Gouvernance éthique et finance : les conseillers peuvent-ils encore faire illusion ?

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Gouvernance éthique et finance : les conseillers peuvent-ils encore faire illusion ? © RSE Magazine

La finance responsable peut-elle exister sans repenser le rôle du conseiller ? Gouvernance, transparence, accessibilité : enquête sur une profession à l’épreuve de l’éthique, entre normes, contradictions et quête de sens.

Auteure : Nathaëlle Dorval

De plus en plus scrutés, parfois critiqués, rarement totalement transparents… Les conseillers en investissement évoluent dans un univers où l’éthique devient un impératif.Mais entre cadre réglementaire, réalité terrain et injonction à la sincérité, que reste-t-il vraiment de leur mission ?

Un métier en tension entre norme et sens

C’est devenu un mantra : « intégrer les préférences durables des clients ». Depuis que les régulateurs ont imposé aux conseillers de sonder les « préférences durables » de leurs clients (via MiFID II et le règlement SFDR), la finance prétend soudain s’intéresser à l’écologie. En théorie, chaque épargnant devrait pouvoir exprimer ses convictions environnementales et sociales avant d’investir. En pratique, cela ressemble souvent à une case à cocher de plus dans un parcours client aseptisé.

Car à quoi bon demander à un épargnant s’il souhaite investir responsable si les produits proposés ne sont ni transparents, ni compréhensibles, ni réellement alignés avec ses valeurs ? L’AMF elle-même, dans ses priorités 2025, le reconnaît : la finance durable ne peut s’épanouir dans un conseil déconnecté, bâclé ou biaisé. La gouvernance éthique n’est plus un supplément d’âme. Elle devient la base.

Du conseil à la connivence : les dérives structurelles

Longtemps, le conseiller était perçu comme l’interface entre l’épargnant et un monde financier codé, complexe… Derrière la promesse d’un accompagnement personnalisé, se joue souvent un tout autre scénario : dépendance aux rétrocommissions, zones d’ombre contractuelles, intérêts flous savamment maquillés.

Le Greenwashing, symptôme parmi d’autres, illustre bien cette crise de confiance : des fonds estampillés « durables » qui financent le pétrole, des labels qui rassurent plus qu’ils n’éclairent, des conseillers qui vendent ce qu’ils peuvent plutôt que ce qu’ils doivent. Et face à cela, un client souvent démuni, peu formé, en quête de repères… mais rarement acteur du choix final.

La finance comportementale comme miroir du malaise

Ce que révèle la finance comportementale, c’est que nos décisions ne sont jamais neutres. Biais cognitifs, dissonances, conformisme social : tout cela influence nos placements. Mais ce que cette science révèle aussi, c’est l’écart entre nos intentions affichées (investir responsable) et nos actes (suivre le conseiller sans toujours comprendre).

Des outils comme Neuroprofiler permettent aujourd’hui de mieux cerner ces paradoxes. D’identifier si un client valorise vraiment l’environnement ou s’il se conforme à une norme sociale. De déceler les contradictions entre ses valeurs déclarées et ses tolérances au risque. Or, ces outils, s’ils sont bien utilisés, permettent au conseiller de redevenir ce qu’il aurait toujours dû être : un médiateur, pas un distributeur.

Gouvernance éthique : vers un changement de paradigme ?

Certaines sociétés de gestion affichent une volonté plus affirmée de prendre au sérieux les enjeux de durabilité. Ces initiatives, aussi louables soient-elles, restent encore trop souvent l’exception, ou cantonnées à une approche vitrine.

Mais dans l’univers des conseillers indépendants ou des conseillers en gestion de patrimoine en réseau, la réalité reste plus hétérogène. D’après l’AMF, de nombreux conseillers :

  • continuent à proposer des produits par habitude, et non par conviction,
  • ne remettent pas de lettre de mission conforme,
  • ou échouent à justifier la cohérence entre profil client et allocation durable.

Or, quand la norme ne suffit plus, c’est l’intention qui doit primer. Une gouvernance éthique digne de ce nom, ce n’est pas une posture. C’est une exigence de vérité.

Le prix de la sincérité : accessibilité, clarté, engagement

Être éthique, c’est aussi être accessible. Or la majorité des offres responsables restent réservées aux initiés. La finance responsable a beau se dire inclusive, elle exclut encore silencieusement ceux qu’elle prétend servir.

Face à cela, certaines plateformes changent la donne. C’est le cas du cabinet de gestion de patrimoine Perlib, qui revendique un conseil patrimonial hybride et lisible. Ici, pas de discours moralisateur, mais des simulateurs concrets, des bilans pédagogiques, un accompagnement qui s’adresse à tout public.

Leur pari ? Que chacun puisse, à son échelle, s’approprier des outils autrefois réservés à une certaine classe. Que l’investissement redevienne un levier de projection, pas un fardeau ou un privilège.

L’illusion du label, le besoin de repolitiser le conseil

Dans un contexte d’urgence écologique et sociale, la question n’est plus : « Est-ce que mon conseiller m’a proposé un fonds ISR ? », mais bien : « Est-ce qu’il m’a expliqué pourquoi celui-ci, et pas un autre ? Quels critères ? Quelle cohérence avec mes valeurs ? »

Tant que les conseillers ne seront pas formés à penser l’éthique comme une grille de lecture politique, c’est-à-dire, au sens noble, une manière de voir le monde et de choisir ce qu’on finance, ils resteront à la surface. À l’ère du soupçon, c’est la capacité à expliciter les dilemmes qui fonde la confiance.

Et oui, cela suppose d’assumer une forme de subjectivité. D’accepter que certains choix sont imparfaits, que la neutralité n’existe pas, et que conseiller, c’est aussi choisir.

Redevenir un allié, pas un canal de vente

Le conseiller du futur n’est ni un algorithme, ni un commercial. C’est un décodeur de complexité. Un tiers de confiance capable de dire : « Voilà les tensions entre rendement et impact. Voilà ce qu’on peut faire, ce qu’on ne fera pas. Et voilà pourquoi. »

Plus que jamais, dans un monde où le pouvoir financier façonne la société, nous avons besoin de médiateurs éthiques. Pas pour moraliser, mais pour éclairer. Pas pour nous vendre du rêve, mais pour nous aider à faire des choix lucides.

Car au fond, la vraie gouvernance éthique commence là : quand le conseiller nous donne non seulement des outils… mais aussi des clés pour penser.

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