Des scientifiques de l’université de Cambridge affirment avoir trouvé la preuve la plus solide à ce jour de l’existence de vie sur une autre planète. Elle s’appelle K2-18b et se situe à 124 années-lumière de la Terre, soit environ 700 000 milliards de miles, une distance qu’aucun être humain ne pourrait parcourir de son vivant.
L’équipe, dirigée par l’astrophysicien Nikku Madhusudhan, de l’Institut d’astronomie de Cambridge, a publié ses résultats dans la revue The Astrophysical Journal Letters, relayés dans la BBC. Pour les obtenir, les chercheurs ont utilisé le télescope spatial James Webb de la Nasa, capable d’analyser la composition chimique de l’atmosphère de planètes lointaines en étudiant la lumière de leur étoile qui la traverse.
Lancé en 2021, cet observatoire est présenté comme le plus grand et le plus puissant jamais envoyé dans l’espace. Plus de 5 500 exoplanètes ont déjà été confirmées à ce jour, parmi des milliards que compterait la seule Voie lactée.
K2-18b orbite autour d’une petite étoile rouge, dans la zone jugée habitable de son système. Elle est plus de deux fois et demie plus grande que la Terre, et plus de huit fois plus massive. L’absence d’ammoniac dans son atmosphère est interprétée par de nombreux chercheurs comme l’indice d’un vaste océan liquide, qui absorberait ce gaz en dessous.
Deux gaz associés au vivant sur Terre
L’équipe de Cambridge a détecté la signature chimique d’au moins une de deux molécules, le sulfure de diméthyle (DMS) et le disulfure de diméthyle (DMDS). Sur Terre, ces gaz ne sont produits que par des organismes simples, le phytoplancton marin et certaines bactéries. Selon Madhusudhan, la quantité estimée de ce gaz dans l’atmosphère de K2-18b serait des milliers de fois supérieure à ce qui est observé sur Terre.
C’est la deuxième fois que des substances associées à la vie sont repérées dans l’atmosphère de cette planète par le télescope Webb, et cette détection est jugée plus prometteuse que la première. Madhusudhan a déclaré lors d’une diffusion en direct, jeudi, qu’il s’agissait du signe le plus fort à ce jour de toute possibilité d’activité biologique hors du système solaire.
Il va plus loin : si le lien entre ces molécules et la vie se confirme, que cette planète devrait grouiller de vie, et cela reviendrait à établir que la vie est très répandue dans la galaxie.
Un seuil de certitude encore insuffisant
Les derniers résultats atteignent un niveau de confiance de trois sigma, soit 99,7 %. Un chiffre élevé, mais jugé insuffisant par la communauté scientifique : pour être validée comme une découverte, une preuve doit atteindre cinq sigma, environ 99,99999 % de certitude. Il subsiste donc 0,3 % de chances que le signal ne soit qu’un artefact statistique.
Dix-huit mois plus tôt, la même équipe n’avait obtenu qu’un résultat d’un seul sigma, soit 68 %, accueilli alors avec beaucoup de scepticisme. Madhusudhan estime pouvoir confirmer le signal avec moins d’une chance sur un million d’être un faux positif, dans un délai d’un à deux ans. Il a expliqué sur BBC Radio 4 qu’ils voulaient être vraiment, vraiment rigoureux, et faire plus d’observations.
Même un résultat à cinq sigma ne prouverait pas définitivement l’existence de la vie, prévient Catherine Heymans, professeure à l’université d’Édimbourg et astronome royale d’Écosse, non impliquée dans l’étude. Dans un entretien à la BBC, elle rappelle que l’origine de ce gaz pourrait être non biologique, expliquant qu’on ne sait pas quelle autre activité géologique pourrait se produire sur cette planète et produire ces molécules.
Deux explications alternatives circulent déjà. Le professeur Oliver Shorttle, de l’université de Cambridge, avance que K2-18b pourrait abriter un océan de roche en fusion, ce qui exclurait toute vie. Le chercheur Nicolas Wogan, du Nasa Ames Research Center, a de son côté publié une étude suggérant qu’il s’agirait plutôt d’une mini-géante gazeuse dépourvue de surface solide.
Ces deux pistes ont elles-mêmes été contestées par d’autres équipes, qui les jugent incompatibles avec les données du télescope Webb. Le débat porte donc autant sur la présence réelle des deux molécules que sur la structure même de la planète.
Chris Lintott, qui présente l’émission The Sky at Night sur la BBC, appelle à la prudence. Il a averti sur l’émission Today, diffusée sur BBC Radio 4, qu’il fallait être très prudent avant de dire qu’il s’agissait d’un moment dans la recherche de vie, rappelant qu’ils avaient déjà connu de tels moments.
À Harvard, l’astrophysicien Avi Loeb émet aussi des réserves. Il rappelle que le DMS s’observe également sur des comètes dépourvues de toute vie, et qu’il pourrait résulter de processus géologiques, chimiques à la surface de la planète, sans qu’il y ait d’organisme vivant derrière. Pour lui non plus, le seuil des cinq sigma n’est pas atteint.
Si une forme de vie existait réellement sur K2-18b, toute communication resterait compliquée. Selon Loeb, un signal envoyé vers la planète mettrait au moins 248 ans avant qu’une éventuelle réponse ne revienne.



