Les satellites de la NASA viennent de repérer une éruption sous-marine que les géologues n’attendaient pas : une nouvelle île pourrait émerger dans les prochains mois

Cinq satellites de la NASA braqués sur un même point de l’océan : sous la mer de Bismarck, un volcan pourrait bien accoucher d’une île entière. Restera-t-elle debout ?

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Les satellites de la NASA viennent de repérer une éruption sous-marine que les géologues n'attendaient pas : une nouvelle île pourrait émerger dans les prochains mois
Les satellites de la NASA viennent de repérer une éruption sous-marine que les géologues n’attendaient pas : une nouvelle île pourrait émerger dans les prochains mois © RSE Magazine

Des satellites de la NASA ont détecté une éruption volcanique sous-marine dans la mer de Bismarck, au nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. L’événement, qui dure depuis plusieurs semaines, pourrait donner naissance à une nouvelle île si l’activité se poursuit et que le volcan finit par percer la surface de l’océan.

Tout a commencé par une série de faibles séismes. Cet essaim sismique a d’abord alerté les scientifiques, avant que les images orbitales ne confirment l’origine du phénomène. Le 8 mai 2026, l’éruption a été repérée dans le centre de la mer de Bismarck : les satellites ont rapidement capté des panaches de vapeur et des eaux décolorées, signes d’une activité intense. La NASA Earth Observatory a publié ces informations le 21 mai.

Cinq satellites braqués sur un même point de l’océan

Peu après le début des séismes, plusieurs engins de la NASA ont détecté d’immenses panaches de vapeur, de cendres et d’eau s’élevant au-dessus de la mer de Bismarck. Aqua, Terra et PACE ont capté ces panaches ainsi que l’eau décolorée, tandis que Landsat 9 et le satellite européen Sentinel-2 ont fourni des vues détaillées montrant de multiples évents de vapeur et de cendres en surface.

L’instrument VIIRS du satellite Suomi NPP a détecté des anomalies thermiques sur près de 7 kilomètres carrés, révélant une quantité importante de matière brûlante très proche de la surface. Une image acquise le 15 mai par l’instrument MODIS, à bord du satellite Terra, montre de la pierre ponce flottante et une eau verdâtre décolorée s’étendant vers le sud-ouest, ainsi qu’un panache blanc dérivant vers l’ouest.

Selon Simon Carn, volcanologue à l’université Michigan Tech, l’évent se trouverait bien moins profond que ne le laissait penser la bathymétrie de la zone, ce qui explique que l’activité soit visible depuis l’espace. Ces observations confirment que l’éruption se produit en eau peu profonde, un facteur déterminant pour l’apparition éventuelle d’une île.

Un volcan encore non identifié sur la dorsale Titan

L’éruption se produit le long de la Titan Ridge, une dorsale d’expansion réputée pour sa forte activité tectonique. Le site se trouve à environ 16 kilomètres d’une éruption survenue en 1972. Il reste toutefois impossible d’identifier avec certitude le volcan à l’origine du phénomène actuel.

La raison tient à la géographie même des lieux. Le fond de la mer de Bismarck est moins bien cartographié que la surface de la Lune. Faute de cartes précises des fonds marins, qui abritent ici failles, volcans, fosses de subduction et zones d’expansion, les volcanologues ignorent encore quelle structure exacte est en activité.

Des radeaux de pierre ponce, cette roche volcanique poreuse qui flotte sur l’eau, ont dérivé loin du foyer de l’éruption. Ils ont atteint les côtes des îles de l’Amirauté début juin 2026. Une couche épaisse de roche a par endroits bloqué l’accès à la mer.

Depuis, le phénomène a nettement ralenti. Les derniers rapports de l’Observatoire volcanologique de Rabaul indiquent que l’activité a diminué depuis la mi-juin : pratiquement aucun séisme lié au volcan n’a été enregistré, et seules de très faibles émissions de vapeur ainsi que des eaux légèrement décolorées sont encore observées. La probabilité de voir émerger une nouvelle île s’est réduite, bien que le phénomène ne soit pas terminé.

L’éruption est associée à une dorsale d’expansion, ce qui limite en principe son explosivité, contrairement aux stratovolcans des zones de subduction. Les volcanologues estiment que le risque d’une explosion majeure reste limité, tout en continuant de surveiller la situation de près. Pour l’instant, le phénomène demeure bien moins violent que l’éruption du Hunga Tonga en 2022. Il pourrait néanmoins devenir plus explosif si l’eau de mer venait à atteindre la chambre magmatique.

La durée reste imprévisible : l’éruption de 1972 dans la même zone n’avait duré que quatre jours, quand une autre à proximité s’était prolongée près de quatre ans. Si une terre finit par émerger, elle pourrait former un cône de tuf, une colline de cendres compactées, un relief souvent fragile qui s’érode parfois en quelques mois.

Jim Garvin, chef scientifique au Goddard Space Flight Center de la NASA, suit la zone de près. Il rappelle que les satellites observent rarement une naissance d’île en direct, ce qui rend cet épisode particulier aux yeux des scientifiques : ils y voient une occasion d’étudier la formation d’une île et sa colonisation ultérieure par la vie.

Garvin prévoit d’utiliser les données radar des satellites NISAR et RADARSAT, capables de traverser les nuages et la brume qui masquent parfois les images optiques, pour cartographier les changements liés à l’éruption. Si une île durable venait à se former, des recherches pourraient suivre son évolution face à l’érosion et à la colonisation végétale.

Environ 75 % de l’activité volcanique terrestre se déroule sous les océans, principalement le long des dorsales où se forme en permanence une nouvelle croûte. L’émergence d’une île reste rare, mais elle s’est déjà produite à plusieurs reprises ailleurs dans le monde.

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