions RSE, l’enjeu consiste précisément à transformer cette accumulation d’initiatives en données pouvant être suivies, comparées et intégrées dans des trajectoires de progrès.

L’Observatoire relève cependant un autre levier encore peu visible auprès du public : le label national anti-gaspillage. Seuls 16% des points de vente interrogés considèrent ce label comme moyennement ou très connu de leurs clients. Dans le même temps, 27% des magasins non labellisés indiquent envisager une future labellisation. Les organisations professionnelles identifient donc deux freins principaux à son déploiement : sa notoriété auprès du grand public et le coût de la démarche pour les magasins.

Le lancement de cet outil intervient dans un secteur de grande ampleur économique et territoriale. La FCD indique regrouper des acteurs d’un commerce représentant notamment plus de 30.000 points de vente et environ 225 milliards d’euros hors taxes de volume d’affaires. Perifem indique pour sa part représenter 80% du Top 50 des enseignes de distribution physique et les quatre principaux acteurs des centres commerciaux, soit 35.000 magasins, 400 centres commerciaux et 70 millions de mètres carrés de surface commerciale.

À cette échelle, même des variations apparemment faibles du taux de casse peuvent devenir significatives. L’intérêt de l’Observatoire sera donc moins de figer un classement des enseignes que de documenter leur progression dans le temps. La première édition fournit une base : 138 magasins, dix enseignes et plusieurs indicateurs communs. La prochaine étape sera de renforcer cette mesure, d’élargir son appropriation et de vérifier, édition après édition, si les pratiques identifiées permettent effectivement de réduire davantage le gaspillage alimentaire dans les magasins.

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