L’Auvergne, région réputée pour ses paysages volcaniques impressionnants, fait l’objet d’une étude scientifique qui pourrait bien revoir notre manière de voir son activité volcanique. Près de 7 000 ans après la dernière éruption, des chercheurs sondent les profondeurs terrestres pour savoir si la région ne pourrait pas se réveiller. Cette recherche intéresse autant les habitants de l’Auvergne que ceux des zones alentours.
Un passé volcanique foisonnant
L’histoire volcanique de l’Auvergne s’étend sur environ 15 millions d’années, et on a même retrouvé des traces de la dernière éruption jusqu’en Suisse. Les Chaînes des Puys, les Monts Dore et le Cantal témoignent de ces épisodes mouvementés, tandis que le Pavin, considéré comme le plus jeune volcan de France métropolitaine, a vu son dernier feu il y a 6 700 ans. Les sédiments récoltés dans le lac Léman et dans d’autres lacs suisses gardent des marques indélébiles de cet évènement marquant.
Aujourd’hui, la région fait l’objet d’une observation rapprochée : les chercheurs cherchent à percer les secrets de la dynamique géologique du Massif central. Avec une histoire géologique aussi dense, pas étonnant que l’Auvergne soit vue comme un véritable laboratoire naturel pour étudier le volcanisme.
Une étude ambitieuse portée par l’ANR
L’actuelle investigation sur l’activité sismique en Auvergne, menée par l’Institut des sciences de la Terre (ISTerre) et financée par l’Agence nationale de la recherche (ANR), a commencé en 2023 et devrait se poursuivre jusqu’en 2028. Pour obtenir une image fine de la croûte terrestre et du manteau sous le Massif central, plus de 100 sismomètres ont été déployés dans la région. Ces dispositifs pointus permettent aux chercheurs d’étudier les séismes profonds et de repérer la présence de magma.
Des séismes de longue période ont été enregistrés, indiquant que du magma se trouve entre 25 et 35 km sous terre. Guillaume Boudoire, le chercheur impliqué dans l’étude, précise que cette profondeur correspond à la limite entre la croûte continentale et le manteau : « On estime qu’il se trouve entre 25 et 35 km de profondeur… On n’est donc pas très loin de cette limite. »
Et pour l’avenir ?
Les spécialistes s’accordent sur le fait qu’une nouvelle éruption finira par se produire en Auvergne, ce qui augmente le risque sismique. Plutôt classés comme endormis que comme éteints, ces volcans pourraient bien se remettre en action à tout moment. Guillaume Boudoire remarque : « À l’échelle des temps géologiques, ce serait surprenant qu’il n’y ait jamais de nouvelle éruption en Auvergne. » Toutefois, mettre une date sur ce réveil reste un sacre défi pour les chercheurs.
On parle ici d’une pause dans une activité volcanique qui se prolonge depuis des millions d’années. Même si ces périodes pouvant s’étendre sur plusieurs milliers d’années, elles finissent toujours par laisser place à une nouvelle phase active.
Mieux comprendre le magma
Les prochaines étapes de l’étude visent à dater précisément le magma pour offrir des réponses fiables sur l’avenir volcanique de la région, en tenant compte de l’activité tectonique. Savoir si le magma est vieux ou si c’est du neuf peut aider à anticiper son comportement futur. Un magma fraîchement arrivé a plus de chances de remonter vers la surface, ce qui pourrait augmenter le risque d’éruption.
Guillaume Boudoire insiste sur l’importance de ces investigations : « C’est important de savoir si le magma est là depuis 7 000 ans… Ou s’il s’agit d’un magma plus récent qui est arrivé. »








