L’intelligence artificielle (IA) ouvre des portes impressionnantes dans plein de domaines, mais elle cache aussi des problèmes moins visibles, notamment son impact écologique. Parmi eux, l’empreinte hydrique des centres de données qui font tourner les modèles de langage mérite qu’on s’y attarde. Un article pionnier publié en 2025 par Pengfei Li, Shaolei Ren et leurs collègues de l’Université de Californie, Riverside, dans Communications of the ACM, étudie précisément cette question et propose une méthode pour mesurer l’empreinte hydrique de l’IA par requête.
Combien d’eau l’IA consomme-t-elle ?
L’étude de Li et Ren montre qu’un simple courriel de 100 mots peut représenter une empreinte d’environ 519 ml d’eau, et ce chiffre monte avec la complexité des échanges. Pour fixer les idées, une conversation soutenue sur plusieurs échanges peut consommer autour de 0,5 L.
Cette consommation s’explique surtout par le refroidissement des centres de données : les serveurs tournent à des puissances de 300 à 700 W et utilisent des puces GPU, principalement de Nvidia. Vu ces besoins énergétiques, l’eau sert souvent au refroidissement par évaporation, et environ 80 % de cette eau est perdue par évaporation.
L’eau chez les géants de la tech
L’utilisation d’eau par les grandes entreprises tech est loin d’être négligeable, avec une consommation d’eau mondiale d’environ 30,7 Mm³ en 2024 pour Google. Microsoft a vu sa consommation grimper de 34 %, atteignant environ 6 435 ML en 2022. Meta a pour sa part déclaré une utilisation d’environ 3 077,5 ML en 2023. Le Lawrence Berkeley National Laboratory évalue une consommation directe d’eau pour le refroidissement d’environ 65,8 Mm³ en 2023, une valeur qui pourrait doubler ou quadrupler d’ici 2028.
Ce que disent les projections pour l’eau et la société
D’après les projections des auteurs, la demande mondiale en eau liée à l’IA pourrait atteindre entre 4,2 et 6,6 milliards de mètres cubes par an d’ici 2027. À l’échelle, c’est comparable aux prélèvements annuels de plusieurs petits pays européens.
Microsoft indique que 42 % de sa consommation d’eau provient de régions déclarées « stress hydrique », tandis que 15 % des prélèvements de Google sont effectués dans des zones de « forte pénurie d’eau ».
La construction de nouveaux centres de données dans des zones déjà fragiles empire la situation. Par exemple, le Chili a suspendu un projet de centre de données en 2024 en raison d’une évaluation insuffisante des effets sur les ressources aquifères locales. Dans d’autres régions, comme Querétaro (Mexique), des sécheresses historiques et un usage intensif de l’eau par les centres posent des défis supplémentaires.


