Des scientifiques découvrent une ville sous-marine de 60 millions de nids sous la glace antarctique : « on n’avait jamais rien vu de tel »

60 millions de nids, du sang transparent, des phoques à l’affût juste au-dessus : sous la banquise antarctique se cache une ville de poissons XXL que la science vient tout juste de percer à jour.

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Des scientifiques découvrent une ville sous-marine de 60 millions de nids sous la glace antarctique : « on n'avait jamais rien vu de tel »
Source : capture écran - Youtube - WION | RSE Magazine

Sous le plateau de glace Filchner, dans la partie sud de la mer de Weddell, l’un des environnements marins les plus reculés de la planète abrite une colonie de reproduction de poissons d’une ampleur inédite. Les scientifiques l’ont surnommée une « ville sous-marine » : environ 60 millions de nids actifs y ont été recensés, ce qui en fait la plus grande colonie de reproduction de poissons jamais découverte sur Terre.

Un site confirmé stable après sa découverte

La colonie avait été identifiée pour la première fois en 2021 par une expédition dirigée par le Dr Autun Purser, chercheur à l’Alfred Wegener Institute (AWI), à l’aide d’un système appelé Ocean Floor Observation and Bathymetry System, raconte le Times of India. La cartographie de 2022 avait alors mesuré une étendue de 240 km², une surface comparable à celle d’Orlando, en Floride.

Récemment, l’équipe de l’AWI est retournée sur place avec un nouvel outil : LASSIE, un véhicule sous-marin autonome conçu spécifiquement pour surveiller ce site sous la banquise. Il a fonctionné en continu pendant 48 heures, capturant 20 images par seconde tout en maintenant une altitude constante au-dessus d’un fond marin accidenté.

Résultat : la taille et la densité de nidification de la colonie sont restées remarquablement stables depuis la découverte initiale, avec environ un nid par 4 m² sur les zones étudiées. Cette mission fournit aux chercheurs leur première référence de long terme pour suivre cet écosystème caché.

Un poisson au sang transparent, adapté au froid extrême

La colonie appartient à une seule espèce, Neopagetopsis ionah, le poisson des glaces à nageoires noires, l’une des plus inhabituelles du continent. Ces poissons sont dépourvus d’hémoglobine, la protéine qui transporte l’oxygène dans le sang de la quasi-totalité des vertébrés, ce qui rend leur sang presque transparent.

Ils produisent aussi des glycoprotéines antigel qui empêchent la formation de cristaux de glace dans leur organisme, une adaptation qui leur permet de survivre dans une eau plus froide que le point de congélation habituel.

Chaque nid est une dépression circulaire d’environ 75 cm de diamètre, débarrassée des sédiments fins pour exposer de petites pierres protégeant les œufs. Un nid type en contient environ 1 700. Les capteurs ont même relevé des niveaux de limon environ 40 % plus bas à l’intérieur des nids que sur le fond marin environnant, signe d’un entretien actif par les poissons.

Sur l’ensemble du site, la densité moyenne atteint 0,26 nid par mètre carré, avec un espacement moyen de seulement 22 cm entre les nids, un regroupement jugé exceptionnellement serré sur une zone aussi vaste. La biomasse totale de la colonie est estimée à environ 60 000 tonnes.

Si des millions de poissons concentrent leurs nids au même endroit plutôt que de se disperser, c’est qu’une eau profonde plus chaude, acheminée via le Filchner Trough, maintient le fond marin jusqu’à 2°C au-dessus des eaux de fond environnantes. L’espèce construit ses nids dans une fenêtre thermique étroite, entre 0 et 0,5°C, jugée essentielle au bon développement des œufs.

Ce courant apporte aussi un flux constant d’eau oxygénée, une ressource vitale pour des poissons dont l’absence d’hémoglobine les rend très dépendants de l’oxygène passant par leurs branchies.

Des poissons mâles gardent près de 85 % des nids identifiés dans le Filchner Trough jusqu’à l’éclosion, un niveau de défense parentale élevé qui trahit une pression de prédation réelle. Cette pression vient des phoques de Weddell : le suivi satellite montre que 90 % de leur activité de plongée dans cette partie de la mer de Weddell se concentre directement au-dessus des coordonnées de la colonie.

En croisant les images de LASSIE avec des hydrophones mouillés sur le site, l’équipe de l’AWI a relevé une corrélation nette entre les pics de fraie et une hausse des vocalisations des phoques à proximité. Rien qu’au mois de novembre, plus de 2 000 plongées ont été enregistrées à des profondeurs de 400 à 500 m.

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