« C’est qui le Patron ?! » : la pomme solidaire arrive chez Burger King

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« C'est qui le Patron ?! » : la pomme solidaire arrive chez Burger King
© Burger King

Une pomme découpée peut-elle devenir un outil de politique RSE ? L’enseigne Burger King France y croit : elle va intégrer les quartiers de pommes « C’est qui le Patron ?! » à son menu enfant King Junior, avec un engagement annuel de 300 tonnes de pommes brutes Golden auprès de 34 familles d’arboriculteurs des Alpes de Haute-Durance. Derrière ce produit très simple se dessine une mécanique plus large : sécuriser un débouché, rémunérer la production à un niveau jugé plus juste et renforcer la résilience d’une filière agricole fragilisée par les aléas climatiques.

« C’est qui le Patron ?! » fait de la pomme un levier RSE chez Burger King

À compter du 28 octobre 2026, des sachets kraft de 60 grammes de quartiers de pommes Golden fraîches rejoindront donc les menus King Junior dans l’ensemble du réseau Burger King France. Les fruits sont annoncés comme 100% français et issus de vergers IGP des Alpes de Haute-Durance. Cette arrivée constitue la troisième étape du partenariat noué en 2024 entre Burger King et « C’est qui le Patron ?! », après le lait utilisé dans les boissons chaudes puis le nectar de pommes.

L’intérêt de l’opération dépasse pourtant la simple origine française de la pomme. Le dispositif touche directement au partage de la valeur, à l’ancrage territorial, à l’adaptation des filières agricoles et à la relation entre consommateurs et producteurs. Il intervient surtout après un été marqué par la chaleur, la grêle et le manque d’eau, qui ont endommagé les vergers, mais aussi de jeunes arbres, des installations d’irrigation et des filets paragrêle.

Dans une politique d’achats responsables, la durée et la visibilité des commandes comptent autant que le discours. Burger King annonce ainsi 300 tonnes de pommes brutes Golden commandées chaque année. Alexandre Simon, directeur général de Burger King France, résume cette logique par une formule : « Soutenir une filière, ce ne sont pas des promesses, ce sont des volumes garantis ». L’engagement apporte donc aux arboriculteurs un débouché identifié et récurrent plutôt qu’une opération ponctuelle.

La dimension sociale de cette RSE se lit à l’autre bout de la chaîne. Les 34 familles d’arboriculteurs concernées sont implantées dans les Alpes de Haute-Durance, selon Burger King France. Pour Mélanie Costanzo, productrice dans cette filière, le partenariat doit notamment faciliter le renouvellement des plantations : « Cela nous permet de renouveler nos vergers et de maintenir notre activité face aux contraintes économiques et climatiques », explique-t-elle. L’enjeu n’est donc pas seulement de vendre la récolte du moment, mais de préserver la capacité de production future.

Cette visibilité économique prend un relief particulier au regard du prix. Les producteurs évaluent leur « juste rémunération » à 0,69 euro par kg, contre environ 0,35 euro par kg actuellement payé. L’écart atteint ainsi environ 0,34 euro par kg. Il faut savoir que 110.000 tonnes de pommes pourraient disparaître à court terme en l’absence d’une revalorisation permettant notamment de renouveler les vergers.

Une pomme française pour sécuriser des producteurs fragilisés

La campagne 2026 illustre aussi une autre facette de l’impact : la capacité à valoriser des fruits plus difficiles à écouler dans les circuits traditionnels. La chaleur, la grêle et les restrictions hydriques ont laissé une partie de la récolte moins facilement commercialisable. Certains producteurs auraient en outre à supporter des coûts d’assurance supplémentaires pouvant atteindre 1.000 euros par hectare.

Le modèle CQLP cherche précisément à faire de ces contraintes un sujet de conception produit. La première campagne de pommes solidaires, en 2025-2026, avait déjà représenté entre 380 et 400 tonnes commercialisées et concerné 85 familles de producteurs. La campagne suivante ajoute deux débouchés : les quartiers de pomme chez Burger King et une barquette en carton de six fruits, d’environ un kg, proposée au prix conseillé de 2,99 euros, prix voté par 958 consommateurs.

Cette architecture est caractéristique de la démarche : le consommateur n’est plus seulement destinataire d’un argument de responsabilité, il intervient dans la définition du produit et de son prix. Dans le cas Burger King, Nicolas Chabanne, fondateur de C’est qui le Patron ?!, insiste sur cette dimension : « Nous, les consommateurs, nous avons voté “oui” pour que nos pommes solidaires soient présentes dans les menus Burger King ». Cette gouvernance participative ne garantit pas à elle seule l’impact, mais elle rend plus lisible le lien entre choix de consommation, prix agricole et débouché commercial.

« C’est qui le Patron ?! » : transparence et juste prix autour de la pomme

C’est ici que « C’est qui le Patron ?! » se distingue d’une démarche RSE classique construite uniquement par une entreprise. La marque revendique un modèle fondé sur la mobilisation des consommateurs et la fixation d’un niveau de rémunération avec les producteurs. Elle affirme avoir écoulé 730 millions de produits solidaires depuis sa création, dont 581 millions de litres de lait, avoir lancé 21 produits solidaires, être achetée par 15,3 millions de consommateurs et compter 17.800 consommateurs adhérents à sa coopérative.

L’impact recherché repose alors sur trois mécanismes étroitement liés. Le premier est la rémunération : un prix doit permettre aux producteurs de couvrir leurs charges et d’investir. Le deuxième est le volume : un prix théoriquement juste a peu d’effet sans débouchés suffisants. Le troisième est la transparence : les consommateurs doivent pouvoir comprendre pourquoi le produit coûte ce prix et à quelle partie de la chaîne la valeur supplémentaire est destinée. Dans la pomme, la combinaison de ces trois leviers transforme une question d’approvisionnement en sujet de pérennité agricole.

L’accord avec Burger King apporte surtout un effet d’échelle. Le partenariat a débuté fin 2024 avec 300.000 litres de lait français équitable par an. En octobre 2025, l’enseigne a ajouté le nectar de pommes, avec 5 millions de briques, soit 700.000 litres et 830 tonnes de pommes par an. L’arrivée de ce nectar chez Burger King a permis de doubler en quelques mois les volumes de production concernés vendus avec une juste rémunération.

Burger King inscrit la pomme dans une stratégie RSE plus large

Pour Burger King, les quartiers de pomme prennent place dans une politique d’approvisionnement déjà orientée vers les filières françaises. L’enseigne indique que 80% de ses achats sur quatre filières prioritaires, le bœuf, le poulet, la pomme de terre et le blé, proviennent de productions agricoles françaises. Elle déclare également avoir investi 777 millions d’euros auprès de fournisseurs nationaux en 2025, soit une progression de 24% depuis 2022. « Notre collaboration avec C’est qui le Patron ?! illustre parfaitement notre stratégie d’approvisionnement : allier la qualité des produits à un ancrage territorial fort », affirme-t-il.

Le partenariat agricole s’insère par ailleurs dans une feuille de route environnementale plus vaste. Bertrand Franchise vise une réduction de 50% de l’empreinte carbone moyenne par restaurant Burger King d’ici 2030 par rapport à 2019. Le recours à la vaisselle réemployable chez Burger King France et Pitaya permettrait d’éviter 2,2 tonnes de déchets par restaurant et par an. Ces indicateurs ne mesurent pas directement l’effet des pommes CQLP, mais ils replacent l’opération dans une stratégie RSE qui associe climat, déchets, approvisionnement et filières agricoles.

C’est précisément sur ce terrain que C’est qui le Patron ?! apporte une valeur particulière à l’enseigne : la marque traduit le pilier social de la RSE en critères opérationnels d’achat. Le produit donne un débouché à une filière fragilisée, le volume est annoncé à l’avance, le sujet de la rémunération est rendu visible et le consommateur est associé à la construction de l’offre. L’impact réel devra naturellement être suivi dans le temps à travers les volumes effectivement achetés, le prix réellement versé aux producteurs et la capacité des exploitations concernées à renouveler leurs vergers. Mais avec la pomme, Burger King et CQLP font passer la responsabilité sociétale du registre de la promesse à celui de la chaîne d’approvisionnement.

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