Ces « chutes de sang » en Antarctique cachent des créatures marines qu’on croyait disparues depuis des millions d’années, selon une nouvelle étude

Sous la glace de l’Antarctique, une mer vieille de plusieurs milliers d’années serait restée piégée, avec des micro-organismes marins toujours actifs. Une découverte qui bouscule tout ce qu’on croyait savoir sur les Blood Falls.

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Ces « chutes de sang » en Antarctique cachent des créatures marines qu'on croyait disparues depuis des millions d'années, selon une nouvelle étude
Ces « chutes de sang » en Antarctique cachent des créatures marines qu’on croyait disparues depuis des millions d’années, selon une nouvelle étude © RSE Magazine

Une nouvelle étude scientifique établit que l’eau salée des « Blood Falls », ces chutes rougeâtres d’Antarctique, abrite une communauté de micro-organismes typiquement marins. La découverte apporte une preuve inédite : une poche d’eau de mer serait restée emprisonnée sous le glacier pendant des milliers d’années.

Les chutes de sang se situent à la bordure du glacier Taylor, dans les vallées sèches de McMurdo. Chaque été austral, cette eau rouge sang se déverse en aval dans le lac proglaciaire Bonney, un spectacle qui intrigue les scientifiques depuis des décennies.

Des études géochimiques avaient déjà montré que la teinte provient d’une saumure riche en fer, qui s’oxyde au contact de l’air en remontant des profondeurs du glacier. Mais l’origine exacte de cette eau salée restait débattue.

C’est ce point que vient trancher la nouvelle étude, publiée le 3 août 2026 dans la revue Nature Geoscience par une équipe de l’université de Californie et relayée par le site Phys.org. Les chercheurs ont passé au crible 167 échantillons : 18 provenant de l’extrémité du glacier Taylor, 109 de milieux aquatiques des vallées sèches, 14 liés au transport par le vent et 26 prélevés dans le milieu marin voisin. Ils ont analysé l’ADN et l’ARN des micro-organismes présents, puis comparé leurs signatures génétiques d’un site à l’autre.

Une signature marine absente des lacs environnants

Le résultat est net. Dans la glace, la boue et les sédiments rougeâtres des Blood Falls, les micro-organismes identifiés (diatomées, dinoflagellés, haptophytes, ciliés) sont presque tous associés à des environnements marins. Rien de tel dans les lacs et cours d’eau voisins, dominés par des populations d’eau douce ou terrestres.

Le chiffre parle de lui-même : la part d’eucaryotes communs avec les échantillons océaniques atteint 9,34 % au niveau du front glaciaire d’où s’écoulent les chutes, contre seulement 1,15 % sur les autres sites des vallées sèches. Les chercheurs jugent par ailleurs très peu probable que ces organismes aient simplement été apportés par le vent.

Ces données confortent un scénario déjà esquissé par des travaux géochimiques antérieurs : de l’eau de mer aurait envahi la vallée Taylor lors d’une période de réchauffement passée, avant que la baisse du niveau marin et l’avancée du glacier ne l’isolent progressivement de l’océan. La saumure serait ainsi restée piégée sous plusieurs centaines de mètres de glace, coupée du monde extérieur.

L’analyse de l’ARN réserve une autre surprise : une partie de cette communauté microbienne ancienne était encore biologiquement active au moment des prélèvements, malgré des conditions extrêmes. Les chercheurs relient désormais les assemblages microbiens antarctiques actuels aux transitions climatiques survenues il y a très longtemps, et espèrent affiner leurs analyses pour déterminer à quel moment précis cette poche d’eau de mer s’est retrouvée coupée du glacier.

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