Les fortes chaleurs de l’été ne profitent pas qu’aux vacanciers. Elles poussent aussi certains serpents à quitter leur habitat naturel, de plus en plus rare, pour se réfugier dans les maisons. Vérandas et terrasses, espaces intermédiaires entre le jardin et l’intérieur, deviennent alors des cachettes de choix pour ces reptiles en quête de fraîcheur.
Des reptiles qui cherchent la fraîcheur
Un serpent ne régule pas sa température corporelle : elle dépend entièrement de son environnement. Ectotherme, l’animal s’expose au soleil pour se réchauffer, se met à l’ombre pour se rafraîchir et entre en léthargie durant la mauvaise saison. Dans un jardin, la meilleure option reste souvent de s’engouffrer dans une pièce ouverte.
Cartons empilés, sacs de terreau, tapis roulés, coupelles d’eau stagnante : ces recoins sombres et frais attirent naturellement les serpents. On les retrouve d’ailleurs aussi bien dans les haies, les prairies et les zones humides que dans les villages et les jardins. Apercevoir un serpent en zone rurale n’est d’ailleurs pas un mauvais signe : c’est la preuve que la nature fonctionne bien.
Quelques gestes simples limitent les risques :
- surélever les pots pour dégager le sol,
- ranger les sacs de terreau,
- secouer les tapis à l’extérieur,
- vider les coupelles d’eau inutiles
- et se limiter à un arrosage contrôlé.
L’objectif est de garder la pièce claire, sèche et rangée au maximum.
Face à un serpent, ne jamais intervenir
Si une intrusion est crainte, mieux vaut ne pas entrer dans une véranda restée ouverte quand la lumière est faible. Marcher d’un pas plus lourd ou frapper légèrement le sol avec un balai suffit à signaler sa présence : les serpents perçoivent les vibrations. Il faut aussi éviter de glisser les mains dans un recoin sombre pour déplacer un objet.
Si l’animal est visible, la règle est simple : rester à distance, lui laisser une issue vers l’extérieur, et ne jamais tenter de le capturer, de le garder ou de le tuer. Une photo permet de faciliter son identification avant d’appeler la plate-forme SOS Serpents la plus proche, ou les pompiers, compétents également pour les serpents exotiques.
Dans le Limousin, la marche à suivre dépend de l’espèce. « La priorité est d’identifier le serpent pour savoir comment l’appréhender », explique Mélaine Besson, chargée de mission herpétologique au Groupe mammalogique et herpétologique du Limousin, sur France 3 : « Si c’est une vipère, nos services interviendront. Si c’est une couleuvre, il faut dégager la pièce jusqu’à une sortie et, si l’on se sent à l’aise, essayer de la diriger vers cette dernière. »
Les bons gestes en cas de morsure
En cas de morsure, il faut appeler immédiatement le 15 ou le 112, allonger la victime et immobiliser le membre touché, idéalement au niveau du cœur. Bagues et bracelets doivent être retirés avant tout gonflement.
Certains réflexes sont à proscrire absolument : inciser la plaie, aspirer le venin ou poser un garrot. En cas de douleur, seul le paracétamol est recommandé : l’aspirine et les anti-inflammatoires augmentent le risque de saignement.
Des vipères moins dangereuses qu’on ne le croit
La France abrite 12 espèces de serpents, toutes protégées par la loi. On distingue deux grandes familles : les couleuvres et coronelles, non venimeuses, reconnaissables à leurs pupilles rondes et à une unique rangée d’écailles entre l’œil et la bouche ; et les vipères, venimeuses, aux pupilles fendues et aux écailles irrégulières sur la tête. Le Limousin, à lui seul, compte 17 espèces de reptiles, dont 6 couleuvres et 2 vipères.
Les vipères sont en réalité bien moins dangereuses qu’on ne le pense. Leur venin, dont la fabrication prend une dizaine de jours, sert avant tout à se nourrir : elles l’économisent et ne l’utilisent pour se défendre qu’en cas d’extrême nécessité.
Toutes les morsures ne sont donc pas envenimées. Résultat : la France enregistre de zéro à trois décès par an suite à une morsure envenimée, contre 50 décès en moyenne liés à des piqûres d’abeilles, de guêpes ou de frelons, et 500 000 morsures de chien recensées chaque année.
Depuis 2021, les reptiles de France métropolitaine sont protégés, ainsi que leur habitat pour certaines espèces. Blesser ou tuer un serpent est interdit, sous peine de 3 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende en cas de négligence grave ou d’acte intentionnel. « On sent que les personnes sont de plus en plus conscientes qu’il ne faut pas leur faire de mal », observe Mélaine Besson.
Le GMHL recommande par ailleurs de « rendre son jardin hostile » aux serpents : se débarrasser des tas de branches et de pierres, couper les hautes herbes, et miser sur les poules, « également assez efficaces », selon l’association. Les répulsifs vendus dans le commerce, dispositifs à vibration ou produits chimiques, n’ont en revanche jamais prouvé leur efficacité et restent souvent mauvais pour l’environnement.






