En ajoutant de l’olivine, des chercheurs espèrent piéger durablement le carbone. Les premiers projets pilotes menés aux États-Unis donnent des résultats prometteurs.
L’urgence climatique pousse aujourd’hui les chercheurs à tester des solutions inédites pour réduire la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Parmi elles, une idée étonnante attire l’attention : répandre de l’olivine broyée, une roche verte, dans l’océan. Cette méthode pourrait jouer un rôle important dans la lutte pour atteindre la neutralité carbone, alors même que les émissions mondiales continuent d’augmenter dangereusement, s’éloignant de l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C au‑dessus des niveaux préindustriels.
Comment ça marche et premiers résultats
L’olivine (un silicate de magnésium et de fer) intéresse les chercheurs parce qu’elle réagit naturellement avec le CO₂ dissous dans l’eau pour former des silicates et du bicarbonate, des composés capables de stockage du dioxyde de carbone pendant plusieurs milliers d’années, explique le magazine New Scientist.
En 2022, une première expérience pilote a eu lieu à Long Island, dans l’État de New York. Là, 650 tonnes de sable d’olivine ont été dispersées le long de la côte, accompagnées de 13 500 tonnes de sable classique pour renforcer le littoral. Sur une année d’observation, aucun effet indésirable majeur sur l’écosystème marin n’a été relevé. Seule la densité du vermillon de sang à franges a légèrement diminué, et les niveaux de métaux lourds comme le nickel, le chrome, le cobalt et le manganèse sont restés bas.
Selon Emilia Jankowska, directrice de l’écologie pour Hourglass Climate, « le système naturel est tellement dynamique que les éléments dissous sont très rapidement dilués ». Cette expérience encourage à poursuivre la recherche, même si Christopher Pearce du National Oceanography Centre insiste sur la nécessité de multiplier les essais pour mieux comprendre les implications biologiques et écologiques.
Qui est impliqué, quelles incertitudes et quelles nouvelles expériences
Une nouvelle expérimentation a déjàeu lieu en 2024 au large de Duck, en Caroline du Nord. Cette fois, 8 200 tonnes d’olivine ont été immergées à 450 mètres au large. Les premiers éléments semblent indiquer un rétablissement progressif de l’abondance et de la diversité des espèces marines, même si l’analyse des métaux lourds est toujours en cours.
Vesta, une start‑up américaine, a proposé d’appliquer cette méthode en mer, tandis que des projections scientifiques avancent que l’épandage d’olivine broyée sur des terres agricoles pourrait potentiellement éliminer jusqu’à 1,1 milliard de tonnes de CO₂ par an. Les experts restent toutefois prudents. James Kerry, de l’ONG OceanCare, exprime un certain scepticisme : « L’absence apparente d’accumulation pourrait refléter une exposition limitée et n’indique pas que le matériau soit intrinsèquement sûr ».





