Le groupe hôtelier Six Senses renforce sa stratégie de réduction du gaspillage alimentaire en rejoignant l’initiative internationale Recipe of Change, portée par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et ONU Tourisme. À travers ses hôtels, fermes, laboratoires de fermentation et programmes de sensibilisation, l’enseigne entend démontrer qu’une approche circulaire de l’alimentation peut devenir un levier concret de transformation pour l’ensemble du secteur touristique.
Six Senses et Recipe of Change : un engagement contre le gaspillage alimentaire
Le 15 mai 2026, Six Senses a annoncé son adhésion à Recipe of Change, un programme mondial visant à réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2030. Cette initiative, dévoilée à l’occasion de la Journée internationale du zéro déchet, rassemble plusieurs grands acteurs du tourisme autour d’un objectif commun : faire de la lutte contre les pertes alimentaires un pilier de la transition environnementale du secteur.
Pour Six Senses, la question du gaspillage ne constitue pas un simple sujet de communication. Depuis sa création au milieu des années 1990, la marque a intégré les enjeux environnementaux à son modèle opérationnel. Selon le groupe, les équipes de ses 27 établissements répartis dans 20 pays participent directement à cette démarche, qu’il s’agisse des chefs, des jardiniers, des équipes d’entretien ou encore des spécialistes de la biodiversité.
L’adhésion à Recipe of Change intervient dans un contexte où près d’un tiers de la nourriture produite dans le monde n’est jamais consommée, selon les données relayées par le PNUE. Le secteur touristique est particulièrement concerné, notamment en raison des buffets, des événements et de la gestion complexe des approvisionnements.
« La réduction du gaspillage alimentaire est un processus continu qui fait partie intégrante du fonctionnement de nos hôtels et resorts à travers le monde et évolue constamment », a fait savoir Jeff Smith, vice-président du développement durable de Six Senses. Il souligne que cette démarche commence « bien avant que les aliments n’arrivent dans l’assiette » et repose sur plusieurs décennies d’expérimentation opérationnelle.
L’initiative Recipe of Change entend justement accélérer le partage de ces bonnes pratiques. Selon ONU Tourisme et le PNUE, quinze grands groupes hôteliers et touristiques ont déjà rejoint le programme. Ensemble, ils accueillent plus de 600 millions de clients chaque année et représentent plus de 56,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, d’après les données communiquées lors du lancement officiel de l’initiative le 30 mars 2026.
Six Senses déploie des solutions concrètes contre le gaspillage alimentaire
Dans les cuisines des établissements Six Senses, la lutte contre le gaspillage repose d’abord sur la mesure. Les équipes suivent quotidiennement les déchets alimentaires générés afin d’ajuster immédiatement la production. Les volumes préparés sont notamment adaptés au taux d’occupation des hôtels.
Cette approche s’accompagne d’une rationalisation permanente des menus. Les produits les moins consommés sont réorientés ou retravaillés afin d’éviter les pertes. Les cuisines privilégient également des cuissons en petites quantités et des portions standardisées. Selon Six Senses, cette méthode a permis d’atteindre un résultat particulièrement remarquable dans les cantines du personnel de Six Senses Vana, où aucun gaspillage alimentaire n’est aujourd’hui signalé.
L’entreprise mise aussi sur la valorisation intégrale des ingrédients. Son programme interne Scrap Challenge encourage les équipes à trouver des usages pour chaque partie d’un produit alimentaire. Dans plusieurs établissements situés à Bali et en Thaïlande, les ananas cultivés sur place sont utilisés dans leur totalité. Les fruits servent aux préparations culinaires, tandis que les couronnes deviennent des éléments de décoration. Les graines de papaye, de mangue ou d’avocat sont replantées afin de produire de nouvelles pousses végétales.
Le groupe expérimente également des usages innovants pour les résidus alimentaires. Le marc de café est ainsi mélangé à de la fibre de coco pour fabriquer du mobilier ou réintroduit dans les sols sous forme de compost. À Oman, au sein du Six Senses Zighy Bay, 80% des déchets organiques et du verre sont recyclés ou valorisés directement sur le site. Chaque mois, 84 kilogrammes d’écorces d’agrumes y sont transformés en garnitures confites et en produits d’accueil destinés aux clients.
Six Senses développe une économie circulaire autour de l’alimentation
L’un des piliers de la stratégie alimentaire de Six Senses repose sur la réduction de la distance entre production et consommation. Dans plusieurs destinations, le groupe s’appuie sur des fermes intégrées ou des exploitations locales partenaires afin d’approvisionner directement ses cuisines.
À proximité du Six Senses Zighy Bay, une ferme de 7.300 hectares fournit une partie des produits utilisés dans les restaurants du complexe. À Ibiza, la ferme Can Tanca est devenue un centre de production agricole mais également un lieu d’échange autour des pratiques régénératrices.
Au Vietnam, le projet Solar FreshCuts combine production alimentaire et énergie renouvelable. Le jardin du Six Senses Ninh Van Bay se développe sous 800 panneaux solaires. Cette initiative a reçu le prix Global Low-Carbon Scenic Spot soutenu par le PNUE.
En Thaïlande, la Farm on the Hill du Six Senses Samui a été conçue pour répondre simultanément à plusieurs problématiques environnementales : gestion des déchets organiques, valorisation des eaux grises et amélioration de la qualité des sols. Aujourd’hui, cette exploitation produit des légumes frais, du lait de chèvre et des œufs biologiques destinés à l’établissement.
L’approvisionnement lui-même fait l’objet d’une réflexion. À Rome, les agriculteurs récoltent les produits uniquement sur commande et les livrent le jour même dans des emballages réutilisables sans plastique. À Londres, le lait arrive dans des contenants réemployables et une partie du café est transportée par voilier afin de limiter l’empreinte environnementale de la chaîne logistique.
Recipe of Change veut transformer l’ensemble du secteur touristique
Au-delà des actions internes de Six Senses, l’objectif de Recipe of Change consiste à diffuser ces pratiques à grande échelle. L’initiative portée par le PNUE et ONU Tourisme vise à fournir aux entreprises des outils de mesure, des méthodes opérationnelles et des leviers comportementaux pour réduire durablement les déchets alimentaires.
L’enjeu est considérable. Selon le PNUE, le gaspillage alimentaire représente jusqu’à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il constitue à la fois un défi environnemental, économique et social.
« Le gaspillage alimentaire représente à la fois un défi environnemental et économique qui nécessite un changement systémique », a déclaré Sheila Aggarwal-Khan, directrice de la division Industrie et Économie du PNUE, dans le cadre de l’annonce du partenariat avec Six Senses. Elle estime que le secteur du tourisme dispose d’un rôle majeur pour accélérer le déploiement de solutions à grande échelle.
Pour renforcer cette dynamique, Six Senses s’appuie également sur ses Earth Labs, espaces de sensibilisation présents dans l’ensemble de ses établissements depuis 2017. Les clients y apprennent notamment à fabriquer du compost, des conserves ou des produits à partir de restes alimentaires biologiques.
Cette approche pédagogique constitue un volet essentiel de la stratégie du groupe. L’ambition n’est plus seulement de réduire les déchets dans les hôtels, mais de modifier durablement les comportements des voyageurs, des collaborateurs et des fournisseurs. Dans un secteur où des millions de repas sont servis chaque jour, la réduction du gaspillage alimentaire apparaît désormais comme un indicateur central de performance durable.


