Une étude internationale publiée dans la revue Scientific Reports montre que les forêts africaines, autrefois décrites comme de « gigantesques éponges à carbone », sont devenues, depuis 2010, une source nette de carbone. Ce basculement inquiétant survient à un moment où la lutte contre le changement climatique est plus importante que jamais.
Quand les forêts passent de puits à source
Dirigée par le professeur Heiko Balzter de l’Université de Leicester, l’étude s’appuie sur plus d’une décennie de données satellitaires, des techniques d’apprentissage automatique et des milliers de mesures forestières sur le terrain. Les auteurs ont produit une carte détaillée des variations de biomasse sur tout le continent africain, révélant une déforestation accélérée.
Entre 2010 et 2017, la biomasse forestière a diminué de 106 millions de tonnes par an, soit l’équivalent du poids de 106 millions de voitures. Avant ce basculement, les années 2007 à 2010 avaient montré un gain net de carbone forestier. Depuis 2010, la tendance s’est inversée de façon marquée, touchant surtout les forêts tropicales humides à feuillus, notamment en République démocratique du Congo et à Madagascar. D’autres zones, comme certaines parties de l’Afrique de l’Ouest, sont aussi concernées, tout comme les pays les plus touchés par la déforestation.
Les données et méthodes derrière l’étude
Les chercheurs ont utilisé des instruments sophistiqués, comme l’instrument GEDI de la NASA (lidar) et les satellites radar ALOS du Japon, pour produire des cartes de biomasse à une résolution inégalée. Ces outils ont permis de repérer des schémas locaux de déforestation. Si l’expansion des arbustes dans les savanes est observable et positive à certains endroits, elle reste insuffisante pour compenser les pertes massives dans les forêts tropicales.
Les auteurs pointent les activités humaines responsables de la perturbation de l’équilibre écologique : défrichement pour l’agriculture, projets d’infrastructure et exploitation minière. Au-delà de la perte de biodiversité, ces pratiques fragilisent la résilience des écosystèmes.
Ce que ça change pour le climat et pour les politiques
Le passage d’un puits de carbone à une source nette compromet sérieusement l’absorption de CO2. Si les forêts africaines cessent de jouer leur rôle d’amortisseur climatique, chaque tonne de CO2 non captée devra être compensée par d’autres réductions d’émissions ou par des solutions de séquestration du carbone.
La communauté internationale, réunie lors de la COP30 au Brésil, a annoncé des initiatives ambitieuses, notamment le mécanisme « Forêts tropicales pour toujours », qui vise à mobiliser des milliards pour la préservation des forêts tropicales. Ce projet complète d’autres démarches, comme le programme AFR100, qui vise la restauration de 100 millions d’hectares d’ici 2030, ainsi que des politiques de lutte contre la déforestation comme la Déclaration des dirigeants de Glasgow.








