Au Japon, un phénomène préoccupant menace les efforts de protection des salamandres géantes. Depuis plusieurs décennies, un croisement entre les salamandres géantes chinoises et japonaises perturbe leur équilibre naturel et met en péril leur avenir. Ce mélange inattendu soulève des questions importantes sur le croisement génétique de ces amphibiens remarquables.
Mélange par le commerce international
Dès les années 1960, le Japon vivait une véritable fièvre pour les animaux exotiques, ce qui entraîna une importation massive de salamandres géantes chinoises. En 1973, le gouvernement japonais tenta d’interdire ce commerce florissant, mais sans parvenir à stopper complètement la situation. Les commerçants, incapables de vendre leurs stocks, relâchèrent ces créatures dans la nature, notamment dans la préfecture d’Okayama, favorisant ainsi leur rencontre avec les salamandres japonaises.
Les salamandres géantes de Chine du Sud (Andrias sligoi), parmi les plus imposants amphibiens du monde avec une longueur pouvant atteindre 1,80 mètre, sont classées « en danger critique » par l’UICN. Exploitées pour la gastronomie et la médecine traditionnelle, elles subissent aussi la pression liée à la disparition de leur habitat en Chine centrale et méridionale.
Un mélange génétique compliqué
L’union entre Andrias sligoi et Andrias japonicus (espèce locale quasiment menacée) a été confirmée dans une étude réalisée en 2024. L’analyse de 68 échantillons provenant de la rivière Kamogawa à Kyoto a mis au jour des individus hybrides. Ce brassage génétique rend la tâche de conserver les spécimens au patrimoine génétique intact plus ardue.
En 2019, on découvrit que la « salamandre géante de Chine » regroupait trois espèces distinctes. Une étude récente menée par le Zoological Society of London (ZSL) suggère même qu’il pourrait en exister jusqu’à neuf. Ces constatations rendent encore plus complexe la classification et la protection légale de ces animaux.
Les efforts et les obstacles à la sauvegarde
Depuis 2011, aucun individu sauvage « purement chinois » n’a été observé au Japon. La population d’origine en Chine chute rapidement et risque de se volatiliser si rien n’est fait. Les actions actuelles se concentrent sur l’identification d’individus génétiquement purs grâce à des analyses ADN sophistiquées.
Même si les programmes de reproduction en captivité, mis en place pour conserver la diversité génétique, contribuent à préserver ces espèces, ils ne parviennent pas à reprendre toute la variété existante. Les chercheurs insistent sur la nécessité de recenser rapidement les populations restantes des neuf espèces identifiées afin de les intégrer dans la législation de conservation de la biodiversité.
On passe à l’action
La situation préoccupante des salamandres géantes appelle à une réaction immédiate pour assurer leur survie sur le long terme. Comme le souligne Melissa Marr : « Bien que ces salamandres se ressemblent, elles ont suivi des trajectoires génétiques différentes au fil du temps. » Samuel Turvey ajoute : « Pour sauver les plus grands amphibiens du monde, il faut agir sans attendre. »








