Le 9 avril 2025, Castorama a annoncé la suppression progressive mais totale de la tourbe dans ses terreaux, un virage stratégique destiné à enrayer la destruction des tourbières. Une décision présentée comme un tournant pour l’enseigne du groupe Kingfisher, qui entend désormais faire figure de pionnière dans le commerce responsable. Une nouvelle étape de sa politique environnementale, dont la mise en œuvre s’appuie sur un partenariat inédit avec l’Office national des forêts.
Castorama supprime la tourbe : une décision sans précédent
L’annonce est claire : « Dès avril 2025, Castorama arrête totalement ses approvisionnements en terreaux contenant de la tourbe, pour ses marques propres. Dès décembre 2025, cette mesure sera étendue aux marques nationales distribuées par l’enseigne ». Le distributeur anticipe ainsi les recommandations de l’Office français de la biodiversité, qui alerte sur une hausse prévisible de 415% de la demande en terreaux d’ici 2050.
Et pour cause : la tourbe, matériau prisé dans le jardinage pour ses propriétés agronomiques, est issue de milieux naturels irremplaçables. Les tourbières, ces éponges écologiques, jouent un rôle déterminant dans la régulation climatique et le stockage du carbone. Les extraire pour enrichir un pot de géranium ? Une hérésie environnementale.
Alors Castorama frappe fort. Fini les produits toxiques pour le sol et l’atmosphère : « En 2026, Castorama aura supprimé l’ensemble des références de terreaux contenant de la tourbe de son offre commerciale, une fois les stocks épuisés ».
Un partenariat stratégique avec l’ONF : restaurer, sensibiliser, agir
Mais Castorama ne s’arrête pas là. En s’associant au fonds de dotation ONF-Agir pour la forêt, l’entreprise ne se contente plus d’afficher des objectifs : elle finance directement des projets de restauration de tourbières, à commencer par deux sites en Lozère dès 2025. L’enseigne veut aussi soutenir la préservation des forêts, un engagement qu’elle qualifie de pilier de sa stratégie RSE.
Et l’enseigne voit plus loin. Elle entend inclure le grand public dans cette dynamique avec des campagnes de sensibilisation sur les rôles écologiques des tourbières. Objectif : réconcilier le citoyen-bricoleur avec la nature dévastée par ses propres habitudes de consommation.
Innovation verte ou coup marketing ? Castorama en pleine mutation
Pascal Gil, directeur général de Castorama, l’assure : « Nous voulons démontrer qu’un engagement environnemental fort peut être un moteur d’innovation et de transformation positive pour toute la filière ».
Les alternatives à la tourbe sont déjà à l’étude, à base de fibres de coco et de bois. Loin d’un simple rebranding vert, Castorama revendique une transformation en profondeur. Les résultats sont là : 98% du bois utilisé par l’enseigne provient de forêts gérées durablement, les émissions de carbone ont baissé de 55% sur les scopes 1 et 2 depuis 2016, et l’entreprise vise le zéro émission nette sur le scope 3 d’ici 2050.
Et pour compléter le tableau, Castorama développe des services tournés vers la durabilité : location de matériel, entretien d’outils, simulateurs d’aides à la rénovation énergétique… Même les collaborateurs ne sont pas épargnés : 4.000 heures de formation sur les enjeux climatiques ont été dispensées en 2024.
Le signal d’un basculement du secteur ?
L’initiative de Castorama ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un contexte de durcissement réglementaire à l’échelle européenne. Le Règlement sur la restauration de la nature impose désormais aux États membres de restaurer 30% des tourbières drainées d’ici 2030, puis 40% d’ici 2040, et 50% d’ici 2050.
Face à cette pression législative, les distributeurs doivent se réinventer. Castorama prend les devants, mais le reste du marché suivra-t-il ? Car derrière le volontarisme affiché, c’est tout un modèle agricole, horticole et commercial qu’il faudra repenser. Et vite.
Mettre fin à la vente de tourbe, un pari risqué… et salutaire
En mettant fin à l’exploitation de la tourbe dans ses rayons, Castorama mise sur une rupture. Risquée, peut-être. Mais nécessaire. À l’heure où l’empreinte écologique du jardinage devient un enjeu politique, l’enseigne joue sa crédibilité et revendique un rôle d’avant-garde. Reste à savoir si cette révolution verte ne restera pas isolée.








