L’aviation est souvent pointée du doigt pour ses émissions massives de gaz à effet de serre. Tandis que certains pays tardent à prendre des mesures concrètes, l’Australie, elle, accélère. Avec une nouvelle enveloppe de 10,4 millions de dollars australiens (environ 6,3 millions d’euros), l’Agence australienne pour l’énergie renouvelable (ARENA) finance deux projets visant à produire du carburant d’aviation durable (SAF). Mais cette ambition est-elle réellement à la hauteur des enjeux ?
Une transition nécessaire pour une industrie polluante
L’aviation représente 2 % des émissions australiennes de gaz à effet de serre. Un chiffre qui pourrait sembler modeste, mais dans un pays où l’avion est souvent indispensable pour relier les grandes villes, l’impact environnemental est loin d’être négligeable. Le gouvernement australien, conscient du problème, veut soutenir des alternatives aux carburants fossiles.
C’est dans cette optique que ARENA a débloqué 10,4 millions AUD pour financer deux initiatives majeures :
- 8 millions AUD pour Licella, une entreprise spécialisée dans la conversion de biomasse en carburant.
- 2,4 millions AUD pour Viva Energy, qui modernise ses infrastructures pour intégrer du SAF à Brisbane.
Le ministre de l’Énergie, Chris Bowen, résume l’enjeu : « Produire plus de carburant sur le sol australien à partir de matières premières locales renforce notre sécurité énergétique et réduit nos émissions ».
Un projet ambitieux mais encore limité
Le projet phare financé par ARENA est celui de Licella, baptisé « Swift ». Cette étude de faisabilité porte sur la construction d’une bioraffinerie à Bundaberg (Queensland) qui utiliserait les résidus de canne à sucre comme matière première pour produire du carburant. Grâce à sa technologie de liquéfaction hydrothermale catalytique (Cat-HTR™), l’entreprise espère transformer 60 millions de litres de résidus en carburant bas carbone, dont 40 millions de litres de SAF chaque année.
De son côté, Viva Energy modernise un terminal de stockage à Brisbane pour permettre l’intégration du SAF dans le réseau d’approvisionnement de l’aéroport. Une avancée qui facilitera la distribution du carburant aux compagnies aériennes et encouragera son adoption.
Un retard par rapport aux normes internationales
Malgré ces investissements, l’Australie reste en retard par rapport aux standards internationaux. Contrairement à l’Union européenne et aux États-Unis, le pays n’a pas encore imposé de mandat obligeant les compagnies aériennes à utiliser du SAF. Selon une étude de la CSIRO, l’Australie pourrait produire 5 milliards de litres de SAF par an, mais l’absence de cadre réglementaire freine le développement de cette filière.
L’Australie affiche une ambition claire : décarboner son aviation. ARENA a déjà investi 33,5 millions AUD dans cinq projets liés au SAF, dépassant son budget initial de 30 millions AUD. Mais sans cadre réglementaire incitatif, ces efforts risquent de rester marginaux. L’aviation est une industrie où les compagnies ne prendront pas seules l’initiative d’intégrer un carburant plus coûteux si elles ne sont pas contraintes de le faire. En l’absence d’un signal fort du gouvernement, l’Australie continuera-t-elle à dépendre des carburants fossiles ou imposera-t-elle enfin une transition obligatoire vers le SAF ?








