À Gladsaxe, dans la banlieue de Copenhague, certains lampadaires diffusent désormais une lumière rouge plutôt que blanche. Le dispositif a été installé sur la route Frederiksborgvej, à l’endroit où la banlieue rejoint une zone boisée. Depuis le 8 février 2026, ce tronçon baigne dans une lueur qui rappelle, selon les riverains, l’ambiance d’un film d’horreur.
Rien à voir pourtant avec Halloween ni avec une série télévisée : la municipalité de Gladsaxe cherche à protéger une colonie de chauves-souris qui vit à proximité.
Le projet, mené avec le cabinet AFRY Architects, couvre près de 0,64 km de route. Une trentaine de bornes basses, d’un peu plus d’un mètre de hauteur, y diffusent la lumière rouge, espacées de sorte à laisser un passage continu à la faune nocturne. Un itinéraire cyclable a été intégré au tracé. Sept espèces de chauves-souris ont été recensées près de cette route, dont la pipistrelle commune et l’oreillard roux, particulièrement sensibles aux éclairages agressifs.
Une route qui faisait barrière la nuit
Avant l’installation, la lumière blanche des lampadaires classiques agissait comme une frontière invisible pour ces mammifères volants. Les chauves-souris évitent les ondes courtes émises par ce type d’éclairage, ce qui les empêchait de traverser leur corridor naturel entre zones de chasse. La lumière rouge, dont la longueur d’onde est plus étendue, les gêne beaucoup moins. Elle attire aussi moins d’insectes, ce qui limite les perturbations sur l’ensemble de la chaîne alimentaire nocturne.
Philip Jelvard, concepteur du Light Bureau, est l’un des intervenants du projet. « C’est une zone naturelle spéciale que la municipalité souhaite protéger et préserver », a-t-il expliqué au média Ecoticias. L’enjeu n’est pas seulement écologique : l’éclairage doit aussi rester suffisamment fonctionnel pour garantir la sécurité des automobilistes et des cyclistes qui empruntent chaque jour cette avenue.
C’est justement là que le bât blesse. La lumière rouge n’est traditionnellement pas recommandée pour éclairer une route : l’Å“il humain distingue moins bien les contrastes et les distances sous cette teinte, ce qui peut réduire l’acuité visuelle et la réactivité des conducteurs face à un obstacle, rapporte BFMTV.
En France, la commune d’Avord, dans le Cher, a opté pour une solution intermédiaire, récompensée par une Marianne d’Or. L’éclairage y change selon la saison : ambré, proche du rouge, l’été pour protéger la faune, puis blanc neutre l’hiver pour garantir la visibilité aux usagers de la route. Cet éclairage ambré perturbe lui aussi moins les insectes et les chauves-souris que la lumière blanche classique.
Le choix danois s’appuie sur des travaux scientifiques précis. Une étude menée par l’équipe de Kamiel Spoelstra, chercheur principal à l’Institut d’écologie des Pays-Bas, a établi que les chauves-souris lentes restent aussi actives sous lumière rouge que dans l’obscurité totale, alors que la lumière blanche et la lumière verte réduisent nettement leur activité.
« Nous avons constaté que ces chauves-souris sont tout aussi actives à la lumière rouge que dans l’obscurité. En revanche, la lumière blanche et la lumière verte réduisent fortement le niveau d’activité des chauves-souris », a détaillé le chercheur dans un communiqué de presse.
Toutes les espèces ne réagissent pas de la même façon. Les chauves-souris les plus agiles en vol, comme la pipistrelle, ne sont pas dérangées par la lumière artificielle, qui leur permet même de capturer davantage d’insectes attirés autour des lampadaires.
Les espèces plus grandes, comme la sérotine commune ou la noctule de Leisler, volent trop haut pour être affectées. Ce sont surtout les espèces lentes et sensibles, comme le murin de Natterer ou l’oreillard brun, qui craignent l’exposition à la lumière blanche : elle les rend visibles aux prédateurs comme les chouettes, alors qu’elles chassent habituellement la nuit sans concurrence ni danger.
L’installation à LED rouges présente un avantage supplémentaire pour les collectivités : elle consomme moins d’énergie et demande moins d’entretien que les éclairages traditionnels. À Gladsaxe, le dispositif fait partie d’un ensemble plus large de choix urbains destinés à concilier circulation et préservation d’un corridor écologique jugé sensible par la municipalité.



