Dans nos assiettes, des produits simples cachent parfois des histoires bien plus complexes. Les sauces tomate, stars de nos cuisines, sont-elles toujours à la hauteur de leur réputation ? Derrière certaines étiquettes rassurantes, une réalité troublante émerge. Des questions sur leurs véritables origines interpellent. Et si ces tomates, si rouges, si mûres, n’étaient pas celles que l’on croyait ?
De l’Italie à la Chine pour certaines sauces tomate ?
Quand on pense « sauces italiennes », on imagine des champs de tomates baignés de soleil, des producteurs locaux engagés. Pourtant, une enquête de la BBC révèle une autre histoire. Certaines tomates, utilisées dans des sauces vendues en Europe, proviendraient de la région du Xinjiang en Chine, où elles seraient cultivées dans des conditions bien éloignées des normes éthiques.
Selon les analyses de transport et les signatures chimiques des sols, des lots de concentré de tomate expédiés en Italie par des entreprises comme Xinjiang Guannong pourraient contenir des tomates récoltées par des travailleurs forcés ouïghours. Ces tomates sont ensuite intégrées dans des produits labellisés « italiens », une pratique que certains experts qualifient de fraude alimentaire systémique.
La région du Xinjiang, en Chine, est tristement célèbre pour son programme dit de « rééducation par le travail », dénoncé par les Nations unies et de nombreuses ONG. Les témoignages recueillis par la BBC sont glaçants : des hommes et des femmes, appartenant à la minorité ouïghoure, contraints de travailler dans des champs de tomates.
Mamutjan, un ex-détenu, décrit à la BBC des journées harassantes sous la menace de violences physiques. « On m’a attaché à des chaînes pour ne pas avoir atteint les quotas exigés« , confie-t-il.
Lidl, Petti et les marques sous pression
Les grandes enseignes européennes, comme Lidl, et des fabricants italiens tels que Petti, se retrouvent au cœur de la polémique. Si Lidl affirme à Libération avoir cessé toute collaboration avec des fournisseurs chinois, des analyses indépendantes mettent en doute ces déclarations.
En 2021, Petti a été accusé d’avoir importé des concentrés chinois qu’elle aurait étiquetés comme « 100 % italiens ». Bien que l’entreprise ait nié ces accusations, des preuves troublantes, comme des barils estampillés « Xinjiang » dans ses usines, continuent d’alimenter les soupçons.
Que savons-nous réellement des produits que nous consommons ? En Europe, l’origine des ingrédients des aliments transformés, comme les conserves de tomates, reste floue. Tandis que les États-Unis adoptent des législations strictes pour bannir les produits issus du travail forcé, l’Union européenne tarde à agir.
Pourtant, des associations agricoles italiennes, comme Coldiretti, alertent sur les dangers de cette concurrence déloyale et du dumping social et environnemental.








