La pollution plastique reste l’un des gros défis environnementaux de notre époque. Chaque année, on produit plus de 100 millions de tonnes de polyéthylène – qu’on retrouve dans les sacs, les emballages et les contenants – et ce matériau ne se dégrade pas naturellement. Or, une découverte surprenante pourrait bien changer la donne : les vers de cire, autrement appelés chenilles de la grande teigne de la cire, semblent capables de décomposer le polyéthylène.
Découverte par hasard et recherches prometteuses
Federica Bertocchini, apicultrice espagnole, a remarqué que les vers qu’elle avait sortis d’une ruche se mettaient à grignoter un sac en plastique. Intriguée, elle a contacté des chercheurs de l’université de Cambridge pour examiner ce phénomène. Cette observation a ouvert la voie à des études approfondies, notamment menées par le Dr Bryan Cassone et son équipe à l’université de Brandon, au Canada. Les vers de cire se nourrissent naturellement de cire d’abeille, mais ils se révèlent aussi capables de digérer le polyéthylène, illustrant une dégradation rapide du plastique. Environ 2 000 vers peuvent s’occuper d’un sac plastique en seulement 24 heures, alors que, dans la nature, ce sac mettrait plusieurs siècles à disparaître.
Comment ça marche : la digestion du plastique
Les chercheurs se sont penchés sur le procédé qui permet à ces chenilles de dégrader le plastique. Il apparaît que le microbiote de leur intestin joue un rôle déterminant dans cette transformation. Les larves cassent les longues chaînes d’atomes du polyéthylène grâce à une substance produite par leurs glandes salivaires, transformant ainsi le plastique en lipides, lesquels sont stockés sous forme de graisse. Christophe LeMoine explique que « le procédé repose sur un ensemble de bactéries associées à certaines enzymes intestinales ».
Il y a cependant un hic : les vers ne peuvent pas survivre longtemps s’ils mangent uniquement du polyéthylène. Ils perdent du poids et finissent par mourir après quelques jours, ce régime ne leur apportant ni assez d’énergie ni les nutriments dont ils ont besoin.
Applications industrielles et défis à relever
Pour contourner cette limitation, les chercheurs explorent deux pistes pour lutter contre la pollution plastique, dont une méthode innovante qui pourrait transformer la gestion des déchets plastiques. La première consiste à produire en grande quantité des vers nourris au polyéthylène en y ajoutant des sucres pour améliorer leur survie. La seconde approche vise à isoler et reproduire le mécanisme biologique de la dégradation sans avoir recours directement aux chenilles.
Paolo Bombelli estime que si une seule enzyme est à l’œuvre dans ce processus chez ces larves, il devrait être possible de la reproduire en grande quantité à l’aide de techniques biotechnologiques. Cela ouvrirait la porte à des systèmes industriels respectueux de l’environnement pour traiter le polyéthylène.
Cependant, réunir suffisamment de chenilles pour traiter même une fraction des 100 millions de tonnes produites chaque année reste un défi de taille. En plus, l’élevage à grande échelle de ces vers pourrait nuire aux populations d’abeilles.
Environnement et futur : repenser le recyclage
En Europe, environ 38% des produits plastiques finissent en décharge, et chaque individu utilise plus de 230 sacs plastiques par an. Utiliser les vers de cire pourrait changer notre approche du recyclage et contribuer à faire baisser ces chiffres inquiétants en développant un plastique biodégradable. Les recherches en cours enrichissent notre compréhension des mécanismes naturels de dégradation et ouvrent la voie à une solution à la pollution marine.








