Le 25 avril 2025, une étude publiée dans la prestigieuse revue Science révèle une innovation technologique capitale dans le domaine du silicone : un procédé de recyclage chimique universel, mis au point par des chercheurs du CNRS. Cette percée pourrait profondément modifier le traitement des déchets issus de cette matière omniprésente dans notre quotidien, et desserrer l’étau écologique dans lequel s’enferme une industrie encore trop dépendante du quartz.
Recycler le silicone sans limites : une révolution scientifique signée CNRS
Un groupe de scientifiques du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), du CPE Lyon et de l’Université Claude Bernard Lyon 1, vient de frapper un grand coup. Leur innovation ? Un procédé de recyclage chimique universel capable de décomposer tous types de silicones – qu’il s’agisse de joints, de mastics, de colles ou de gels cosmétiques – jusqu’à leur état moléculaire initial. « Il s’agit du premier procédé de recyclage universel ramenant n’importe quel type de matériau silicone usagé à l’état antérieur de son cycle de vie où chaque molécule ne possède qu’un atome de silicium », précise le CNRS.
Ce recyclage, qui s’affranchit des contraintes mécaniques habituelles, repose sur une catalyse au gallium et l’utilisation de trichlorure de bore. Résultat : une production directe de (méthyl)chlorosilanes, briques fondamentales de tous les polymères à base de silicone. Ces composés sont ensuite séparables, purifiables et réutilisables à l’infini sans perte de qualité. Un exploit.
Quand le recyclage devient une arme contre le changement climatique
Le recyclage des silicones est resté longtemps un angle mort de la transition écologique. À cause de leur structure complexe, ces matériaux étaient jusqu’ici considérés comme non recyclables à grande échelle. Pour produire du silicone vierge, on part du quartz, riche en silice, chauffé à très haute température pour obtenir du silicium, qui est ensuite combiné à du chlorure de méthyle. Deux opérations lourdes, coûteuses et surtout : « très énergivores et émettrices de CO₂, principal gaz à effet de serre causant le changement climatique », souligne myScience.fr.
Avec leur nouvelle méthode, les chercheurs réduisent radicalement cette empreinte carbone. Il n’est plus nécessaire d’extraire ni de chauffer du quartz. Et cela ne s’arrête pas là : les polymères recyclés conservent toutes leurs propriétés physiques et chimiques, ce qui évite l’usage de matières premières fossiles. Une solution qui conjugue science et stratégie environnementale.
Indépendance technologique : le silicone, nouvelle frontière géopolitique ?
On l’oublie souvent : le silicium, extrait du quartz, est aussi un matériau stratégique pour l’électronique, les batteries ou encore les semi-conducteurs. À mesure que la demande mondiale s’intensifie, cette ressource naturelle suscite des tensions sur les marchés. En développant un recyclage circulaire du silicone, le CNRS et ses partenaires apportent une réponse pragmatique à cette pression croissante.
« Un tel procédé de recyclage ouvre également une perspective pour apaiser de potentielles tensions autour de cette ressource cruciale qu’est le quartz », selon le CNRS. Le recyclage chimique devient ainsi un levier de souveraineté technologique, bien au-delà de ses seules implications écologiques.
Vers une industrialisation du procédé : la promesse d’une chaîne circulaire
Ce qui n’était encore qu’une preuve de concept pourrait bientôt devenir réalité industrielle. L’étude, réalisée en partenariat avec le Centre de RMN à très haut champ de Lyon, l’Institut de chimie et biochimie moléculaires et supramoléculaires, ainsi que les entreprises Activation et Elkem Silicones, se concentre désormais sur l’optimisation de cette méthode pour une mise en œuvre à grande échelle. Les chercheurs prévoient d’élargir leurs travaux à d’autres segments de la chaîne de production des silicones, et à d’autres matériaux industriels difficiles à recycler.








