Pouvoir d’achat : les entreprises face à leurs responsabilités

Pouvoir d’achat en recul, salaires en décalage, rattrapage incertain : l’étude publiée par Indeed en mars 2026 met en lumière une fragilité persistante du modèle salarial français. Pour les entreprises engagées en RSE, ce constat impose une remise en question profonde des politiques de rémunération, désormais sommées de répondre à une urgence sociale durable.

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Pouvoir d’achat : les entreprises face à leurs responsabilités © RSE Magazine

Paris, mars 2026. À l’heure où l’inflation ralentit en France, le pouvoir d’achat reste un sujet brûlant pour les salariés comme pour les entreprises. Derrière la stabilisation apparente des prix, une réalité plus complexe émerge : les revenus n’ont pas suivi le rythme de la crise inflationniste déclenchée après le Covid-19. Selon une étude publiée le 19 mars 2026 par Indeed, les salaires réels restent inférieurs à leur niveau de 2021. Un constat qui interroge directement les politiques de rémunération.

Pouvoir d’achat : un retard structurel qui interpelle les politiques RSE

Le diagnostic posé par Indeed est précis. En janvier 2026, les salaires réels en France accusent un retard de –1,9 % par rapport à 2021, selon l’étude publiée le 19 mars 2026. L’indice atteint 98,1, base 100 avant crise, ce qui signifie que le pouvoir d’achat des salariés n’a toujours pas été restauré.

Ce chiffre, en apparence limité, masque en réalité une perte beaucoup plus brutale. Au plus fort de la crise inflationniste, mi-2023, cet indice était tombé autour de 92, révélant une chute d’environ 8 % du pouvoir d’achat. Si une partie de ce décrochage a été comblée, le rattrapage reste incomplet et surtout trop lent.

Dans le même temps, les augmentations salariales demeurent contenues. Elles devraient atteindre en moyenne 1,73 % en 2026, selon Le Monde. Un rythme insuffisant pour effacer les pertes accumulées. « Les entreprises sont loin d’avoir compensé les récentes pertes de pouvoir d’achat pour leurs salariés », souligne d’ailleurs le Centre études & data du Groupe Alpha, cité par le quotidien.

Ce décalage entre inflation, salaires et niveau de vie met en lumière une faiblesse structurelle du modèle français. Indeed évoque un système qui protège mais ralentit l’ajustement. Résultat : même lorsque les prix cessent d’augmenter rapidement, les salariés continuent de subir les conséquences de la crise.

Pourquoi les entreprises doivent changer de logique

Pour les entreprises engagées en RSE, ce constat ne peut rester sans réponse. Il modifie en profondeur la manière d’évaluer et de concevoir la rémunération.

Jusqu’à récemment, la politique salariale reposait sur des indicateurs classiques : évolution des salaires nominaux, comparaison au marché, contraintes économiques internes. Désormais, ces critères apparaissent insuffisants. L’étude Indeed montre que des augmentations peuvent coexister avec une baisse réelle du niveau de vie.

Autrement dit, une entreprise peut augmenter ses salariés tout en contribuant, malgré elle, à une dégradation de leur pouvoir d’achat. Cette réalité impose un changement de référentiel. Le salaire réel, corrigé de l’inflation, devient un indicateur central.

Cette évolution est d’autant plus cruciale que la perception des salariés reste négative. En 2025, le pouvoir d’achat n’a progressé que de 0,2 %. Une hausse trop faible pour être ressentie. Les tensions sociales qui en découlent traduisent ce décalage entre discours et vécu. Dans ce contexte, les directions des ressources humaines et les responsables RSE doivent intégrer une nouvelle exigence : garantir non seulement des hausses salariales, mais un maintien réel du niveau de vie.

Pouvoir d’achat en Europe : une pression accrue sur les entreprises françaises

La situation française apparaît encore plus préoccupante à l’échelle internationale. Selon l’étude Indeed, certains pays ont déjà rattrapé les effets de l’inflation. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont retrouvé leur niveau de pouvoir d’achat d’avant crise, tandis que des pays européens comme les Pays-Bas ou l’Allemagne s’en rapprochent fortement. La France, en revanche, reste en retrait. Ce retard expose les entreprises françaises à un double risque. D’un côté, une perte d’attractivité sur le marché du travail. De l’autre, une pression accrue des salariés, confrontés à un sentiment d’injustice.

L’inaction n’est plus une option. « La question n’est plus seulement de rattraper le pouvoir d’achat perdu, mais de renforcer notre capacité à absorber des chocs », avertit Lisa Feist, économiste au Hiring Lab d’Indeed. Ce changement de perspective est majeur. Il ne s’agit plus uniquement de corriger les effets de la crise passée, mais d’anticiper celles à venir. Pour les entreprises engagées, cela suppose de repenser leur stratégie salariale sur le long terme.

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