Edwige-Laure Mombouli (Vox Populi) : « L’égalité des chances doit aussi s’appliquer aux métiers de la mode »

L’association Vox Populi a lancé, en partenariat avec Shein, la bourse « Futurs Talents de la Mode », qui accompagne 50 étudiants pour la rentrée 2026-2027.

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Edwige-Laure Mombouli (Vox Populi) : « L’égalité des chances doit aussi s’appliquer aux métiers de la mode » © RSE Magazine

Alors que les contraintes financières peuvent encore fermer les portes des écoles de mode à de jeunes talents, l’association Vox Populi a lancé, en partenariat avec Shein, la bourse « Futurs Talents de la Mode », qui accompagne 50 étudiants pour la rentrée 2026-2027. Edwige-Laure Mombouli, directrice générale de l’association, revient sur cette initiative en faveur de l’égalité des chances et sur les moyens de rendre les métiers de la création accessibles à tous.

RSE Magazine : Pourquoi avoir choisi de consacrer une bourse aux métiers de la mode ?

Edwige-Laure Mombouli : Lorsque j’étais étudiante, je rêvais de travailler dans la mode. Mais je m’interdisais moi-même d’y accéder. Les formations étaient trop coûteuses et cet univers me semblait fermé, presque inaccessible. Je me souviens avoir même visité la prestigieuse Central Saint Martins, à Londres, tout en me disant intérieurement : “Ce n’est pas pour moi.

Avec le recul, je réalise que je m’étais autocensurée avant même d’avoir essayé. Et c’est précisément ce que je ne veux plus voir chez les jeunes générations.

La mode est un secteur qui fait rêver et qui regorge d’opportunités, mais le talent, la créativité et l’ambition ne suffisent pas toujours à ouvrir les portes. Trop de jeunes renoncent à certaines formations, faute de moyens, mais aussi parce qu’ils ont fini par intérioriser l’idée que certains univers professionnels ne leur sont pas destinés.

Or, les jeunes que je rencontre sont ambitieux, entreprenants, créatifs. Ils ont des idées, des projets et une formidable envie de réussir. Ce qui leur manque, ce n’est pas le talent, ce sont parfois les moyens et la conviction qu’ils ont, eux aussi, toute leur place.

Avec « Futurs Talents de la Mode », notre ambition est donc double : lever les obstacles financiers grâce aux bourses d’études, mais aussi combattre cette autocensure qui empêche tant de jeunes d’oser.

Car aucun jeune ne devrait renoncer à son avenir simplement parce qu’il pense que ce monde n’est pas fait pour lui.

RSE Magazine : En quoi le coût des formations constitue-t-il un frein à l’égalité des chances ?

Edwige-Laure Mombouli : L’accès à une formation ne devrait pas dépendre uniquement des ressources financières de sa famille ! Quand l’Etat ne peut pas combler une inégalité de départ, le secteur privé peut et doit contribuer à la combler. Les grandes entreprises et les associations ont une responsabilité sociale dans un monde plus difficile, où les solidarités transgénérationnelles s’effacent progressivement. Lorsqu’un jeune doit renoncer à une école ou à une spécialisation parce qu’il ne peut pas en financer les frais de scolarité, c’est une possibilité de parcours qui disparaît. Notre objectif est de contribuer à réduire cette inégalité en apportant un soutien financier ciblé à des jeunes dont la situation économique fragilise le projet d’études.

RSE Magazine : Qui peut bénéficier de la bourse « Futurs Talents de la Mode » et comment les candidats sont-ils sélectionnés ?

Edwige-Laure Mombouli : Le programme s’adresse aux jeunes de 16 à 30 ans résidant en France métropolitaine ou dans les DROM-COM, admis ou inscrits dans une formation liée à la mode et confrontés à des difficultés financières. Pour cette première promotion, 50 jeunes ont été sélectionnés. L’évaluation prend en compte leur situation sociale, leur potentiel créatif, leur motivation, leur parcours académique et la cohérence de leur projet professionnel. La sélection est conduite indépendamment par un comité composé de professionnels et d’acteurs de la formation et du développement durable, afin de garantir l’équité des décisions. L’idée n’est pas d’aider pour aider, mais d’aider des gens qui le méritent vraiment et ont un projet cohérent.

RSE Magazine : Quels profils et quels métiers cette première promotion représente-t-elle ?

Edwige-Laure Mombouli : Nous souhaitions que cette bourse puisse bénéficier à des jeunes aux parcours variés et ne se limite pas à une seule vision des métiers de la mode. La première promotion rassemble 50 étudiants répartis entre neuf établissements. Près de 80 % sont des jeunes femmes. Les formations concernées couvrent un large spectre de compétences : stylisme, couture, broderie, maroquinerie, développement et production, mais aussi fashion business, management, marketing, innovation et métiers créatifs. Cette diversité reflète la richesse des parcours possibles dans le secteur.

RSE Magazine : Pourquoi avoir choisi de vous associer à Shein pour financer ce programme ?

Edwige-Laure Mombouli : Pour construire ce programme, nous recherchions un partenaire capable de nous accompagner dans son déploiement à l’échelle nationale. Nous avions déjà travaillé avec Shein en 2025, dans le cadre de Pop’Skills, une initiative destinée à aider des jeunes à acquérir les codes du monde professionnel. Ce premier travail commun a constitué un point d’appui pour développer une nouvelle action. Avec « Futurs Talents de la Mode », le soutien financier de Shein nous permet de proposer un accompagnement ciblé sur les frais de scolarité de jeunes qui souhaitent se former aux métiers de la mode.

RSE Magazine : Comment évaluerez-vous la réussite de « Futurs Talents de la Mode » au-delà de cette première rentrée ?

Edwige-Laure Mombouli : La première étape consiste à permettre aux 50 bénéficiaires de poursuivre leur formation dans de bonnes conditions, sans que leurs difficultés financières ne les contraignent à renoncer à leur projet. À plus long terme, nous souhaitons que ce programme contribue à ouvrir davantage les métiers de la mode à des profils qui y sont encore insuffisamment représentés. La réussite ne se mesure donc pas seulement au nombre de bourses attribuées, mais aussi aux possibilités concrètes qu’elles permettent de créer : poursuivre ses études, développer ses compétences et construire un parcours professionnel dans un secteur qui correspond à ses ambitions.

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