Emballages plastique : un lobbying 19 fois supérieur à celui des ONG

Zero Waste France révèle dans un rapport du 8 octobre que les industriels de l’emballage plastique ont consacré 24,3 millions d’euros au lobbying en 2025, soit 18,7 fois plus que les ONG. Un déséquilibre qui éclaire l’échec des objectifs de réduction du plastique à usage unique : les tonnages ont augmenté de 3,3 % entre 2018 et 2021, à l’inverse de la trajectoire prévue par la loi AGEC.

Publié le
Lecture : 3 min
Adieu le béton traditionnel : au Mexique, un homme construit des maisons entières avec du plastique fondu et a 300 contrats signés
Emballages plastique : un lobbying 19 fois supérieur à celui des ONG © RSE Magazine

En 2025, les dépenses de lobbying de l’industrie de l’emballage plastique ont atteint 24,3 millions d’euros, tandis que les organisations de la société civile n’ont dépensé que 1,3 million. Zero Waste France met en lumière ce déséquilibre financier dans une enquête publiée le 8 octobre, illustrant l’échec des objectifs de réduction du plastique à usage unique définis par la loi AGEC de 2020.

« Le problème n’est pas l’expression des intérêts privés, mais l’ampleur des moyens qui influencent la législation », déclare Bastien Faure, directeur général de Zero Waste France. L’association a analysé les déclarations à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) de 125 acteurs influençant les politiques sur les emballages, dont 34 utilisent plus de la moitié de leur activité à cet effet, avec un budget total dépassant 2,5 millions d’euros en 2025.

Les objectifs de réduction sous pression industrielle

La loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire visait à réduire de 20 % les emballages plastiques à usage unique d’ici 2025 par rapport à 2018, avec une élimination complète prévue pour 2040. Cependant, l’Ademe rapporte que les tonnages ont augmenté de 3,3 % entre 2018 et 2021. Pour les bouteilles en plastique, l’augmentation est de 4 % entre 2021 et 2022, malgré un objectif de réduction de moitié d’ici 2030. Actuellement, 14,6 milliards de bouteilles en plastique sont mises sur le marché français chaque année.

Ce déséquilibre entraîne un coût financier pour la France, qui verse environ 1,5 milliard d’euros par an à l’Union européenne pour la « taxe plastique », une pénalité due à un taux de recyclage de seulement 27,7 %, loin de l’objectif européen de 50 %. « Les intérêts privés dominent, au détriment de l’intérêt général, avec des impacts négatifs pour la santé et l’environnement », avertit Marine Bonavita de Zero Waste France, selon Franceinfo.

Une industrie influente dans le processus législatif

Zero Waste France met en avant trois organisations majeures de la plasturgie : ELIPSO, Plastalliance et Polyvia. ELIPSO, le syndicat des fabricants d’emballages plastiques, a déclaré 34 activités en 2025 avec huit collaborateurs dédiés aux affaires publiques. Dans son rapport annuel 2025, ELIPSO mentionne avoir défendu efficacement les intérêts de ses membres, obtenant des avancées sur la taxe plastique lors de l’examen du projet de loi de finances 2026.

L’amendement sur la taxe des emballages plastiques non recyclés a été retiré du budget adopté, ELIPSO affirmant avoir influencé ce retrait à chaque étape parlementaire. L’organisation a également demandé la publication d’une étude Ademe favorable aux emballages plastiques et la suppression des emballages en polystyrène dans le projet de loi DDADUE.

Les éco-organismes sous influence

Zero Waste France souligne que Citeo, éco-organisme d’État pour la gestion des emballages ménagers, est contrôlé par les entreprises qu’il doit réguler, comme Nestlé et Danone. Bastien Faure accuse Citeo de défendre les intérêts de ces groupes contre la taxe plastique. Investigate Europe révèle que Citeo a aussi fait pression sur la Commission européenne pour baisser les objectifs de recyclage. Marion Halby de Léko note une déconnexion entre les contributions croissantes et les performances limitées, selon Decision Achats.

Impacts environnementaux

Le rapport met en évidence les conséquences de ce lobbying : plus de 110 milliards d’emballages à usage unique sont mis sur le marché français chaque année, et 22 % des déchets plastiques finissent dans la nature. Les bouteilles en PET libèrent des substances chimiques perturbant le système endocrinien. ALMA cible les femmes enceintes dans ses campagnes, bien qu’elles soient vulnérables aux perturbateurs endocriniens, contrevenant aux interdictions prévues par la loi AGEC. La réglementation européenne peine à obtenir des résultats tangibles face aux lobbies industriels.

Laisser un commentaire