Pensez-vous que la montée en puissance des associations écologistes pourrait représenter un frein au progrès scientifique ?
Lors de l’audience pour le « procès du siècle », le rapporteur public soutenait qu’il y avait bien une faute de l’État en matière d’écologie. Qu’en pensez-vous ?
Plus on avance, plus l’écologisme veut judiciariser ses causes. Et le procès lancé par l’Affaire du siècle, en est une parfaite illustration. A titre personnel, habituellement, j’apprécie cette idée de contre-pouvoir, sous forme de « class-action » qui s’en prend à l’État. On pourrait très bien imaginer le même genre d’action pour reprocher à l’État de creuser la dette ou encore d’avoir mal géré la pandémie sur toute la ligne. De ce point de vue, dans une société ultra-jacobine comme la nôtre, il est essentiel d’encourager ces initiatives de citoyens contre la technostructure. Voici pour la forme.
Pour le fond de la cause, je suis par contre beaucoup plus sceptique. Tout d’abord, à cause de l’incohérence des militants de l’Affaire du Siècle. Tout en réclamant le respect des engagements de l’Etat par rapport aux objectifs climatiques, ils sont contre le seul moyen qui permettrait d’atteindre cet objectif, c’est-à-dire l’énergie produite à partir du nucléaire. Faut-il rappeler à ce titre que la France est un bon élève en matière climatique, et ce, grâce à ses centrales nucléaires ? Or, quand on se dit que ce sont les mêmes militants qui ont obtenu de l’État qu’il ferme Fessenheim et aujourd’hui qui accusent ce même État de ne pas respecter ses engagements, on se dit que ces gens sont fous ou schizophrènes.
Ensuite, il est impératif de mettre un peu de bon sens dans cette histoire de climat et ne pas céder à tout bout de champ aux messages alarmistes. À ce sujet, je vous renvoie à False Alarm, un excellent ouvrage dans lequel l’écologiste Bjorn Lomborg démontre comment les militants écologistes manipulent l’opinion et les politiques par le biais de la cause climatique. D’après lui, quand on lit qu’il nous reste que quelques années pour agir, ce n’est pas ce que nous dit la science, mais ce que nous dit la politique. Ce genre d’affirmation vient du fait que des politiciens ont sollicité les scientifiques en leur demandant ce qu’il faut faire pour atteindre une cible quasiment impossible. Lomborg prend une analogie saisissante : si l’on demandait aux scientifiques quelle action mettre en place pour qu’il y n’y ait aucun mort dans des accidents de voiture, la réponse pourrait être de limiter la vitesse à 5 km/h. Le fait est que la science ne nous dit pas que nous devons rouler à cette vitesse, mais que si nous ne voulons pas avoir de mort dans des accidents de voiture, il faut limiter la vitesse à 5 km/h. De fait, Lomborg démontre au sujet de l’accord de Paris qu’il s’agit de mesures délirantes et qui n’auront, qui plus est, quasiment aucun impact sur le changement climatique. En revanche, elles auront un coût faramineux, difficilement supportable par ceux qui tenteront d’atteindre ces objectifs surtout les plus pauvres dans les pays riches et dans les pays les plus pauvres. Lomborg pense que nos sociétés seraient mieux inspirées de miser sur la R&D et rechercher la prospérité, des mesures qui seront beaucoup plus efficaces pour rendre nos sociétés résilientes par rapport au changement climatique que tous ces objectifs politiques impossibles à atteindre décrétés par les ONG et voulus par les États.
Personnellement, je souscris totalement à ce point de vue. Cet argument vous montre à quel point une fois de plus l’écologisme est une idéologie nuisible, car, non seulement, elle refuse de se donner les moyens (l’énergie nucléaire) nécessaires pour atteindre ses fins, mais en plus elle ne se pose même pas la question de savoir si ces mêmes fins sont justifiées (fixation arbitraire des objectifs climatiques).
Enfin, nous ne pouvons nous empêcher de souligner que, si l’on cautionne ce genre d’attitude, on donne crédit à une forme de néo-scientisme, en ce sens qu’il serait possible de déduire des normes juridiques à partir d’études scientifiques (ici les rapports du GIEC), ce qui consiste à mettre le doigt dans un engrenage infernal.
Comment différencier la « deep-ecology », de la « shallow-ecology » ? Sont-elles si différentes l’une de l’autre et avec laquelle des deux est-il plus facile de travailler de façon constructive ?
Le type de démarche qui consiste à promouvoir les énergies renouvelables, participe cependant de ce que l’on appelle la shallow ecology pour répondre à votre question. Mais quand on constate la fragilité des solutions proposées par ladite transition écologique, on aboutit à une vérité imparable : si l’on veut continuer de vivre comme avant, adopter les solutions labellisées « made in Nature » ne suffit pas, il faut également changer de société. Et c’est là qu’intervient la deep ecology, une idéologie radicale qui souhaite contrôler toutes les étapes de notre vie : de la régulation des naissances (certains affirment que faire des enfants c’est contribuer au réchauffement climatique), à l’enterrement par humusation (il faut que notre corps retourne à la terre sans cercueils ni pierre tombale, pour ne pas polluer), en passant par l’abandon des personnes âgées à leurs sorts (ne plus soigner à partir d’un certain âge). Sur les bases de la deep-ecology, on peut fonder un régime totalitaire. On passe du made in Nature, au « Nature über alles » (la nature au dessus de tout). Il y a une articulation logique entre les deux et surtout un point commun qui est qu’il faut choisir entre l’homme et la nature qui sont présentés comme étant ennemis. Ma thèse, au contraire, est qu’il y a une continuité homme-nature et qu’on utilise la science pour bien connaître celle-ci et la technologie pour se libérer des déterminismes qu’elle lui impose.
Il n’y a donc pas de lutte des classes possible entre l’homme et la nature, ou ceux qui prétendent la représenter. Et la deep ecology est une entreprise politique vouée à l’échec. Quant à la shallow-ecology si elle veut réussir, alors il faut qu’elle mette la méthode scientifique avant l’idéologie et non l’inverse.
La crise du coronavirus a fragilisé l’idée selon laquelle l’Homme était tout puissant. L’arrivée des vaccins contre le virus ne permet-elle pas de raviver cette croyance ?
Tout cela nous enseigne qu’il est urgent d’en finir avec le mode de penser idéologique de l’écologisme et continuer d’appliquer la méthode scientifique pour observer, connaître et « tenter » de maîtriser le monde. C’est un chantier permanent qui obéit au principe de cas par cas et avance au pas à pas, mais qui consiste toujours à améliorer ce que l’on faisait mal avant. Par exemple, si l’on prend le cas de l’agriculture intelligente, le recours à certains procédés tels que les drones, la blockchain ou encore les capteurs, permet aux agriculteurs de continuer de produire de manière intensive tout en faisant un usage parcimonieux des ressources et des intrants. Un exemple de plus qui nous indique qu’il vaut mieux avoir confiance en la science et ses applications technologiques que d’en avoir peur.
Cliquez ici pour écouter le podcast de VA-DE MECUM! Un décryptage de l’ouvrage « Greta a tué Einstein », l’écologisme est-il l’ennemi de l’écologie ?
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