Échec retentissant à Genève : le monde incapable de s’unir contre la pollution plastique

À Genève, 185 pays face à un échec monumental dans la lutte contre la pollution plastique.

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Échec retentissant à Genève : le monde incapable de s’unir contre la pollution plastique
Échec retentissant à Genève : le monde incapable de s’unir contre la pollution plastique © RSE Magazine

À Genève, en Suisse, les discussions pour installer un traité ferme contre la pollution plastique se sont soldées par un échec. Du 5 au 14 août, 185 pays se sont retrouvés pour essayer de trouver un accord qui aurait pu changer la donne dans la lutte contre la pollution plastique à l’échelle mondiale. Pourtant, après dix jours de débats intenses, aucun consensus n’a pu être trouvé, laissant planer l’incertitude sur la suite des opérations.

Un climat électrisé

Les échanges de Genève faisaient suite à une précédente négociation d’un traité mondial qui s’était tenue à Busan, en Corée du Sud, fin 2024. La session en cours, surnommée CNI5-2, devait se clore à minuit, heure locale (22h TU), le 14 août. Or, les chefs de délégation n’ont pas réussi à converger vers un texte final. Le document dévoilé dans la nuit du 14 au 15 août comportait plus d’une centaine de points à éclaircir. Du coup, la plénière a été ajournée et les discussions seront reprises à une date encore à définir.

La ministre française de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, n’a pas caché sa déception et sa colère face à ce revers. Elle a même pointé du doigt « une poignée de pays » qu’elle accuse de privilégier des intérêts financiers à court terme plutôt que les questions environnementales et sanitaires. Par ailleurs, le représentant norvégien n’a pas mâché ses mots en affirmant : « Nous n’aurons pas de traité sur la pollution plastique ici à Genève ».

Des divergences marquées entre les participants

Une réunion mondiale se tient à Genève, réunissant environ 180 pays pour rédiger un traité juridiquement contraignant contre la pollution plastique. D’un côté, des pays comme l’Union européenne, le Canada, l’Australie ainsi que plusieurs nations d’Amérique latine et d’Afrique réclament une baisse significative de la production mondiale de plastique. De l’autre, des pays principalement producteurs d’hydrocarbures, tels que l’Arabie saoudite, la Russie, l’Iran, le Koweït et les États-Unis, refusent toute limitation dans leur production.

Les principales frictions concernaient l’article 6 sur la réduction de la production plastique et l’article 20 qui définit les méthodes de décision, reflétant les défis similaires dans la gestion des déchets plastiques. L’article 11, relatif aux mécanismes financiers, et l’article 19, portant sur les effets des plastiques sur la santé, ont également fait couler beaucoup d’encre. Enfin, l’article 3, qui dresse la liste des substances chimiques dangereuses, a représenté un point de discorde supplémentaire.

Réactions et avenir après l’échec

La déception se fait sentir chez la majorité des acteurs après ces négociations. Jessika Roswall, commissaire européenne à l’Environnement, a néanmoins reconnu que Genève avait permis de poser « une bonne base » pour reprendre les discussions ultérieurement. De son côté, l’Ouganda a déjà demandé à ce qu’une nouvelle session soit programmée dans les jours à venir.

Parmi les critiques, certains ont souligné que le texte proposé comportait au départ 1 500 parties entre crochets, illustrant le nombre d’éléments laissés en suspens. Beaucoup de participants et d’observateurs ont trouvé que les ajustements de dernière minute étaient pour le moins superficiels.

Lisa Pastor de Surfrider a insisté sur la nécessité de revoir les règles actuelles des discussions, semblables aux interdictions locales et étatiques si l’on veut, un jour, conclure un accord multilatéral solide. Elle a jugé ce résultat « incapable d’atteindre son mandat » et ne servant qu’aux intérêts des lobbies industriels.

Un chemin semé d’embûches, mais l’espoir subsiste

Même si l’échec est flagrant aujourd’hui, certains rappellent que d’autres accords internationaux ont mis jusqu’à vingt ans à voir le jour. Avec plus de 120 pays déjà favorables à des propositions clés – notamment celle sur la santé (article 19) et celle concernant les substances chimiques dangereuses (article 3) – il existe une base solide pour bâtir un futur consensus.

La donne reste sérieuse : selon l’OCDE, 100 milliards de dollars seraient nécessaires pour booster le recyclage dans les pays en développement, tandis que 60 milliards de dollars de plus seraient requis pour améliorer la collecte des déchets.

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